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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 06:44

L’histoire des « Helpers » n’a pas été écrite, même si leur rôle fut primordial dans l’histoire de la résistance à l’occupant. Loin des actions spectaculaires et de la lutte armée, ils forment le contingent des sans-grade et des anonymes sans qui rien n’eut été possible… Comment ne pas citer l’action de la famille Fontaine sur le plateau, action devenue une véritable épopée avec la fondation de la ligne « Dragon » ?

Une série d’articles consacrée aux arrestations dans la Résistance ardennaise au printemps 1944 prouve aussi, si besoin est, qu’apporter de l’aide aux aviateurs alliés, (mais aussi aux prisonniers de guerre évadés, aux juifs, aux réfractaires au STO...), fut aussi dangereux que de couper des fils téléphoniques ou de saboter une voie ferrée.

Les auteurs de la Complaintedu partisan, composée dès 1943, connaissaient les risques que prenaient ces milliers de héros anonymes aujourd’hui oubliés (si jamais leur courage fut connu et/ou reconnu), eux qui écrivirent ces vers : « Un vieil homme dans un grenier / Une nuit nous a cachés / Les Allemands l’ont pris / Il est mort sans surprise ». L'affiche ci-dessous, imprimée et diffusée sur ordre de la Feldkommandantur 684 de Charleville, nous le rappelle.

 

AvisRechercheAviateurs1940

 

 

Jean Delabruyère et son épouse Mireille tenaient la boulangerie de Sommauthe, village de l’arrondissement de Vouziers. Patriote refusant la défaite et méprisant l’occupant, le boulanger ne dissimulait pas ses sentiments gaullistes. Au mois d’avril 1943, un ouvrier bûcheron polonais, Zdzislaw Szymczak recueillit un aviateur anglais dont l’appareil s’était écrasé dans la région de Beaumont-en-Argonne.

 

137Jean Delabruyère, portrait

 


Connaissant les sentiments des boulangers, il dirigea l’Anglais vers leur domicile. Les époux Delabruyère donnèrent asile au naufragé du ciel et quelques jours plus tard, après l’avoir habillé en civil, Jean Delabruyère le dirigea vers Charleville où  une filière devait le prendre en charge pour entreprendre le long et périlleux voyage de retour.

Sans doute l’Anglais fut-il arrêté, car le 12 avril la Gestapo de Charleville entreprit une descente à Sommauthe, investit la boulangerie, la perquisitionna, et après avoir découvert les bottes de l’aviateur qui étaient restées cachées dans le fournil, procéda à l’arrestation de Jean Delabruyère qui fut incarcéré à Charleville. Le 15, le Polonais Szymczak fut appréhendé et emprisonné.

Le 23, c’est Mireille Delabruyère, qui fut arrêtée à son tour. Après avoir été incarcérée dans les prisons de Charleville, Laon et Fresnes, Mireille Delabruyère fut déportée le 10 juin 1943 au départ de Paris vers les prisons de Wittlich, d’Aix-la-Chapelle, Flussbach, et le camp de concentration de Ravensbrück. Elle fut libérée dans le cadre d’un échange de prisonniers avec la Suède en avril 1945 avant d’être rapatriée en France le 3 juillet 1945.

Le Polonais Zdzislaw Szymczak fut déporté en Allemagne (dates et lieux inconnus) et est rentré de déportation à la Libération.

Jean fut déporté au départ de Paris, gare de l’Est, le 22 juillet 1943 vers le SS-Sonderlager Hinzert, soumis au décret Keitel «Nacht und Nebel». Il décéda en Allemagne, à la prison de Wittlich, le 23 août 1944.

Au mois d’août 1953, Jean Delabruyère fut nommé à titre posthume dans l’Ordre national du Mérite et reçut la Légion d’honneur ainsi que la médaille de la Résistance.

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Sommauthe ainsi que sur les murs du  Mémorial de Berthaucourt.

Une plaque rappelant l’action des époux Delabruyère a été apposée en face de leur boulangerie à Sommauthe en 2002.

 

plaque delabruyere  DSCF0028


Published by philippe lecler - dans Des lieux
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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 08:33

 

Á l'issue de l'assemblée générale de l'AFMD, P. Lecler a tenu une conférence consacrée à l’intégration de la Résistance ardennaise au réseau britannique Prosper/PHYSICIAN intitulée : Armel Guerne dans la Résistance : le cas ardennais

Compte-rendu ici                           

Published by philippe lecler - dans Actualité
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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 14:27

 

Ainsi finissent les salauds - Séquestrations et exécutions clandestines dans Paris libéré, un essai de des historiens Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre. On doit déjà à ces deux auteurs Le sang des communistes, consacré à l'action des « Bataillons de la jeunesse », et Liquider les traîtres, consacré à la police politique secrète du PCF pendant la deuxième guerre mondiale.

 

 

 

 

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Inspirés par la lecture du livre de J.-P. Abel, L’âge de Caïn (dont nous avons rendu-compte sur ce blog) les deux historiens ont épluchés les archives de la Préfecture de police et de la justice militaire pour révéler les dessous de la libération de Paris et mettre en lumière les pratiques parfois criminelles des "FFS" (les « Forces Françaises de Septembre »).

Entre le 20 août et le 22 septembre 1944, près de quarante corps sont repêchés dans la Seine, à Paris et ses alentours. Tous les corps portent au cou, attaché par un cordon soyeux, le même pavé de grès, pas assez lourd, semble-t-il, pour lester correctement les cadavres qui flottent entre deux eaux. Qui sont ces hommes et ces femmes ? Qui sont les tueurs ? Dans la tourmente de la libération de Paris, toutes les hypothèses peuvent être formulées. Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre ont retrouvé les identités des victimes et remonté le cours de leurs vies. Tous les chemins les ont conduits à l'Institut dentaire, sinistre centre clandestin de séquestration et d'exécution tenu par les FTP, ou plus de deux cents personnes furent incarcérées et torturées entre le 20 août et le 15 septembre 1944.


  « Á l'Institut dentaire du square de l'avenue de Choisy [...], on allait, durant un mois ou deux, jouer les émules de la Gestapo... ceux qui se réclamaient du bon droit... des meilleurs principes. » (Alphonse Boudard, Les Combattants du petit bonheur, 1978).


Plus qu’une mise en lumière des abus commis à la libération, les auteurs dénoncent la politique de Terreur que la résistance communiste ambitionna d’instaurer au moment de la libération, substituant à la légalité républicaine un ordre révolutionnaire, une justice populaire et une police politique.

L’enquête menée à la Libération sur les agissements des FTP de l’institut dentaire allait révéler que les arrestations, séquestrations et parfois les exécutions avaient peu à voir avec l’épuration et la mise hors d’état de nuire de traîtres ou de « mauvais Français », mais beaucoup avec des jalousies, des règlements de comptes de toutes natures, des escroqueries, des vols et des pillages…

Un livre de grande qualité qui se lit aussi aisément qu’un roman, qui jette une lumière crue sur l’épuration extrajudiciaire (dont le bilan, selon les auteurs, souligne avec justesse qu'il « mériterait d’être scientifiquement et systématiquement repris à la lumière de nouvelles archives »).

 

 


Published by philippe lecler - dans Bibliographie
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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 11:20

Le 6 juillet 1944, trois jeunes gens qui montaient de Givet au maquis Prisme, dit « Maquis des Ardennes », tombèrent dans une embuscade tendue par les Allemands et des miliciens locaux.

À la fin du mois d’août, le corps d’Arthur Marchand, criblé de balles, fut découvert dans les bois d’Hargnies. Les corps des deux autres, Raymond Martin et René Rivir, ne furent jamais retrouvés. L’enquête menée après la libération par le responsable régional du Service de Recherche des Crimes de Guerre Ennemis permit de conclure que Raymond Martin et Arthur Marchand avaient été fusillés à Mézières, sur le plateau de Berthaucourt, le 14 juillet 1944.

 

La « Délégation régionale du service de recherches de crimes de guerre ennemis » fut créée le 14 octobre 1944 par le gouvernement provisoire de la République Française, dépendant du ministère de la Justice. Au-delà des aspects historiques, statistiques et informatifs, cette Commission cherche à établir tous les manquements aux lois de la guerre qui ont eu lieu durant  l’Occupation en France. De la compilation des crimes à l’identification des auteurs, le but est de trouver et poursuivre les responsables des crimes de guerre.

 Les missions de la Commission étaient d’établir un dossier pour chaque crime commis dans la région, de mener l’enquête, si aucune information n’avait été ouverte devant la justice militaire, de transmettre le dossier au tribunal militaire compétent, une fois le(s) responsable(s) identifié(s).

 

Courrier du Colonel Laboureur, de la Délégation régionale du service de Recherche des Crimes de Guerre Ennemis à Saint-Quentin, au Commandant de la brigade de gendarmerie de Givet, du 5 avril 1945 :

 

L’enquête que j’ai fait poursuivre sur la disparition des jeunes RIVIR René et MARTIN Raymond, a permis de révéler que les sus-nommés ont été condamnés à mort et exécutés le 14 juillet 1944 au plateau de Berteaucourt  (sic). Je vous transmets cette information à toutes fins que vous jugerez utiles pour prévenir les familles, car il ressort des déclarations que vous avez recueillies sur cette affaire que les parents semblent être dans l’ignorance absolue du lieu de sépulture. 

Une information est ouverte contre les auteurs de ces assassinats, qui sont connus et des mandats d’arrêt ne tarderont pas à être lancés.

 

Source : BAVCC, dossier R. Martin

 

 

Voici la relation que fit Marceau Devie de cet épisode :

 

« Le six Juillet 1944, le chef de secteur des FFI de Givet m'informe que trois jeunes gens de 20 ans doivent rejoindre le maquis. Deux sont de Fromelennes et un de Givet. Il m'appartient donc de les aider à s'y rendre en les prenant en charge le lendemain à six heures du matin dans la forêt, à proximité de Chooz. À trois heures du matin, alors que je me prépare à quitter mon domi­cile, une estafette du maquis Prisme vient m'avertir de la suivre jusqu'au camp pour une liaison urgente avec le Commandant. »

Marceau Devie charge donc un de ses hommes de le remplacer dans cette tâche. Peu de temps après, Devie rencontre une de ses connaissances qui lui rend compte de la scène à laquelle il a assisté il y a peu : en montant la côte d'Hargnies, il a vu quatre jeunes gens sortir de la forêt, emprunter la route et se diriger vers Hargnies. Quelques minutes après, il a entendu des coups de feu et a été aussitôt dépassé par des voitures allemandes. Dans l'un des deux véhicules, des hommes se débattaient. 

Devie convoque le guide qu’il avait chargé de mener les jeunes au maquis. Celui-ci lui avoue que le rendez-vous a été manqué et qu’il n’a donc pu mener sa mission à bien. Taraudé par le doute, Devie apprend  par les inspecteurs des Renseignements généraux en gare de Givet, qui lui fournissent habituellement bon nombre d'informations, que le policier Henri, un collabo pur jus, s’est vanté d’avoir « fait une bonne prise ». « Sur quatre jeunes qui allaient au maquis, dit-il, nous en avons eu deux. Les deux autres ont pu s'échapper. Nous n'avons pas eu la grande vache de Marceau ». Quatre jeunes ? Devie apprend rapidement aussi qu'un maquisard de Fromelennes avait quitté le camp qui était cantonné dans les environs d’Hargnies et avait passé la nuit dans son  village. Au retour, il avait rencontré les trois volontaires et leur avait servi de guide. Il dit qu’ils étaient tombés dans une embus­cade tendue par les Allemands qui les attendaient. Lui avait réussi à fuir, mais il ne savait rien du sort des trois autres…

Comment Henri avait-il pu connaître le départ des trois jeunes et celui de l’itinéraire qu’ils devaient prendre ? On ne le sait. Toujours est-il qu’à la suite de cette dénonciation, la Résistance givetoise décida d’exécuter Henri. Ce qui fut fait le 21 juillet. Henri fut abattu à Givet alors qu’il était attablé à « l’auberge de cheval blanc » avec Jean Guillermain, un autre collabo interprète à la Feldgendarmerie et auxiliaire des Allemands.

 

En conséquence, les notices biographiques de ces trois résistants dont les noms sont inscrits sur le Mémorial de la Résistance de Berthaucourt ont été modifiées ainsi :

 

425 – RIVIR René, Jules, Louis, Ghislain né le 31 octobre 1925 à Fromelennes, domicilié en cette commune. Réfractaire au STO, membre des FFI de Givet, René Rivir fut arrêté avec deux de ses camarades, Raymond Martin et Arthur Marchand, par la Feldgendarmerie de Givet sur la route de Vireux à Hargnies le 6 juillet 1944, alors qu’ils rejoignaient le maquis Prisme de la mission interalliée « Citronelle » cantonné dans les bois d’Hargnies (maquis dit « des Ardennes »). Internés à la prison de Charleville, Raymond Martin et René Rivir furent « condamnés à mort et exécutés le 14 juillet 1944 au plateau de Berthaucourt » (courrier au Commandant de la brigade de gendarmerie de Givet, du 5 avril 1945.)

Le nom de René Rivir figure sur la stèle apposée dans le cimetière de Fromelennes « À la mémoire des FFI torturés et fusillés par les Nazis le 6.07.44 ».

 

331 – MARTIN Raymond, Julien, Arthur, né le 7 septembre 1924 à Fromelennes, domicilié en cette commune. Réfractaire au STO, membre des FFI de Givet, René Rivir fut arrêté avec deux de ses camarades, Raymond Martin et Arthur Marchand, par la Feldgendarmerie de Givet sur la route de Vireux à Hargnies le 6 juillet 1944, alors qu’ils rejoignaient le maquis Prisme de la mission interalliée « Citronelle » cantonné dans les bois d’Hargnies (maquis dit « des Ardennes »). Il fut incarcéré à la prison de Charleville.

Selon le Colonel Laboureur, délégué régional du service de Recherche des Crimes de Guerre Ennemis, Raymond Martin et René Rivir furent « condamnés à mort et exécutés le 14 juillet 1944 au plateau de Berthaucourt » (courrier au Commandant de la brigade de gendarmerie de Givet, du 5 avril 1945. Le colonel Laboureur ajoute : « Je vous transmets cette information à toutes fins que vous jugerez utiles pour prévenir les familles, car il ressort des déclarations que vous avez recueillies sur cette affaire que les parents semblent être dans l’ignorance absolue du lieu de sépulture. ») 

Le jugement déclaratif de décès, prononcé le 20 mai 1947 par le tribunal de Rocroi, précise que Raymond Martin fut « après une courte incarcération […] exécuté à une date indéterminée et vraisemblablement à Charleville et […] sa mère fut avisée de son décès le 14 juillet 1944 par le Colonel commandant la subdivision de Laon. »

Conformément à cette décision, l’extrait du registre des actes de décès de la mairie de Fromelennes considère donc que Raymond Martin est décédé à Charleville, fusillé par les Allemands, « courant juillet 1944 ».

Comme celui de son camarade René Rivir, son corps n’a jamais été retrouvé.

Le nom de Raymond Martin figure sur la stèle apposée dans le cimetière de Fromelennes « À la mémoire des FFI torturés et fusillés par les Nazis le 6.07.44 ».

 

325 - MARchand Arthur, Léon, né le 1er avril 1923 à Jumet (Belgique), ouvrier à Givet. Réfractaire au STO, membre des FFI de Givet, Arthur Marchand fut arrêté avec deux de ses camarades, Raymond Martin et René Rivir, par la Feldgendarmerie de Givet sur la route de Vireux à Hargnies le 6 juillet 1944, alors qu’ils rejoignaient le maquis Prisme de la mission interalliée « Citronelle » cantonné dans les bois d’Hargnies (maquis dit « des Ardennes »).

Arthur Marchand tenta la fuite et s’engagea dans la forêt. Mais rattrapé par ses poursuivants il fut abattu et son corps laissé sur place. Il ne fut retrouvé que le 29 août 1944 sur le territoire de la commune d’Hargnies.

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Givet.

 

 

 

stele fromelennes «A la Mémoire des F.F.I. torturés et f

 

Stèle apposée dans le cimetière de Fromelennes

 

 

 

Sources :

 

Dossiers du BAVCC

Direction de la Mémoire, du patrimoine et des archives

Service historique de la Défense, Département interarmées, ministériel et interministériel,

Bureau des victimes des conflits contemporains, BP 552, 14037 CAEN cedex

 

LOTTERIE (P.), Marceau Devie, résistant ardennais, m’a raconté..., SOPAIC, Charleville-Mézières, 1985

 

 

 

 

Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
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