Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

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Mercredi 2 septembre 2009 3 02 /09 /2009 00:00

                         Il est de ces rencontres qui engagent toute une vie. Secrétaire de Jean Moulin, Daniel Cordier passa moins d'une année avec celui qu'il nommait affectueusement "le patron", moins d’une année qui bouleversa le cours de son existence. On connaît Daniel Cordier comme historien de Jean Moulin, à qui il consacra une œuvre monumentale (les 3 volumes du Jean Moulin, l’inconnu du Panthéon ; aussi le Jean Moulin, la République des catacombes), mais toujours le biographe s’effaça devant l’immensité de son personnage, si bien qu’on en était venu à oublier que Daniel Cordier avait été avant tout un résistant de la première heure.

 
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Les mémoires de Daniel Cordier débutent le 17 juin 1940, avec le refus du discours de Pétain
(" C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat..."), et l'embarquement du jeune Cordier sur un cargo en partance vers l’Algérie qui le conduira finalement en Angleterre. Enrôlé dans la "Légion de Gaulle" (qui deviendra rapidement les Forces françaises libres), après deux années de formation militaire et son intégration au sein du BCRA il fut parachuté en France occupée le 25 juillet 1942. Destiné à être le radio de Georges Bidault, Jean Moulin le choisit pour devenir son secrétaire. Sous les ordres du délégué du général de Gaulle en France, il participa à l'œuvre d'unification des mouvements de résistance en zone sud, puis à la fondation du Conseil National de la Résistance...
Rédigés sous la forme d’un journal, « qui oblige à déplier le temps et à fouiller dans les souvenirs », ces mémoires donnent des relations entre les envoyés de la France Libre et les chefs de la Résistance intérieure une image surprenante et quelquefois déroutante (notamment dans la relation de la guérilla permanente menée contre Moulin par les chefs des mouvements de résistance, ainsi que les manœuvres de certains agents gaullistes de Londres).

Outre un magnifique portrait de Jean Moulin, brossé à petites touches, Alias Caracalla est un récit de la clandestinité au jour le jour, qui, dans simplicité, démystifie quelque peu la résistance dans son quotidien (« Je suis toujours frappé par les représentations actuelles qui occultent nos difficultés de la vie quotidienne de la Résistance, peureuse, sans éclat, ou ne leur donne pas leur véritable importance. Elles sont transfigurées par un romantisme de roman d’espionnage, fort éloigné de la misérable réalité »); si le jugement porté par les hommes de Londres à l’encontre des résistants de l’intérieur est parfois assez sévère (« Les résistants sont d’abord des types sur qui nous ne pouvons pas compter »), ainsi que sur les mouvements (une organisation « bordélique », des chefs « insupportables » qui « ne viennent pas aux rendez-vous et n’accomplissent pas les tâches qu’on leur demande », il révèle la profonde incompréhension entre les uns et les autres. Il est vrai que Cordier, en toute justice, relève que pour les résistants de l’intérieur, les agents gaullistes passaient pour des « planqués »).

Ces jugements valent-ils pour toute la Résistance intérieure ? Certes non. Les mémoires de Daniel Cordier ont comme seul sujet la narration de son activité auprès de Jean Moulin. Les relations conflictuelles entre les chefs des mouvements (de la zone sud principalement, notamment Henri Frenay, de « Combat ») et Jean Moulin mettent en lumière les ambitions politiques et militaires de la « HSR », la Haute Société Résistante, sans préjuger de la valeur de l’engagement exemplaire du peuple résistant, quasiment absent des mémoires (si l’on y rencontre peu de ces tâcherons de la Résistance, on en oublie presqu’autant les Allemands, très peu évoqués.)

D. CORDIER, Alias Caracalla, Gallimard, Paris, 2009


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Mercredi 7 mai 2008 3 07 /05 /2008 16:36
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             


    Quelques renseignements sur les bombardements dont furent victimes les Ardennais dans ce livre, très bien documenté, consacré à cette thématique.


E. Florentin, Quand les Alliés bombardaient la
 France 1940 -1945
, Perrin, Paris, 1997


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Jeudi 1 mai 2008 4 01 /05 /2008 11:35
 
       Cet ouvrage, première étude scientifique consacrée à la collaboration armée en Belgique francophone, tord le cou à l'image simpliste et manichéenne que nous avons de l'Occupation en ce pays ; celle d'une Flandre collaborationniste opposée à une Wallonie  résistante.

    Dans un exposé clair et précis, l'auteure décline les différents aspects que prit cette forme de collaboration, analysée dans son évolution chronologique et dans ses composantes sociologiques, en Belgique francophone : paramilitaire et policière dans l'intérieur du pays ("Gardes Wallones", auxiliaires de la Sipo-SD...), militaire sur le front de l'Est. Flore Plisnier renvoie Léon Degrelle à sa juste valeur : figure emblématique de l'engagement de quelques Belges fanatisés sous l'uniforme allemand ("une poignée de misérables" comme l'a dit de Gaulle des collabos français), il ne fut finalement pas l'élément central de la petite nébuleuse collaborationniste, qui recruta la plupart de ses séides parmi les marginaux et les déclassés de la société.

        F. Plisnier, Ils ont pris les armes pour Hitler. La collaboration armée en Belgique francophone, éditions Luc Pire, Bruxelles, 2008

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Vendredi 21 mars 2008 5 21 /03 /2008 17:00
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M.R.D. Foot, Des Anglais dans la Résistance. Le service secret britannique d'Action SOE en France, 1940-1944,Tallandier, Paris, 2008.
    C’est un monument que publient les éditions Tallandier. Paru en Grande-Bretagne en 1966, SOE in France, cette référence de l'histoire de l'Angleterre pendant la Seconde guerre mondiale n'avait jamais été traduite en français. C’est aujourd’hui chose faite et nous ne pouvons que nous en réjouir. L’édition présente a été revue et corrigée, augmentée des notes et d’un avant-propos rédigés par Jean-Louis Crémieux-Brilhac.

    Ayant eu accès aux meilleures sources, par autorisation du gouvernement britannique d’alors, Mickael R.D. Foot, analyse d’abord les structures du SOE (origines, rapports avec les autres services secrets, recrutement et formation des agents, communications et conditions de la vie clandestine dans la France occupée…), avant d’entreprendre le récit de son activité : « La réalité de l’histoire clandestine suffira à nourrir le lecteur de ce livre d’épisodes à suspens : aventures héroïques, drames, sacrifices, trahisons, doubles jeux, malentendus, parties mortelles de poker menteur entre le SOE et les services de sécurité allemands. » (J.L. Crémieux-Brilhac ).

    Le Special Operations Executive fut un organisme secret chargé  par le gouvernement britannique d’encourager la subversion et le sabotage dans les territoires occupés par l’Allemagne nazie, dont l’objectif résumé tenait dans cette formule lapidaire de Winston Churchill : « Mettez l’Europe à feu ! ».
Le SOE avait pour objectif, par le moyen de parachutages de matériels et d’agents derrière les lignes ennemies, d’y exécuter des sabotages et de participer à la constitution d’unités irrégulières capables de mener à bien des opérations de guérilla ; de « créer des Cinquièmes colonnes » aptes « à tout faire sauter, à susciter partout le chaos et la révolution. » Par ailleurs, les agents du SOE devaient obtenir des renseignements sur les forces allemandes dans les pays occupés, et établir d’étroits contacts avec les populations locales afin d’y installer des agents parmi elles.
La section française du SOE (section F, dite French Section), commandée par le colonel Maurice Buckmaster, parvint ainsi  à livrer à la Résistance plus de douze mille tonnes d’armes et à animer, pour toute l’Occupation, quatre-vingt-douze réseaux (aux noms aussi exotiques que Spindle, Chesnut, Monkeypuzzle, ou Woodcutter...)
Sur le sol de France, le Mémorial de Valençay, dans l’Indre, honore les 104 agents de la section F morts pour la France.
   
    Vous vous dites peut-être que les Ardennes ne furent pas concernée par cette forme d’action, que sans doute ailleurs… Mais pas ici… D’ailleurs, on n’en a jamais entendu parler… Détrompez-vous (vous pouvez d’ailleurs vous en assurer ici ou ).
Il n’est pas bon de parler d’un ouvrage en cours de gestation, mais, avec l’accord de ma partenaire en cette aventure, livrons quelques éléments qui vous montreront que le SOE fut agissant dans les Ardennes :

- Des contacts furent pris entre le réseau SOE Physician-Prosper, commandé par Francis Suttill, et la résistance ardennaise en la personne de l’état-major de l’OCM et d’un groupe franco-belge de Muno-Carignan, au cours d’une réunion qui eut lieu en Belgique au printemps de 1942.
- L’intégration de la résistance ardennaise à Prosper fut confirmée par un message diffusé par la BBC, dont la teneur ne vous est pas, à vous lecteurs de ce blog, étrangère :
                « Ardenne, tiens ferme ! »
- Le SOE permit ainsi les premiers parachutages d’armes à destination de la résistance ardennaise, au printemps 1943, sur le terrain du plateau du Monty, à la frontière belge, et sur d'autres situés dans l’Aisne…
- L’arrestation de Prosper et de ses adjoints à Paris marqua le début d’une vague de répression qui toucha nombre de régions françaises, dont les Ardennes.
Un des adjoints de Prosper parvint d'ailleurs à s’évader du convoi qui l’emmenait à Buchenwald : sautant de son wagon après la gare d’Amagne-Lucquy, il fut récupéré par les cheminots qui lui permirent d’échapper aux recherches puis de rejoindre Paris...
-
La capture de deux agents Canadiens du SOE envoyés pour superviser le secteur ardennais permit à la Gestapo de monter un vrai faux réseau qui, pendant 9 mois, sous son contrôle, réceptionna parachutages et agents envoyés par Londres  (l’affaire « des parachutistes alliés » dont nous avons déjà parlé en fut une conséquence)…



   

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