Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

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Le maquis franco-belge du Banel


Mardi 23 juin 2009 2 23 /06 /2009 18:02

La cérémonie en hommage aux maquisards du Banel, qui a eu lieu ce 21 juin devant le monument commémoratif, a pris cette année un singulier relief avec deux moments d’une exceptionnelle intensité…

 

Le premier fut sans doute la reconnaissance publique dont fut l’objet un des derniers du maquis, et non l’un des moindres, Robert Briffault qui, à l’âge de 87 ans, a été décoré de la Légion d’honneur.

 


Robert Briffault est entré très tôt en résistance. À la fin de l’année 1941, âge de 19 ans, il est encore étudiant au collège Nassau de Sedan lorsqu’avec Robert Wesse il rassemble quelques camarades et crée un groupe gaulliste avec l’ambition de « faire quelque chose » contre l’occupant. Les jeunes s’emploient à confectionner et distribuer des tracts et la presse clandestine, rassembler des armes, saboter, avec des moyens de fortune, les installations allemandes et le matériel de la WOL. En mai 1942, Robert rencontre Adelin Husson à Williers, au café que tiennent ses parents. Adelin, qui est recherché par la Gestapo et qui est caché au château du Banel, s’intéresse au jeune homme et à ses activités et lui propose d’intégrer son organisation. Robert est dès lors chargé de mettre sur pied, à partir du groupe de Nassau, un service de renseignements. En avril 1943, il est arrêté par la police allemande qui suspecte son implication dans un incendie criminel. Faute de preuves, elle le relâche. Mais Robert se sait en sursis et, un mois plus tard, il entre en clandestinité et rejoint Adelin Husson, dit « Georges », au Banel : ainsi naît la Section française du Banel.
 

Robert ne vient pas seul mais amène avec lui ses camarades, tous, ou presque, réfractaires au STO. Le groupe ainsi constitué devient le corps franc du Banel (on se souvient que Robert avait enrôlé dans sa formation Henri Vin à la fin de l’année 1942. Lorsqu’il est appelé au STO, à l’été 1943, Vin rejoint Briffault au Banel et Adelin Husson nomme le nouveau venu à la tête de son service de renseignements. Mais ceci est une autre histoire…). Le maquis diversifie ses actions, multipliant les coups de main contre l’occupant, apportant aide aux prisonniers évadés et aux aviateurs alliés. Les camps qui leur servent de refuge changent au gré des nécessités de la sécurité, ou de celles du relatif confort, mais ne s’éloignent jamais ni du domaine du Banel où « Thomas » (nom de guerre de Robert Briffault) prend ses ordres, ni de Williers où le ravitaillement est plus aisé.

Lorsque le 18 juin 1944 les Allemands encerclent le maquis et entreprennent un ratissage en règle de son périmètre, Robert et son groupe en sont absents. Arrivés trop tard au rendez-vous fixé pour la réception des armes, ils ne peuvent qu’assister, impuissants, à la destruction du maquis et au massacre de leurs compagnons.

Le maquis disparu, le corps franc du Banel poursuit la lutte. Robert et ses camarades rejoignent les FFI ardennais et participent aux combats de la libération.

Robert Briffault est titulaire de la Médaille de la Résistance du Royaume de Belgique et de la Médaille commémorative belge de la Guerre 1940-1945, ainsi que de la Croix du combattant volontaire de la guerre 1939-1945.

 

Autre moment fort lorsque le président du comité belge du Banel signala la présence parmi le public de la petite fille d’Adelin Husson, qui, pour la première fois, assistait à la cérémonie.

Mme Liliane Georges a été retrouvée au terme d’une longue recherche d’Annette Biazot, dans le cadre d’une étude que nous menons conjointement sur le maquis du Banel. Ignorante de la qualité de résistant de son grand-père, qui lui fut révélée il ya quelques mois par Annette, elle avait tenu à participer à cette manifestation afin d'honorer la mémoire de son aïeul.

                                                            Mme Georges, entre les frères Briffault, Robert (à droite) et Roland, lui aussi ancien du maquis

 


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Jeudi 3 juillet 2008 4 03 /07 /2008 18:43

     Fin avril 1942, Adelin Husson quitte Liège vers Arlon. Il ne s’agit pas d’un voyage exceptionnel. Adelin se rend régulièrement dans le chef-lieu de la province de Luxembourg.

Lors de son retour à Liège, il apprend l’arrestation de son épouse, de sa fille et de son fils et de certains de ses compagnons. Adelin Husson n’est pas étranger aux mouvements de résistance. Il en est déjà membre dans la région liégeoise. En plus de ce rôle, Adelin, journaliste de profession,  a mis en place un réseau de presse clandestine dont la Churchill Gazette. Les exemplaires édités ainsi que d’autres journaux sont notamment distribués par les membres de sa famille.

Dès le mois de mai 1942, il est donc obligé d’entrer dans la clandestinité et s’installe dans le domaine du Banel en territoire français, à proximité de Chassepierre, son village d’origine. Tout en gardant le lien avec les membres de son réseau de Liège et d’Arlon, Adelin, dit « Georges » dans la résistance, entre en contact avec des groupes de résistants belges et français. Il devient, en outre, le chef d’une ligne de renseignements et d’action qui s’étend des provinces de Liège et de Luxembourg jusqu’aux Ardennes et Lorraine françaises. Au fil du temps, il ajoute l’aide aux réfractaires et aux aviateurs alliés.
L’action -présence de corps francs- nécessite de se procurer armes et munitions. Le 3 septembre 1943, suite à une dénonciation,  une partie des armes provenant des parachutages sur le
Monty à Muno est saisie par l’ennemi dans la cache du Banel. Le débarquement allié du 6 juin 1944 rend l’armement  de plus en plus indispensable. Les Allemands le savent aussi. C’est pourquoi ils introduisent leurs agents dans la résistance locale. L’un d’eux, un Belge, promet au Banel la livraison d’armes, demandée par le maquis, pour deux mille cinq cents hommes. D’où le large effectif allemand -environ deux mille soldats- du 18 juin 1944. Les maquisards, eux, ne sont que quatorze dans les trois cagnas. Du renfort extérieur est donc engagé pour réceptionner les armes près des étangs du domaine.

Mais à l’aube du 18 juin, les bois du Banel et du Buchy sont encerclés par l’armée allemande. Des arrestations se succèdent  à l’approche  de la zone. Des coups de feu retentissent et alertent les résistants. Progressivement, l’étau se resserre autour des clandestins. Aucune issue n’est vraiment envisageable…

Tous sont pris, excepté Jean Cazes qui s’est réfugié dans un arbre. Jacqueline Ezannic et son frère Pierre, Marguerite Van Bever et quatre aviateurs américains ( Ralph Sack, Gordon McIntosh, Edward Zabinski et Harold Butler ) sont emprisonnés. Pierre meurt en Allemagne, les autres sont libérés à la fin de la guerre. Les réfractaires du Buchy : André Poncelet, Fernand Blaise, Armand Polèse et Casimir Rzepecki sont massacrés. Adelin et son fils Jules qui s’était échappé de la Citadelle de Huy en juillet 1942 sont abattus ainsi qu’André Lejeune revenu dormir chez ses parents et Aimé Houlmont venu en renfort. Le corps d’Adelin Husson ne sera jamais retrouvé. Le corps franc de Williers, dont les cagnas se trouvaient à gauche de la route Florenville-Carignan, échappe à l’encerclement du maquis.

A la tombée du jour, les tortionnaires quittent les lieux.
La chasse aux maquis avec infiltrations, dénonciations et délations, l’imprudence de certains résistants ont fait du 18 juin 1944 un jour long et douloureux pour les victimes, les détenus et leur famille.

Adelin Husson, fondateur et chef du maquis du Banel, et  son fils Jules ; tous deux tués par les Allemands le 18 juin 1944.

 


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Dimanche 22 juin 2008 7 22 /06 /2008 15:44

      La cérémonie de commémoration des massacres du maquis du Banel a eu lieu le dimanche 22 juin, au monument dédié aux « Héros du Banel et de la Résistance franco-belge », à la Barrière Busch, sur la frontière entre Carignan et Florenville. C'est devant une assemblée nombreuse et recueillie, en présence de diverses personnalités belges et françaises, tant du monde politique qu'associatif, que le Président du Comité belge du « Souvenir du Banel » (organisateur cette année de la cérémonie), rappela que 2008 marquait le 50e anniversaire de l'érection du monument. Il laissa ensuite la parole à l'écrivain de Florenville Marie Fizaine, qui évoqua les affres de l'Occupation, les joies de la libération, l'angoisse de la Noël 1944, et l'impérieuse nécessité de transmettre la mémoire de ces événements fondateurs d'une Europe pacifiée et démocratique.

 

         
    Comment évoquer en quelques lignes le maquis franco-belge du Banel tant son histoire est complexe, son action multiforme, aux ramifications nombreuses dans et hors du département, en Belgique comme en France ? Une étude, issue là aussi de la coopération franco-belge, est en cours, et il sera temps d’en reparler…

  Constitué dès 1942 (il est le premier maquis ardennais et le seul unissant dans la lutte Français et Belges) dans les bois du Banel, à la frontière, entre Carignan et Florenville, par le journaliste belge Adelin Husson, le maquis fut à la fois un service de renseignement à destination des alliés et une unité paramilitaire pratiquant coups de main contre l’occupant et sabotages. Le dimanche 18 juin 1944, à la suite de l’infiltration dans la Résistance du collaborateur Charles-Antoine Roemen, le maquis fut encerclé par les troupes allemandes, et réduit en quelques heures.


  Liste des victimes de la répression allemande du Banel
Toutes sont inscrites sur les murs du
Mémorial de Berthaucourt

 

HUSSON Adelin, né le 10 mai 1899 à Chassepierre (Belgique), journaliste domicilié à Bressoux (Belgique). Fondateur d’un réseau de renseignement et du maquis franco-belge du Banel en mai 1942. Fusillé ( ?) par les Allemands le jour de l’attaque du maquis le 18 juin 1944. Son corps ne fut jamais retrouvé.

HUSSON Jules, né le 13 novembre 1924 à Eischweiler (Belgique), domicilié à Bressoux (Belgique), fils du précédent. Fusillé par les Allemands le jour de l’attaque du maquis le 18 juin 1944.

POLESE Armand, Victor, né le 31 octobre 1921 à Rimogne, domicilié à Linay. Réfractaire au STO, il rejoignit en 1942 le maquis franco-belge du Banel, dirigé par Adelin Husson. Agent de liaison puis chef de groupe, il occupait au maquis une « cagna » au lieu-dit « le Paquis de Frappant », dans la clairière de Buchy, avec trois autres réfractaires, André Poncelet et Fernand Blaise, Casimir Rzepecky, et une jeune fille belge, Marguerite Van Bever. Le 18 juin 1944, après que le maquis eut été encerclé par de fortes troupes allemandes, les cinq maquisards furent arrêtés dans le bois du petit Banel sans pouvoir opposer de résistance à leurs poursuivants. Les quatre jeunes hommes furent emmenés au fortin du Paquis de Frappant, les mains liées dans le dos avec du fil de fer. Ils furent battus à mort, puis, étendus le visage contre terre, fusillés.

PONCELET André, né le 10 août 1922 à Florenville (Belgique), domicilié à Matton. Maquisard au Banel, compagnon d’Armand Polèse, il fut fusillé par les Allemands le 18 juin 1944.

HOULMONT Aimé, Emile, Germain, né le 21 janvier 1913 à Saint-Vincent (Belgique), militaire de carrière, domicilié à Pin-Izel (Belgique). Spécialiste radio du maquis du Banel. Arrêté lors de l’attaque du maquis, roué de coups puis fusillé et enterré près du château du Banel ce même jour, le 18 juin 1944.

BLAISE Fernand, né le 12 août 1921 à Florenville (Belgique), domicilié à Matton. Fusillé lors de l’attaque du maquis franco-belge du Banel le 18 juin 1944.

LEJEUNE André, né le 21 février 1924 à Schaebeck (Belgique), domicilié à Chassepierre (Belgique). Maquisard au Banel. Fusillé par les Allemands le jour de l’attaque du maquis le 18 juin 1944.

RZEPECKI Casimir, né le 3 janvier 1922 à Muzymen (Pologne), domicilié à Linay. Maquisard au Banel, compagnon d’Armand Polèse, il fut fusillé par les Allemands le 18 juin 1944.

 
D’autres noms peuvent leur être associés :

RZEPECKI Maurice, né le 2 février 1924 à Wincki (Pologne), domicilié à Linay (frère du précédent). Membre du service de renseignement du Banel, il fut envoyé en mission à Vireux avec Robert Lambert. Les deux hommes furent arrêtés par la Feldgendarmerie le 6 janvier 1944, après échanges de coups de feu, en gare de Vireux. Arrêté, Maurice Rzepecki fut fusillé à Mézières le 22 avril 1944.

LAMBERT Robert, né le 15 juin 1926 à Linay, domicilié en cette commune. Membre du service de renseignement du Banel. Envoyé en mission à Vireux avec Maurice Rzepecki. Les deux hommes furent arrêtés par la Feldgendarmerie le 6 janvier 1944, après échanges de coups de feu, en gare de Vireux. Robert Lambert fut fusillé sur place.

LAMBERT Joséphine, née REY le 13 janvier 1891 à Gégonzac (Lot), domiciliée à Linay. Mère de Robert Lambert. Arrêtée le 4 janvier 1944 en représailles de l’action de son fils. Déportée au départ de Compiègne le 31 janvier 1944 vers le camp de concentration de Ravensbrück. Décédée à Ravensbrück le 14 janvier 1945.

EZANNIC Pierre, né le 12 août 1924 à Sedan, domicilié à Matton. Arrêté le 18 juin 1944 lors du démantèlement du maquis du Banel. Déporté le 9 août 1944 au camp de Deckenschule. Décédé en Allemagne, à Essen, au cours d’un bombardement allié le 23 octobre 1944.

BERGMANN Robert, né le 8 février 1926 à Troyes, domicilié à Les Deux-Villes. Réfractaire au STO réfugié à Matton-Clémency, à proximité du domaine du Banel. Probablement découvert par les troupes allemandes lors de l’attaque du maquis le 18 juin 1944, il fut fusillé sur place. Son corps sera retrouvé à la Libération près du moulin du Banel.

 


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