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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 08:25

Un diaporama à vocation pédagogique consacré à la Shoah dans les Ardennes a été mis la à disposition des enseignants. Il est téléchargeable depuis le site de l’Inspection départementale de l'Education nationale de Rethel mais aussi depuis celui du CDDP des Ardennes (à confirmer).
Ce document avait été réalisé à la suite à de recherches menées sur la déportation de la famille Cyminski de Rethel. On se souvient qu’après la publication de l’étude, d’abord dans la revue Terres ardennaises puis en livret illustré lors d'une exposition à la bibliothèque municipale de Rethel, une plaque commémorative avait été apposée place de Caen.

 

Le diaporama est téléchargeable ici. L'album qui reprend le texte intégral de l'étude l'est .

 

Dscf0001bis          Le nom d'Hélène, sur "le Mur des noms" du Mémorial de la Shoah à Paris (CDJC).

29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 17:07

Les commémorations au monument du maquis du Banel ont pris cette année une singulière dimension pour Annette Biazot et moi-même. Les lecteurs de ce blog savent que notre ouvrage, Face à la Gestapo, connaît un véritable succès. L'une des raisons en est que ce livre est le premier à étudier en profondeur et en détail l'organisation du maquis franco-belge du Banel et les causes de son échec face aux services allemands de police. La chaîne de télévision belge TV-Lux a accordé cette semaine quelques minutes de son journal aux cérémonies de cette année. Nous vous invitons à visionner ce reportage en cliquant ici.
Par ailleurs, une équipe de TV-Lux est venue à notre rencontre et a visité avec nous les hauts-lieux de cet épisode de la Résistance. Un documentaire de 26 minutes, axé sur la tragédie du Banel mais traitant aussi de l’ensemble de l’ouvrage, sera prochainement diffusé à la télévision. Il sera aussi disponible sur le site de TV-Lux.

 

Sans titre

11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 07:45

La percée allemande entre Chiers et Meuse... Des documents inédits sur mai-juin 1940

 

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M. Tejedo Cruz, Barrer la route, éditions Euromédia, Douzy


Alors que la France panse ses plaies suite aux cinquante et un mois de guerre entre 1914 et 1918, ses dirigeants sentent bien un esprit revanchard se développer outre Rhin. La technique de la Grande Muraille de Chine est reprise, une succession continue de fortifications va être construite le long des frontières terrestres françaises du Nord et de l'Est, la Ligne Maginot était née. 

Le secteur des Ardennes ne sera pas organisé de la même façon qu'en Lorraine ou en Alsace. Manque de crédits, considération que les forêts ardennaises étaient infranchissables, feront que de nombreux allégements seront opérés sur ce secteur. Malgré tout, la partie Ouest de la Tête de Pont de Montmédy sera aménagée efficacement, la Ligne Principale de Résistance s'appuyant sur la rive gauche de la Chiers. Des régiments locaux, mais également des Tirailleurs, des Zouaves viendront travailler à améliorer ce secteur défensif, lignes anti-chars et réseaux de barbelés courent parallè­lement en continu le long de la frontière belge. Parmi les combattants, un sergent-chef, un certain François Mitterrand et un acteur Albert Préjean. Le front recevera aussi la visite du Duc de Windsor. Les hommes affectés dans les intervalles des gros ouvrages comme Villy-La Ferté, Le Chesnois, connaissent bien leur secteur, tous les réglages des armes automatiques sont adaptés à la topogra­phie du terrain. L'ennemi peut venir.

Le 14 mai, soit quatre jours après le début des hostilités, trois divisions d'infanterie allemande s'ins­tallent sur la rive droite de la Chiers, 45000 hommes sont ainsi répartis de Douzy à Signy-Montlibert. La première priorité des Allemands est de faire taire l'ouvrage de Villy-La Ferté.

Le général Huntziger commandant la Ile Armée, craignant que la Ligne Maginot ne soit prise à revers, fait évacuer le secteur entre Chiers et Meuse pour aller s'établir sur la bretelle d'Inor et fermer ainsi la route de Verdun.

Le général Georges commandant le Théâtre d'Opérations du Nord Est, mis au courant de cette volte-face stratégique qualifiera cette manœuvre de « plus importante bataille de la guerre ! » INOR, son nom s'écrira en sang sous les bombardements, les combats parfois au corps à corps.

Le lecteur découvrira au fur et à mesure de la lecture de ce document, l'installation de la gent mili­taire, les travaux effectués, les missions réalisées. Plus de 600 photos illustrent les préparations, les combats, les souffrances des hommes, leur héroïsme.

 

Published by philippe lecler - dans Bibliographie
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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 06:33

Le témoignage fort d’un résistant ardennais déporté au camp de concentration de Buchenwald en 1944. Le titre de la première de couverture, Les Carnets d’un déporté résistant est complété par cette mention : Grand-Mère, matricule KLB 42522, car les travaux effectués par l’auteur pendant sa déportation ont déformé son corps jusqu’à le rendre irrémédiablement et définitivement voûté, l’obligeant à adopter à une posture de vieillarde « percluse de douleur, une grand-mère qui n’aurait pas encore vingt ans ! ».

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Christian Boitelet, Résistant déporté : « Grand-Mère » (matricule KLB 42522), édition La Fontaine de Siloé, 73801 Montmélian

 

Christian Boitelet est né le 2 décembre 1924 à Givet dans une famille d’origine modeste. Son père, Marcel, est cheminot, c’est dès avant la guerre un militant communiste actif qui s’engage dans des actions de solidarité envers les Républicains espagnols et les Allemands antinazis. Vient la guerre, et l’exode en Vendée… La famille Boitelet rentre à Givet en 1942. Très rapidement Marcel Boitelet s’engage dans la résistance à l’occupant, mais il est arrêté le 27 février 1943 sur dénonciation d’un auxiliaire de la police allemande. Interné à la prison de Charleville, transféré sur le camp de Compiègne, il est déporté au camp de concentration de Sachsenhausen par le transport du 28 avril 1943. Il y est décédé le 26 juillet 1944. (Son bulletin de décès porte la mention « Mort pour la France » et son nom figure sur le monument aux morts de Givet mais  pas sur le Mémorial de Berthaucourt.) Peu de temps après, son frère ainé est à son tour arrêté puis déporté.

Christian Boitelet fait face au malheur, et par patriotisme autant que par revanche, il s’engage lui-même dans l’action. Il intègre  le groupe de résistance givetois placé sous la direction de Jean Vigneron, chef du secteur de Givet au nom du mouvement Libération-Nord. Sa principale activité consiste en un rôle de passeur : « C’est surtout dans l’acheminement de prisonniers de guerre évadés des Stalags que je me sens le plus utile. Je n’ai pas oublié  les recoins boisés permettant les passages clandestins, qui permettent de se jouer de la frontière franco-belge. En Belgique, en des lieux secrets, je récupère des hommes fatigués, épuisés par le chemin déjà si long qu’ils ont eu à effectuer. De nuit, avec ces pauvres prisonniers de guerre en fuite, nous gagnons la France. Ma grande préoccupation, c’est d’éviter les patrouilles allemandes. Par contre, je ne crains pas trop les gendarmes du coin. Ils ne font d’excès de zèle collaborateur. »

Par ailleurs, le maire de Givet lui fournit un emploi pour échapper au STO, des cartes d’alimentation pour nourrir le maquis, et le prévient des menaces que font peser les mouchards sur les résistants… « Les mouchards sont redoutables. Ils agissent par conviction idéologique fasciste et par appât du gain. Ils sont largement récompensés lorsque des personnes se font arrêter. Alors, ouvertement, sans aucun scrupule, ils affichent leur train de vie de nouveaux riches. »

 

C’est un de ces cafards que l’état-major de la Résistance givetoise décide d’éliminer, plus particulièrement celui qui a déjà donné le père de Christian aux Allemands. La relation que fait Christian de cet épisode est succincte : il est désigné pour éliminer ce traitre, « on » lui procure un revolver, « ainsi fut fait … » On ne sait quels complices épaulent cette action, combien d’hommes y sont engagés, où et comment se passe l’action, ni d’ailleurs qui est vraiment la victime…

J’ai mentionné cette exécution sommaire dans mon livre  Article 75. Le 22 novembre 1943 l’interprète de la Feldgendarmerie de Givet, Jean Guillermain, ancien délégué à la propagande pour la LVF, et son amie, une certaine dame Mathy, déléguée à la LVF à Revin, furent abattus dans la soirée à « L’hôtel du chaland qui passe » à Givet. Il y eut donc dans cet attentat non pas un mais deux tués, ce que m’a confirmé M. Boitelet dans un courrier que je lui ai adressé.

 

Christian Boitelet est arrêté le 27 novembre 1943 et conduit à la prison de Charleville, où, refusant de donner les noms de ses chefs, il subit de nombreuses tortures. Il estime avoir eu « beaucoup de chance » de ne pas avoir été fusillé, mais d’avoir été condamné à la déportation en camp de concentration. Envoyé au camp de Compiègne, il est ensuite déporté à Buchenwald le 24 janvier 1944 sous le matricule 42522. Il est ensuite transféré à Dora puis à Sachsenhausen où il est libéré par l’armée soviétique le 8 mai 1945. A son retour, il a beaucoup de mal à reprendre une vie normale à cause des nombreuses séquelles : typhus, mains et pieds gelés, décalcification importante et problème pulmonaire.

Christian Boitelet est un passeur de mémoire : dans les collèges et les lycées, il témoigne auprès de la jeunesse pour éviter que l’erreur commise par le peuple allemand ne se reproduise. « Je savais par des Allemands qui fuyaient leur pays vers l’Espagne qu’il existait des camps mais je ne pouvais pas croire qu’un peuple civilisé puisse faire de telles atrocités. »

Published by philippe lecler - dans Biblio ardennaise
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