En conclusion aux chapitres développés dans les derniers articles, on me permettra quelques remarques sur la composition de la liste des personnes inscrites à Berthaucourt, qui nous interroge sur la notion de « résistant » telle qu'elle fut comprise par les FFI ardennais en leur temps ; et sur le monument lui-même, sa destination et son avenir comme lieu de mémoire de la répression allemande lors de l'Occupation. Ces quelques réflexions, succinctes, seront développées dans l'article à paraître dans la Revue historique ardennaise.
Des lacunes flagrantes dans la composition de la liste des inscrits à Berthaucourt :
Lily BAUER, née KLEIN le 16 février 1904 à Budapest. Juive, de nationalité hongroise, elle travaillait dans les colonies agricoles de la WOL à Remaucourt. Échappée de la rafle de janvier 1944 avec Robert PAL, ils furent arrêtés par la Feldgendarmerie à Doumely-Begny le 6 juillet 1944, au motif de « nationalité juive », et emprisonnés à Rethel puis à Charleville. Tous deux furent fusillés à Tournes le 29 août 1944. Lily BAUER est la seule fusillée de Tournes dont le nom ne figure pas sur le monument de Berthaucourt, alors que celui de Robert PAL est inscrit. Fut-il plus « résistant » qu'elle ?
Deux noms des fusillés de Gaulier du 29 août 1944 manquent : CHOINET Michel et André BOIS...
BERNIER Roland, né le 22 décembre 1924 à Novion-Porcien, domicilié à Saivres (Deux-Sèvres), FTP, fut arrêté avec Batonnier et Fritsch, comme eux fusillé à Biard le 4 mai 1944. Il n'est pas inscrit à Berthaucourt...
André COIN et André SCHMITT, furent tous deux abattus par leurs gardiens allemands à hauteur du village de Faux, sur le monument au mort duquel ils
figurent, lors d'une tentative d'évasion du transport du 17 janvier 1944 à destination du camp de concentration de Buchenwald. Leurs noms ne sont pas inscrits à Berthaucourt...
Jules Fuzelier, syndicaliste et maire communiste de Joigny-sur-Meuse et Jean Lelarge furent arrêtés le 23 août 1941 par la police française après une grande distribution de tracts dans les rue de Charleville, condamnés à la prison par la cour spéciale de Nancy, saisis comme otages par les Allemands et fusillés, l'un à Caen le 14 février 1942, l'autre à Ville-sous-Ferté le 31 mars 1942. Aucun des deux n'est inscrit à Berthaucourt ! Que penser aussi de l'absence sur la pierre de Berthaucourt de Lucien SAMPAIX, ancien ouvrier métallurgiste de Sedan, fervent militant communiste et syndicaliste, secrétaire général du journal l'Humanité, fusillé à la prison de Caen le 15 décembre 1941 ?
Jules Fuzelier
Omission involontaire ou choix délibéré ? La commission de l'UAFFI distingua les victimes arrêtées « pour leurs opinions » de celles pour « résistance à l'occupant », distinction classique, mais me semble-t-il obsolète, qui veut séparer les « politiques » des « résistants ». Cette conception trouve écho dans un article de la Revue historique ardennaise, publié en 1979, de l'historien de la Résistance ardennaise Jacques Vadon, qui écrivait à ce sujet : « La commission responsable n'a voulu faire inscrire que les noms de ceux qui avaient effectivement décidé, après mûre réflexion, de chercher à nuire à l'occupant, la réputation ou le nom ne suffisant pas pour avoir droit automatiquement au titre de Résistant, non plus que le fait d'avoir été, dans le passé, un militant syndicaliste ou politique. »
On peut légitimement aussi se demander pourquoi de tous les militants communistes inscrits à Berthaucourt pour l'organisation et leur participation à la manifestation contre les départs au STO en gare de Sedan le 3 mars 1943, seuls Marius GENOT (décédé le 17 mai 1945 au camp de concentration de Dachau) et Paul DUBOIS (décédé au camp de concentration de Sachsenhausen) sont absents de la liste de Berthaucourt ?
Pourquoi Lucien Harancot, arrêté le 25 juillet 1941 à Sedan à la suite d'une distribution de tracts et décédé au camp de concentration de Buchenwald le 17 janvier 1944, fut-il lui aussi omis de la liste des résistants ?
Même question pour les personnes suivantes, arrêtées par la police allemande le 19 octobre 1941 pour « activité communiste » :
JURION Julien, décédé au camp de concentration d'Auschwitz le 29 octobre 1942, ou TRESEUX Ernest, décédé dans le même camp le 4 novembre 1942.
Ou celles-ci, arrêtées par la Gestapo, pour le même motif, le 19 mai 1942 :
NAVIAUX Emile, décédé le 1er avril 1945 au camp de concentration de Buchenwald ; BOUILLARD Louis, décédé le 28 avril 1943 au camp de concentration d'Oranienbourg ; RAVAUX (ép. Bouillard) Léona, décédée au camp de concentration d'Auschwitz le 15 février 1943 ; POLET André, décédé au camp de concentration de Flossenbürg le 6 mars 1944...
Quelle raison pour ces choix ?
On remarquera par ailleurs que parmi les inscrits de Berthaucourt figurent au moins deux personnes dont les motifs d'arrestation par les autorités, françaises ou allemandes, relèvent de crimes de
droit commun et non de faits de résistance (ce que démontre leur dossier judiciaire que la commission de l'UAFFI en charge des inscriptions n'avait sans doute pas consulté).
En outre, il convient de noter que le monument de Berthaucourt comporte les noms des maquisards tués lors de l'attaque allemande du maquis des Ardennes les 12 et 13 juin 1944. L'un d'eux est inscrit deux fois à Berthaucourt, MENU Pierre et MENU André n'étant qu'une seul et même personne (MENU Pierre André Jean, natif de Fumay, voir l'acte de décès communiqué par la mairie de Fumay), inscrite avec le prénom « Pierre » au monument de Revin, mais avec le prénom « Jean » au monument aux morts de Fumay...
Il n'y a donc pas 506 personnes inscrites au Mémorial de Berthaucourt mais bien 505...
Enfin, et pour en terminer, ne devrait-on pas aujourd'hui, considérer le Mémorial comme porteur de la mémoire de toutes les victimes par mesure de répression sous l'Occupation ?
Le cas des massacrés d'Hargnies me paraît emblématique. Le 5 septembre 1944 dans l'après-midi, une colonne allemande en repli devant l'avance des troupes
américaines s'est arrêtée dans ce village pour s'y livrer à des atrocités contre les habitants : 13 personnes ont été tuées par explosions, par balles, ou par armes blanches, 3 furent
grièvement blessées, 30 immeubles furent incendiés... Selon le rapport de gendarmerie dressé le 27 octobre 1944 par la brigade de Vireux, ces brutalités relèvent « d'une sorte de vengeance
contre ce pays, en raison du maquis des Ardennes qui avait longtemps existé dans les parages. »
Un scénario que l'on connaît pour Oradour-sur-Glane, et plus proche de nous géographiquement pour le village de Tavaux (Aisne), qui furent considérés comme de communes martyres
et pour cette raison décorées de la Médaille de la Résistance.
Alors que les massacrés d'Hargnies n'ont pas de place au Mémorial de Berthaucourt...
Combien d'autres victimes de ces exactions commises dans les journées de la libération pourraient prétendre à une inscription sur ce monument ?
Malgré les réticences, exprimées à plusieurs reprises par l'actuel président de l'UAFFI sur le sujet, il apparaît donc indispensable de mener une profonde réflexion
sur la mémoire de la Résistance dans notre département et sur la place que va y occuper, de plus en plus, avec la disparition des derniers témoins et des derniers acteurs, le Mémorial de
Berthaucourt.
Sa vocation mémorielle, mais aussi pédagogique, pourrait être élargie à l'ensemble des victimes de la répression allemande, voire aux victimes par mesure de persécution, ouvrant ainsi à une véritable intelligence du bilan, historique et humain, des
années d'occupation dans les Ardennes.
Principales sources :
UAFFI, deux listes partielles des noms inscrits à Berthaucourt.
Archives départementales des Ardennes : « Cabinet du préfet, dossiers des personnes arrêtés par les autorités allemandes », 1 W 42-55
Renseignements fournis par la Direction de la Mémoire, du patrimoine et des archives, bureau des victimes des conflits contemporains, BP 552, 14037 CAEN cedex
2. Les
déportés
On distingue communément la déportation par mesure de persécution (celle des personnes persécutées pour leur prétendue appartenance à une « race » ou à une communauté indésirable) de la déportation par mesure de répression, dont il est question ici, qui rassembla environ 88 000 personnes arrêtées sur le territoire de la France ou du Reich en raison de leurs activités ou de leurs opinions. Les personnes concernées par ce type de déportation sont donc soit des résistants, soit des personnes raflées comme otages, soit encore des auteurs de délits de droit commun.
2.1 Raisons et chronologie de la déportation
Seules les exécutions après jugement d’un tribunal militaire firent systématiquement l’objet d’une note des services allemands de la Feldkommandantur à la préfecture. Les raisons de la déportation sont d’autant plus mal connues que les personnes déportées furent rarement traduites devant un tribunal militaire. Les Allemands se passèrent d’ailleurs plus facilement de cette formalité lorsqu’au printemps 1942 les militaires furent dessaisis de leur pouvoir de police au profit de la SS. La Gestapo n’eut alors plus à justifier en cette matière ses décisions qui relevaient d’une procédure dite de la « détention de sécurité » (Schutzhaftverfügung), qui autorisait l’autorité allemande à placer le simple suspect en détention dans un camp de concentration « jusqu’à la fin de la guerre ».
Les dates de la déportation des personnes arrêtées pour faits de résistance dans les Ardennes coïncident avec la chronologie générale de cette forme de répression ainsi qu’avec le développement de l’action de la Résistance.
2.2 Répartition des déportés inscrits à Berthaucourt selon le lieu de destination et le lieu de décès
Nous connaissons pour 116 déportés inscrits à Berthaucourt les destinations initiales, sur les 142 (connues) dont les noms figurent sur le monument. Dans un ordre croissant, ce sont les camps de concentration de :
- Natzweiler -Struthof (18)
- Buchenwald (18)
- Neuengamme (16)
- Sachsenhausen-Oranienbourg (14)
- Dachau (12)
- Ravensbrück (11)
- Auschwitz-Birkenau (6)
- Mauthausen (5)
- Dora (3)
- Flossenbürg (1)
Pour certains, principalement les « NN », les destinations furent les prisons de Hinzert (5), Pforzheim (1), Dortmund (1), Kehl (1), Sonnenburg (1), Deckenschule (1), la forteresse de Bayreuth (1) et le ghetto de Kaunas (Lituanie) pour un déporté juif.

Nous connaissons par ailleurs pour 122 déportés inscrits à Berthaucourt les lieux de décès. Dans un ordre croissant, ce sont les camps de concentration de :
- Dachau (16)
- Sachsenhausen-Oranienbourg (16)
- Neuengamme (15)
- Mauthausen (13)
- Buchenwald (13)
- Ravensbrück (11)
- Dora (10)
- Natzweiler-Struthof (4)
- Auschwitz-Birkenau (4)
- Bergen-Belsen (3)
- Flossenbürg (3)
- Gross-Rosen (1)
On relèvera par ailleurs deux décès dans des villes allemandes (Essen et Grafenthal), dont l’un dans un Kommando de déblaiement après un raid de l’aviation alliée, et un autre au ghetto de Kaunas.

2.3 Les principaux camps d’accueil des déportés inscrits à Berthaucourt
Buchenwald
Parmi les données saillantes concernant ces déportés, on peut remarquer que Buchenwald fut avec Sachsenhausen le camp d’accueil des prisonniers communistes ou supposés tels. Ainsi, si les maquisards FTP du maquis dit « de Launois » à Viel-Saint-Rémy furent fusillés au début de 1944 après avoir été jugés par un tribunal militaire allemand, ceux qui furent considérés comme leurs complices (pour les avoir hébergés, ravitaillés) furent presque tous déportés à Buchenwald (8 sur 11) par le transport du 22 janvier 1944 au départ de Compiègne.
Sachsenhausen-Oranienbourg
On peut relever que c’est le camp de Sachsenhausen-Oranienbourg, près de Berlin, qui fut la première destination des prisonniers communistes ardennais, en deux grands convois qui emportèrent la plupart de ceux-ci arrêtés au cours de l’année 1943.
Le transport du 24 janvier 1943 fut composé au départ de Compiègne d’hommes et de femmes, voyageant dans des wagons différents, et aux destinations différentes. Au moins 1466 hommes furent dirigés, après le passage de la frontière allemande vers le camp de concentration de Sachsenhausen, où ils entrèrent le 25 janvier (les femmes, nous en parlerons plus loin, furent dirigées vers Auschwitz-Birkenau). Ils sont les premiers déportés partis de France à être dirigés vers ce camp. La majorité de ceux-ci sont des membres du parti communistes ou du Front National.
Le transport du 28 avril 1943 fut un autre transport mixte parti de Compiègne, les hommes à destination de Sachsenhausen, les femmes à celle de Ravensbrück. Il comptait une part très importante de prisonniers communistes, dont 14 Ardennais, soit près de la totalité des communistes responsables de la manifestation contre le STO en gare de Sedan le 3 mars 1943 et arrêtés le lendemain par les autorités allemandes.
Dachau
La majorité des déportés au camp de concentration de Dachau le furent par le convoi du 2 juillet 1944, dit « train de la mort ». Ce fut le plus important convoi de déportation au départ de Compiègne (2 166 déportés politiques et résistants, droits communs), il fut sans doute aussi le plus meurtrier (530 hommes trouvèrent la mort pendant le voyage).
On y trouve notamment les hommes arrêtés au printemps 1944 dans le cadre de l’affaire dite « des parachutistes », c’est à dire le démantèlement du réseau Samson à la suite de l’infiltration en son sein d’agents de la Gestapo de l’avenue Foch (18 personnes arrêtées, 16 déportées, dont 12 mortes en déportation, 2 fusillées).
On notera que 9 déportés internés au camp de concentration de Natzweiler furent transférés à Dachau probablement lors de l’évacuation de ce camp les 31 août, 1er et 2 septembre 1944.
Neuengamme
Parmi les 16 déportés dans ce camp figurent presque tous les membres de la Résistance de l’Aisne qui ont été arrêtés dans le cadre de l’affaire dite « des parachutistes » dans ce département et dans une autre, initiée par la Gestapo de Saint-Quentin et dont l’agent principal fut Wickenden, dit « l’homme à la verrue ». Ces habitants de l’Aisne sont inscrits à Berthaucourt car leurs groupes étaient commandés par l’état-major ardennais de l’OCM et dépendaient du secteur de Signy-l’Abbaye. Parmi les autres activités de ces groupes on peut citer la constitution d’une filière d’aide aux prisonniers de guerre français évadés, aux aviateurs alliés, aux Juifs évadés du camp des Mazures, l’aide aux réfractaires du STO. On se souvient que leur chef, Émile Fontaine, fut abattu par la Gestapo le 30 mars 1944 à Aubenton et que les arrestations dans le réseau auquel il participait, Samson, eurent lieu dans les jours qui suivirent sa mort.
Parmi les Ardennais déportés à Neuengamme figure Jean FOSSIER, né le 13 septembre 1924 à Terron-sur-Aisne, domicilié en cette commune. Arrêté le 7 mars 1944 par la gendarmerie française pour un vol d’huile, l’enquête fit apparaître ses liens avec le Résistance (hébergement d’aviateurs alliés, agent de renseignement du Banel, création du maquis de Semide). Il fut déporté au départ de Compiègne le 4 juin 1944 vers le camp de concentration de Neuengamme. Disparu au camp de concentration de Dora.
Ravensbrück
Connu comme le camp des femmes, Ravensbrück reçut 10 déportées originaires des Ardennes.
Pour poursuivre sur l’affaire « des parachutistes » évoquée plus haut, les quatre femmes arrêtées dans le cadre de celle-ci furent internées à Romainville avant de quitter la France dans un convoi qui atteignit le camp de « Neue Bremm » à Sarrebrück le 4 juillet 1944. Le 27 de ce mois, elles furent transférées au camp de concentration de Ravensbrück.
Auschwitz-Birkenau
Parce qu’il est l’archétype du camp de concentration dans la conscience collective, voyons les cas des déportés à Auschwitz. Le complexe d’Auschwitz-Birkenau est connu comme le symbole de la volonté d’extermination par les nazis des juifs d’Europe.
Dans ce camp, 4 500 personnes venues de France furent aussi internées par mesure de répression.
On peut distinguer deux groupes de déportés originaires des Ardennes, dont les noms sont inscrits au monument de Berthaucourt, qui y furent transférés.
Les femmes du transport du 24 janvier 1943, convoi dit des « 31 000 »
Le transport du 24 janvier 1943 fut composé au départ de Compiègne d’hommes et de femmes, voyageant dans des wagons différents, et aux destinations différentes. Au moins 1466 hommes furent dirigés, après le passage de la frontière allemande vers le camp de concentration de Sachsenhausen, où ils entrèrent le 25 janvier ; 230 femmes furent emmenées au camp de concentration d’Auschwitz.
Les trois femmes, dont les noms sont inscrits à Berthaucourt, avaient été arrêtées à la fin du mois d’octobre 1942 par la Gestapo de Charleville à la suite du démantèlement par ce service d’une filière d’évasion de prisonniers de guerre français qui avait son centre à Charleville et avait été fondée par Paul Royaux. Elles décédèrent toutes les trois dans les deux mois qui suivirent leur entrée dans ce camp.
On peut noter que parmi les ardennaises de ce transport figurait aussi Simone SAMPAIX, née à Sedan, fille de Lucien SAMPAIX, secrétaire général à L’Humanité fusillé le 15 décembre 1941. Elle sera libérée au camp de concentration de Ravensbrück en avril 1944.
On remarquera aussi que dans ce transport figurait aussi RAVAUX (ép. Bouillard) Léona, née le 5 avril 1885 à Éteignères, domiciliée à Auvillers-les-Forges, arrêtée en même temps que son mari pour « activité communiste », décédée à Auschwitz le 15 février 1943. Son nom ne figure pas à Berthaucourt !
Les hommes du transport du 27 avril 1944, dit convoi dit des « tatoués »
Ce transport est le troisième convoi de non-juifs parti de Compiègne à direction du camp d’Auschwitz. Composé d’environ 1 670 hommes, il y arrive le 30 avril au soir. Ces déportés étaient destinés à fournir de la main d’œuvre aux Kommandos de travail (d’où cette appellation de « tatoués », les SS ne tatouant pas ceux qui étaient destinés à la chambre à gaz).
Les hommes dès leur arrivée, après désinfection et marquage furent d’ailleurs transférés vers d’autres camps, la plupart vers celui de Buchenwald. Deux Ardennais inscrits à Berthaucourt furent de ce transport.
Le sixième déporté de ce transport, inscrit à Berthaucourt, Abraham SEEMAN, fut saisi par la Gestapo le 4 janvier 1944, lors de la rafle des derniers juifs présents dans les Ardennes. Cet octogénaire ne fut certainement pas arrêté pour fait de résistance, mais bien pour son appartenance « raciale »…
2.4 Le cas des déportés « Nacht und Nebel »
Ils mettaient en place la procédure dite « Nacht und Nebel » (« Nuit et Brouillard »). Celle-ci retirait à la justice militaire la répression de la résistance au profit des tribunaux nazis du Reich.
Par les moyens du secret et de l’isolement des personnes transférées en Allemagne (« Les coupables transportés en Allemagne ne sont autorisés à aucun contact avec le monde extérieur : aussi n’ont-ils le droit ni d’écrire, ni de recevoir lettres, colis, visites. Ceux-ci sont à renvoyer avec la mention que tout contact avec le monde extérieur est interdit au coupable »), on atteignait le but fixé : « un effet de frayeur efficace et durable ».
En novembre 1943, le camp de concentration de Natzweiler-Struthof, succède à Hinzert comme lieu principal de la détention des détenus « NN », même si ces derniers y étaient déjà nombreux avant cette date.
Les 20 déportés « NN » du camp de Natzweiler-Struthof le furent au cours de l’année 1944. Á cette date, ils ont échappés à l’autorité de l’armée allemande, qui a perdu ses prérogatives en matière de maintien de l’ordre, et sont pris en charge par la Gestapo. Le sigle « NN » reste utilisé mais la procédure Keitel est abandonnée : ils ne sont plus en attente de jugement mais soumis au régime de la « détention de sécurité » (Schutzhaftverfügung), c’est à dire destinés à rester dans des camps de concentration « jusqu’à la fin de la guerre ».
Citons parmi eux :
BARRÉ Gaston, né le 1er avril 1899 à Hautes-Rivières. Brigadier des Douanes à Vireux. Il fut arrêté en novembre 1943 en raison de son appartenance à un réseau de renseignement. Déporté au départ de Paris, gare de l’Est, le 25 février 1944 vers le camp de concentration de Natzweiler, il y est décédé le 2 avril 1944.
ESCALON Pierre, né le 9 janvier 1917 à Paris, chef d’équipe au chantier forestier de Vendresse, en fait responsable OCM de l’école des cadres à Omicourt (instruction aux sabotages). Arrêté à Vendresse le 20 septembre 1943, il fut condamné par le Tribunal militaire allemand de Charleville le 15 janvier 1944. Emprisonné à Paris le 17 juin 1944, déporté au départ de Paris, gare de l’Est, le 13 juillet 1944 vers le camp de concentration de Natzweiler, il est décédé le 23 mars 1945 au camp de concentration de Bergen-Belsen.
FOURNAISE Adrien né le 7 mai 1902 à Mézières, agent de la SNCF à Liart, était le chef du secteur de Signy-l’Abbaye. Arrêté par la Gestapo le 24 décembre 1943, il fut incarcéré à la prison de Charleville, puis à Paris. Déporté le 24 février 1944 au départ de Paris, gare de l’Est, vers le camp de concentration de Natzweiler, il fut transféré en mai 1944 au camp de concentration de Gross-Rosen, en Silésie, puis à la prison de Nordhausen, près de Dora, où il mourut le 18 février 1945.
Photo prise à la libération du camp de concentration de Buchenwald (Doc : F. Guérin)
Afin de rendre plus lisibles les statistiques de la répression et dans une volonté de rendre compte plus précisément des réalités des fusillades, j’ai adopté la typologie développée dans l’étude de J.P. Besse et T. Pouty sur ce sujet.
Les otages fusillés : personnes arrêtées et fusillées, sans avoir été jugées, pour des faits dont ils n’étaient pas directement responsables. Dans cette catégorie, nous avons inclus les otages fusillés en 1944 selon les termes définis : « les personnes doivent avoir été emprisonnées ou maintenues en état d’arrestation pendant deux ou trois jours minimum, la date de l’exécution doit être postérieure d’une journée minimum à celle de l’action de Résistance qui est réprimée, le lieu d’exécution doit être différent du lieu d’emprisonnement ou d’arrestation, l’exécution ne doit pas être individuelle ».
Les exécutés : personnes arrêtées pour des faits portant préjudice à l’armée allemande ou au régime de Vichy puis mis à mort sommairement.
Les massacrés : personnes ayant été victimes d’exactions menées par l’armée allemande sans pour autant s’être montré coupables de quelque motif répréhensible (victimes de représailles).
1.1 Les fusillés en vertu d’une condamnation à mort
Selon les clauses de l’Armistice du mois de juin 1940, l’armée allemande avait, en parallèle de la justice française, un pouvoir de juridiction sur tous les habitants des territoires de la zone occupée à partir du moment où ces derniers devenaient auteurs ou complices de crimes ou de délits pouvant porter atteinte à sa protection, à sa sécurité ou à l’honneur du peuple allemand.
La justice militaire allemande se fondait sur une interprétation très restrictive du droit international, pour lequel tout acte de résistance de la part de la population était considéré comme une activité illégale. Tout civil portant atteinte à la sécurité des troupes devenait un « franc-tireur ». Ce motif d’inculpation ne laissait en cas de procès que deux verdicts possibles : l’acquittement ou la condamnation à mort.
Tampon du tribunal militaire de la Feldkommandantur 684, siègeant à Charleville

Le nombre de fusillés ayant fait objet d’un procès légal devant un tribunal militaire allemand s’élève à 44 personnes.
Lorsque la date du procès est connue, la répartition des fusillades dans le temps de l’Occupation s’inscrit ainsi :
- 1941 : 2 fusillés, condamnés à morts pour des faits particulièrement graves puisqu’il s’agissait d’attentats contre des soldats allemands
BASTIN Alfred et ANDRIEUX Eugène, né le 2 février 1898 à Sugny, domicilié à Machault, cultivateur. Le 12 mai 1940, il abattit un aviateur allemand dont l’appareil, abattu par la DCA, s’était écrasé. Arrêté par les troupes d’occupation le 23 avril 1941, il fut condamné à la peine de mort par un Tribunal militaire allemand et fusillé le 4 juin 1941 au Mont Valérien (il est le premier civil français exécuté en ce lieu).
- 1942 : 1 fusillé
LAMY Hildebert, né le 28 juin 1905 à Bay, ouvrier agricole à Houdilcourt. Il fut arrêté par la gendarmerie française pour possession d’armes, après dénonciation, le 25 avril 1942. Condamné à la peine de mort par le Tribunal militaire allemand de Rethel le 1er mai, il fut fusillé à Mézières le 10 mai 1942.
- 1943 : 3 fusillés
- 1944 : 38 fusillés
Les procès furent rarement menés contre des individus solitaires, mais plutôt contre ce que l’on appellerait des « bandes organisées » : maquis FTP de Viel-Saint-Rémy, dit « de Launois », à la fin de l’année 1943 (12 condamnations à mort furent prononcées par le tribunal militaire siégeant à Charleville), affaire des UCR de l’OCM le 15 janvier, devant le tribunal militaire, de cinq responsables de l’OCM, qui se solda par la condamnation à mort de 2 d’entre eux (René BOURE et Robert COISPINE).
12 condamnations à mort furent encore prononcées au mois de juin et juillet. Toutes ces condamnations tardives furent exécutées au Fort des Ayvelles.
Acte d'accusation des inculpés
Escalon, Tardif, Coispine, Bouré et Poirier, du 15 janvier 1944(Revue historique ardennaise, T. XXX, 1995)
Ils sont 15 à avoir été fusillés en tant qu’otages. Trois d’entre eux furent des inculpés d’ « activité communiste », arrêtés par la police française, jugés par le tribunal spécial de Nancy, saisis comme otage par les Allemands à la suite d’attentats commis contre les troupes d’occupation. Nous verrons en conclusion qu’ils n’épuisent pas la liste, tous n’étant pas inscrits à Berthaucourt.
Les otages fusillés en 1944, répondant aux critères adoptés plus hauts, sont au nombre de 13 dont 12 sont inscrits à Berthaucourt :
11 hommes et 2 femmes furent exécutés sommairement au Bois de la Rosière, à Tournes, le 29 août 1944, deux jours avant l’entrée des Américains dans le département, après que la Résistance eut saboté les 13 véhicules qui devaient emmener les prisonniers de Charleville vers l’Allemagne.
1.3 Les exécutés
Ils forment l’ensemble restant des fusillés inscrits à Berthaucourt : soit 290 personnes mises à mort sommairement après arrestation, tuées dans les maquis ou lors des combats de la libération.
Sans doute le premier, et en tous cas le plus jeune, Marcel CHARLIER, âgé de 15 ans. En décembre 1940, il tira des coups de feu dans la direction d’une voiture dans laquelle se trouvait un officier allemand. Une quinzaine de jours plus tard, à l’issue d’une battue organisée par les troupes pour le retrouver, il fut sommairement abattu dans le village de Bay.
Des cas d’exécutions sommaires après arrestation et incarcération à la prison de Charleville sont avérés, à l’instar de ceux d’Ernest Montmartre et de Marcel Picot. Dans ces cas, les exécutions ont été différées après une longue période de détention, mais les prévenus n’ont pas été jugés.
Les fusillés au maquis et les victimes des combats de la libération, dans une période située entre le débarquement et la libération du département, forment l’essentiel du contingent des exécutés.
On peut à cet égard signaler que dès mars 1944, Keitel, chef du haut commandement de la Wehrmacht avait prescrit que la traduction devant un tribunal militaire d’une personne n’était « admissible que si le coupable [avait été] découvert ou capturé plus tard », après les combats.
Dans le cas de combats contre le maquis, une arrestation sur les lieux-mêmes devait être suivie d’une exécution immédiate, afin de ne pas surcharger les tribunaux. D’autant que considérés comme « francs-tireurs », ces résistants auraient été condamnés à mort par la justice militaire.
On peut rappeler quelques-uns des épisodes sanglants qui marquèrent l’été 1944 et les combats des maquis contre les troupes allemandes.
- Les 106 fusillés du maquis des Ardennes aux Manises le 12 juin et les jours suivants.
- les 9 fusillés du maquis du Banel, dont son chef, Adelin Husson, surpris par un piège tendu par la Gestapo.
- Les 19 fusillés d’Illy-Olly et de Gaulier, victimes d’un « groupe d’action » du parti franciste dirigé par le SD, fusillés les 28 et 29 août 1944 (2 des victimes du 29 ne sont pas inscrites à Berthaucourt !)
- Les 6 FFI tombés à Givry-sur-Aisne le 30 août 1944 lors de l’attaque d’une unité allemande stationnée à Montmarin…

Sur 342 personnes dont on connaît la date du décès, la répartition des fusillades dans la chronologie de l’Occupation peut se lire ainsi :
- 1 en 1940
- 2 en 1941
- 1 en 1942
- 4 en 1943
- 334 en 1944
L’année 1944 est celle où la mise à mort devant un peloton d’exécution, ou par exécution sommaire au coin d’un bois, est la plus importante. Elle s’explique, succinctement, par l’importance prise par les mouvements de Résistance, l’accroissement de leur activité (sabotages, attentats contre des collaborateurs), et, en conséquence, la sévérité de plus en plus impitoyable de la répression. Mais, comme le montre l’analyse mensuelle de ces chiffres, c’est avec l’annonce du débarquement, dans un premier temps, et avec les combats pour la libération du département, dans un second, que la mortalité est la plus importante. On notera toutefois que les événements du maquis des Ardennes font littéralement exploser la courbe du graphique.

A suivre...
Vous avez suivi, depuis la création de ce blog, la mise en ligne des notices individuelles consacrées aux résistants dont les noms sont inscrits sur le Mémorial de Berthaucourt.
Vous trouverez dans la série d'articles qui sera prochainement mis en ligne les principales articulations de l'étude effectuée à partir de la liste des noms du Mémorial, ainsi que les principaux enseignements dégagés.
Ceux-ci permettent de mettre en relief les moyens mis en oeuvre par les différents services allemands de police, mais aussi quelquefois par la police française, pour combattre la résistance dans les Ardennes. Nous ne pourrons faire l'économie, en guise de conclusion, d'une réflexion sur la mémoire de la Résistance dans notre département et la place que va y occuper, de plus en plus, avec la disparition des derniers témoins et des derniers acteurs, le Mémorial de Berthaucourt.
La « Société d'Etudes Ardennaise » m'a invité à présenter, au cours de la conférence qui sera donnée le 29 février prochain aux Archives départementales, à Charleville, les premiers résultats de cette étude dont les deux textes (celui de l'analyse, « le Mémorial », et celui des notices, « le martyrologe ») seront publiés par ses soins.
Sommaire :
Introduction
Origines du Mémorial
Typologie des victimes de la répression allemande
Le contexte politique et historique de la répression (1940-1945)
1. Les fusillés
Généralités
Les fusillés ardennais
1.1 Les fusillés ardennais en vertu d'une condamnation à mort
1.2 Les otages ardennais fusillés
1.3 Les exécutés
1.4 Chronologie des fusillades sous l'Occupation, d'après la liste des inscrits à Berthaucourt
2. Les déportés
Généralités
2.1 Raisons et chronologie de la déportation
2.2 Répartition des déportés inscrits à Berthaucourt selon le lieu de destination et le lieu de décès
2.3 Les principaux camps d'accueil des déportés inscrits à Berthaucourt
2.4 Le cas des déportés « Nacht und Nebel »
Conclusion
Dès la libération du département, les groupements de Résistance des Ardennes exprimèrent la nécessité de rendre hommage à ceux qui avaient combattu dans leurs rangs et qui étaient tombés sous les coups de l'ennemi. Le choix du plateau de Berthaucourt, qui domine Charleville-Mézières s'imposa naturellement. Le lieu avait été celui où les Allemands, durant toute la période de l'Occupation, avaient fusillé les patriotes qui avaient été jugés par leurs tribunaux militaires.
Presque toutes ces exécutions « légales » y eurent lieu, à l'exception des 13 fusillés du fort des Ayvelles.
Le 1er novembre 1944 eut lieu à Berthaucourt la première cérémonie en l'honneur des morts de la Résistance. André Point, plus connu dans la résistance sous le pseudonyme de « Commandant Fournier », chef des FFI des Ardennes, y prit la parole. Ainsi Berthaucourt devint un lieu hautement symbolique de la lutte clandestine des Ardennais contre l'occupant.

En 1946, un comité départemental des anciens de la Résistance, sous le patronage du Commandant Fournier, décidait d'élever sur le plateau de Berthaucourt un mémorial qui deviendrait l'autel du culte voué au souvenir des sacrifices consentis par les héros de la Résistance ardennaise.

Surmonté d'une croix de Lorraine, le monument fut conçu par l'architecte Francis Despas. Des parcelles de terre, prélevées dans tous les hauts-lieux de la Résistance ardennaise, des cendres et des ossements recueillis dans les camps de concentration furent déposés dans un cénotaphe au pied du Mémorial.
Le 29 août 1954, à l'initiative de l'Union ardennaise des FFI, le mémorial de Berthaucourt fut flanqué de deux murs du souvenir, portant gravés dans la pierre les noms des morts de la Résistance ardennaise : dans sa structure, le mémorial associait la croix de Lorraine au V de la victoire, emblème des FFI.

La liste des noms fut dressée par une commission de l'UAFFI composée à cet effet.
Celle-ci s'est appuyée sur des réponses à un questionnaire sur les victimes de l'Occupation lancé par voie de presse, et sur le service ardennais de l'administration des Anciens Combattants et Victimes de Guerre.
La publication du martyrologe, envisagée par l'UAFFI en 1955, ne fut jamais entreprise.
Typologie des victimes de la répression allemande
La liste que j'ai publiée des 506 noms des résistants ardennais inscrits à Berthaucourt, a été composée ainsi :
Pour toutes les victimes, on trouve le nom et le(s) prénom(s) des intéressés, et, dans la mesure du possible, indication de la date et du lieu de naissance, la profession, la domiciliation.
Pour les fusillés, la date et le motif de leur arrestation, la date et le lieu de leur exécution et, s'il y a lieu et dans la mesure de nos informations, la date et le lieu de leur comparution devant un tribunal militaire allemand.
Pour les déportés, la date et le motif de leur arrestation, la date et le lieu de leur départ, le lieu de destination, la date et le lieu du décès.
On peut distinguer, sommairement, deux grande catégories de victimes de la répression allemande inscrites à Berthaucourt : les fusillés, les déportés.
489 hommes et 17 femmes (13 déportées, 4 fusillées) sont inscrits à Berthaucourt.
On notera que nombre de victimes n'ont pas été fusillées dans le département, ou déportées à partir de celui-ci, étant souvent natives des Ardennes mais n'y étant pas, ou plus domiciliées (souvent des familles non rentrées après l'exode de mai 1940).
Tous les chiffres donnés ici et toutes les statistiques dressées à partir de la liste des victimes de la répression allemande inscrites à Berthaucourt sont basés sur le nombre de personnes dont les circonstances du décès sont connues (fusillade, déportation, « mort en mission »), soit 496 personnes.
Pour 10 personnes, les causes du décès sont (encore) inconnues.
La catégorie des « morts en mission » comporte cinq noms : Georges Poirier, mort à la suite des sévices subis à la prison de Charleville le 4 juin 1944, Armand Malaise, mort d'un arrêt cardiaque au cours d'une mission le 4 janvier 1944, Ernest Cardot et Achille François, tous les deux abattus par un traître qu'ils s'apprêtaient à exécuter le 5 juin 1943, Yves Nicolas, mort au cours d'un déplacement du maquis « Pascal » le 15 août 1944.

Dans le contexte de l'occupation de la France après la victoire des armées allemandes en juin 1940, la répression peut se définir comme l'ensemble des actions destinées à maintenir ou à rétablir l'ordre imposé par le vainqueur.
Dans la chronologie du temps de l'Occupation, on peut distinguer, sommairement, deux grandes périodes, mais une multiplicité d'acteurs, dans la mise en oeuvre de la répression de la résistance.
De juin 1940 à juin 1942, les pouvoirs de répression appartiennent exclusivement au « Commandement militaire en France ». Ils s'exercent à travers ses services de police :Feldgendarmerie, Geheime Feldpolizei, et son service de contre-espionnage, l'Abwehr.
Dans le même temps, le dispositif proprement français de répression continue de fonctionner, notamment contre les communistes.
Á partir du printemps 1942, la SS ôte à l'administration militaire les pouvoirs de police qu'elle assumait en France depuis les débuts de l'occupation. Sous la direction du général SS Oberg, la France est couverte par 18 agences régionales de la Gestapo, qui recrute plusieurs milliers d'auxiliaires français dans son service de renseignement, le SD (Sicherheitsdienst), qui est rattaché à la police de sécurité, la Sipo (Sicherheitspolizei). Des Kommandos du Sipo-SD, rattachés à la Feldkommandantur, sont installés dans tous les départements.
Au maillage policier instauré par la SS, il faut ajouter les instruments de répression mis en place par l'État français lui-même : service des menées antinationales, Brigades Spéciales, et Groupes Mobiles de Réserve, puis la Milice française, avec son chef, Joseph Darnand, nommé secrétaire général au maintien de l'ordre.
Un bilan provisoire de la répression évalue à environ 35 000 le nombre de personnes tuées pour des faits de résistance sous l'Occupation, en France et dans les prisons et camps d'Allemagne.
A suivre...