Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

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Des hommes


Dimanche 22 février 2009 7 22 /02 /2009 16:46

J’ai appris le décès récent de René Delvaux, que j’avais souvent rencontré dans le cadre de ces recherches sur la Résistance, et qui m’avait accueilli, avec son épouse, Paulette, dans leur ferme du Petit Ban. La presse locale n’a pas consacré d'article à celui qui fut un véritable héros de la Résistance (je sais que ces superlatifs apparaissent suspects sinon outranciers, et je ne les utilise que rarement, et toujours à bon escient). Il était le dernier représentant encore en vie du maquis de Launois.  

 

Fils d’un agriculteur de Viel-Saint-Rémy, René Delvaux est, avec Yvon Legroux et Paulin Brichet, le fondateur du maquis de Launois au printemps de 1943. Réfractaires au STO, les jeunes gens s’installent dans des cabanes dans les bois d’Hameuzy et dans les granges des villages environnants où ils trouvent de nombreuses complicités. Rapidement, la nouvelle de la formation d’un maquis destiné à aider les réfractaires se répand et, par l’intermédiaire de la préposée des Postes de Launois-sur-Vence, Mme Gazagnaire, s’établit une filière par laquelle de nombreux requis viennent s’adjoindre au noyau initial.

Pour nourrir les hommes, le maquis va se ravitailler au détriment des exploitations de la WOL dont les bêtes sont volées puis abattues, dont les champs sont récoltés nuitamment... Les mairies sont attaquées pour se procurer les précieux tickets d'alimentation, de même pour les bureaux de tabacs mis à contribution... Les agriculteurs, comme les commerçants de Launois (boulanger, épiciers…), apportent leur aide dans la mesure de leurs moyens : la solidarité s’organise autour de ces jeunes hommes qui refusent de se soumettre aux exigences de l’occupant.

 

« Maquis de Launois », installé sur le territoire de la commune de Viel-Saint-Rémy, au hameau d’Hameuzy. Que de localisations diverses pour ce maquis ! S’il est vrai qu’il changea souvent d’emplacement, pour des raisons de sécurité, René Delvaux, qui en fut tout de même à l’origine, ne l’appelait que le « maquis d’Hameuzy ».

 

Georges Matagne, responsable aux Jeunesses communistes de Villers-Semeuse, chef départemental du mouvement FTP (Francs-tireurs et partisans) vient rapidement organiser le maquis sur le plan militaire, notamment par l’initiation  de ses membres à la confection et au maniement d’explosifs. En octobre, René Delvaux devient officiellement commandant du maquis. Les premiers sabotages sont réalisés : l'écluse d'Attigny saute, du matériel de la WOL est détruit ou saboté.

Au cours du mois de novembre 1943, des équipes réalisent huit sabotages contre les voies ferrées par déboulonnage des rails, méthode favorite des FTP : trois sur la ligne Sedan-Charleville, deux sur celle Hirson-Charleville, une sur la ligne Charleville-Givet, une sur la ligne Charleville-Rethel. C’est aussi au cours de mois de novembre qu’a lieu un accrochage avec les gendarmes de la brigade d’Asfeld à Bergnicourt. On sait que dans un échange de coups de feu, un gendarme fut tué. René Delvaux ayant participé à cette action, il m’en avait envoyé un récit très détaillé il y a quelques années. L’arme de service du gendarme sera retrouvée en possession d’un maquisard, René Isidore, arrêté à Mézières par la gendarmerie. Le jeune homme sera livré à la Gestapo et fusillé (ces épisodes ont été développés dans « Les Ardennais de la résignation à la résistance » dans L’affaire des Manises).

 

Dans la nuit du 15 décembre 1943, trois à quatre cents Allemands, informés par un dénonciateur, encerclent les bois du secteur. Les maquisards trouvés sur le terrain sont aussitôt arrêtés, les fermes environnantes sont méthodiquement fouillées. Les jours et les semaines suivantes, de vastes rafles auront lieu dans les villages, Launois, Viel Saint-Rémy, Dommery, les Allemands opérant de nombreuses arrestations dans la population.

Il y aura 13 fusillés et 11 déportés. Parmi ces derniers, le père de René Delvaux, qui fut déporté le 22 janvier 1944 vers le camp de concentration de Buchenwald. Transféré au camp de concentration de Mauthausen, il fut gazé gazé à Harteim (Kommando de Mauthausen) le 17 juillet 1944.

 

René Delvaux échappe aux Allemands. Sa tête mise à prix, il se cache, avec son camarade Marcel Picot, à Ecordal dans la ferme de la famille Sagnet qui participe à l’hébergement et à l’évacuation d’évasions d’aviateurs alliés. Nous avons déjà parlé de cet épisode (à la Libération, René  rentré dans les Ardennes épousa Paulette Sagnet, qui avait échappé à la rafle menée par la Gestapo à la ferme et l’avait rejoint dans l’Aisne où elle était devenue agent de liaison des FTP).

Après les arrestations de Picot et celle de la famille Sagnet le 1er avril 1944, René quitte le département pour suivre Georges Matagne dans l’Aisne où les deux hommes poursuivront la lutte au sein des FTP ; Matagne prenant la direction des opérations militaires pour ce département, René  étant nommé chef du secteur de Bohain-Ribemont où il organisera des groupes de combat, puis participera à la libération du département avec le maquis de Mennevret.

 

 

    État des services de René Delvaux dans les Ardennes

  (d’après l’attestation produite du 9 avril 1958)

 

  Transports d’armes et de munitions à destination du maquis depuis Saint-Germainmont

  Sabotage de l’écluse d’Attigny

  Sabotage de l’écluse de Bignicourt (Aisne)

  3 sabotages de voie ferrée à Donchery

  1 sabotage de voie ferrée à Monthermé

  2 sabotages de voie ferrée à Liart

  1 sabotage de voie ferrée à Faux

  Destruction d’une batteuse et d’un tracteur appartenant à la WOL à Librecy

  2 récupérations de cartes d’alimentation

  2 sabotages de voie ferrée à Faux et à Saulces-Monclin après l’attaque du    maquis  de Launois.



 

 

 

 Monument aux morts de Viel-Saint-Rémy. Deux stèles de part et d'autre portent les noms des victimes de la répression allemande de décembre 1943.

 


 

 

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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /2008 12:57

Georges-Henri Lallement est décédé à Charleville-Mézières. Il sera inhumé le 25 novembre à Herbeuval. Ce grand bonhomme, grand au sens propre comme au sens figuré, fut un résistant de la première heure qui joua un rôle considérable dans la lutte clandestine contre l'occupant. Infatigable défenseur des valeurs humanistes et républicaines, il continua son combat après la guerre au sein de l'Union ardennaise des FFI. Gardien respecté de la mémoire des combattants de l'ombre, il me fut donné maintes fois l'occasion de le rencontrer pour parler de la guerre, de sa guerre, sujet sur lequel il était intarissable.

Cette courte biographie sera comme un dernier hommage.


Henri Lallement est né à la Ferté-sur-Chiers le 7 mai 1913. Ses parents, modestes agriculteurs, s'installèrent à Herbeuval où Henri passa toute son enfance.

Il occupait, sous l’Occupation, le poste de receveur à l’Enregistrement à Rumigny. En avril 1942, il fut chargé par Henri Moreau (« Lucien »), responsable du Secteur de Signy-l’Abbaye, de rechercher dans la région de Rumigny des recrues pour former des groupes de résistance.

Au mois de février 1943, Lallement fut nommé chef de section. Il avait pour tâches l’animation des groupes locaux, l’approvisionnement en faux papiers, les liaisons avec les autres secteurs, l’hébergement d’aviateurs alliés et de Juifs évadés des Mazures. En juillet, il fut nommé adjoint au nouveau chef de Secteur de Signy-l’Abbaye, Adrien Fournaise (« Muirion ») et devint « Georges » (en référence au général), pseudonyme qu’il conservera et accolera à son patronyme après la libération.

Au mois de septembre débutaient les travaux d’aménagement du futur maquis Baïonnette, entre Rumigny et Blanchefosse. Des armes récupérées y étaient entreposées.

Le 24 décembre, Adrien Fournaise fut arrêté par la police allemande. Emile Fontaine (« Tanguy ») lui succèda. Georges fut nommé responsable des cantons de Signy-l’Abbaye, Chaumont-Porcien, Rumigny. Emile Fontaine conservait la responsabilité des cantons de l’Aisne (Aubenton,  Rozoy-Sur-Serre, Marle et Sissone).

Au mois de février 1944, les groupes de Georges et de Tanguy passaient à l’action et effectuaient leurs premiers sabotages (déraillements sur voies ferrées, destruction de la ligne à haute tension Lorraine-Hainaut le 22 mars).

 Le 31 mars 1944, Emile Fontaine fut arrêté puis exécuté par la Gestapo à Aubenton (Aisne). Georges assura sa succession et réorganisa les groupes locaux décimés par la police allemande.

Il fut nommé capitaine F.F.I. par le Commandant Fournier, avec comme zone de commandement les quatre cantons de l’Aisne et ceux de Signy-l’Abbaye, Rumigny, Chaumont-Porcien et Novion-Porcien dans les Ardennes (les groupes des cantons de Signy-l’Abbaye, Chaumont-Porcien et Novion-Porcien furent dirigés par le lieutenant F.F.I. Jean Blocquaux, dit « Arthur »).

Au mois de mai, le maquis Baïonnette devint le centre de commandement du secteur. Le maquis Sansonnet fut créé dans les bois de Liart, placé sous la direction d’Albert Petitfrère alias « Sansonnet » ou « Pierre ». Un autre maquis était fondé dans les bois de Signy-l’Abbaye, dirigé par René Servat, dit « Cabanon ».   

 Le 6 juin, la phrase de déclenchement des plans « Je porterai l’églantine » sur la B.B.C. provoquait la mobilisation des groupes de combat et de sabotage des maquis du secteur. Georges, dénoncé à la Gestapo, entra en clandestinité et se réfugia au maquis Baïonnette d’où il allait diriger les opérations de guérilla contre les troupes allemandes. A titre d’exemple, pour le seul mois de juillet, le groupe « Jojo » du maquis « Baïonnette » fut l’auteur de neuf sabotages ferroviaires, quatre sabotages de lignes téléphoniques, trois sabotages d’installations industrielles, deux récupérations d’armes sur l’ennemi… En vue des combats pour la libération, dans la nuit du 27 au 28 août 1944, la Centaine Blocquaux de Signy-l’Abbaye bénéficia d’un parachutage à Wagnon et réceptionna douze containers d’armes.

Enfin, le 2 septembre, les F.F.I. du secteur libéraient les bourgs de Rumigny et de Liart, précédant de peu les blindés américains, puis participaient au combat pour la libération de Charleville.

A la Libération, « Georges »-Henri Lallement siégea un temps au Comité départemental de libération, et dirigea la commission d’épuration de Mézières. Il fut ensuite nommé Directeur départemental du Service des Prisonniers, Déportés et Réfugiés qui devint l’administration des Anciens Combattants. A ce titre il s’occupa des Pupilles de la Nation, ce qui lui faisait dire avec humour : « J’ai eu 23 enfants dont j’ai eu la tutelle personnelle. Il n’y a pas beaucoup de famille aussi nombreuse que la mienne… »

Il avait pris sa retraite en 1978, et c’était entièrement consacré à l’Union ardennaise des F.F.I., dont il avait contribué à la fondation, et dont il avait assuré la présidence de nombreuses années.


Georges-Henri Lallement était Officier de la Légion d'honneur, Officier de l'ordre national du Mérite, Croix de guerre 1939-1945, Médaillé de la Résistance, titulaire de la Croix du Combattant volontaire de la Résistance, et de la Croix du Combattant volontaire1939-1945.

 

P. LECLER,  « La Résistance et la Libération. Entretiens avec Georges-Henri Lallement » dans Terres Ardennaises n° 88 d’octobre 2004

 

 

 

Georges-Henri Lallement (à gauche) à la tête de son groupe. Défilé des F.F.I. le 10 septembre 1944 à Charleville

(photo G.H. Lallement)



André Point, dit "Commandant Fournier" (à droite), chef des FFI, congratule G.H. Lallement lors d'une réunion de l'UAFFI, en 1947

(Photo Y. Robert)


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Samedi 13 septembre 2008 6 13 /09 /2008 07:51

        Ce transport occupe une place particulière dans la déportation de répression. Il présente de remarquables similitudes avec celui des femmes du 24 février 1943. Ils furent les seuls transports de France vers Auschwitz composés dans leur très grande majorité de prisonniers politiques français.
Parti de Compiègne le 6 juillet 1942, le convoi des 45 000 est arrivé au camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz deux jours plus tard.
Il fut composé depuis le
camp d’internement de Compiègne-Royallieu
à partir de listes de détenus fort disparates : des « politiques » (1 100 hommes), c'est-à-dire une majorité écrasante de communistes, quelques socialistes et radicaux, des droits communs, et 50 à 56 Juifs.
Il s’agit d’un convoi de représailles, formé par l’administration militaire allemande afin de répondre aux attentats dirigés contre soldats et officiers des troupes d’occupation depuis l’entrée du Reich dans la guerre contre l’URSS et qui s’inscrit dans la lutte contre le « judéo-bolchevisme ». Après une période où
les fusillades
d’otages avaient été systématisées après chaque action contre l’occupant, mais avaient montré leurs limites quant à leur pouvoir de dissuasion, la déportation « vers l’Est » devint un autre moyen de répression destiné à produire un effet de « terreur » durable dans les milieux résistants, et plus généralement, dans la population.

 

 Les Ardennais domiciliés et arrêtés dans un autre département

Charles, Joseph, BURTON 45316

Né le 24 janvier 1890 à Château-Regnault, domicilié à Bologne (Haute-Marne), ajusteur aux forges de la commune,
Le 7 juillet 1941, il est arrêté à Bologne par des Feldgendarmes. D’abord détenu à la prison de Chaumont, il est ensuite
transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne. Le 8 juillet 1942, Charles Burton est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45316 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée et identifiée par comparaison avec un portrait civil ; 01-2008). Il est l’un des rares “45000” photographié deux fois : l’opérateur a deviné que la première photo serait floue (bougée) et a refait
sa prise de vue aussitôt.
Charles Burton meurt à Auschwitz le 22 septembre 1942, d’après les registres du camp.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Bologne, place de la Mairie.

Robert DAUNE 45427

Né le 1er août 1910 à Brevilly, domicilié à Longwy (Meurthe-et-Moselle).
Il est probablement arrêté le 5 février 1942, comme otage à la suite du sabotage du transformateur d’Auboué dans la nuit du 4 au 5 février ; action de résistance qui déclenche une vague d’arrestations dans le département.
Le 8 juillet 1942, Robert Daune est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45427 (ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard). Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit. Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.
Le 13 juillet - après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau - Robert Daune est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale”.
Pris dans une sélection, il attend devant l’infirmerie, avec d’autre détenus, d’être conduit à la chambre à gaz. Epuisé, il s’évanouit devant la porte. Celle-ci s’ouvre discrètement et il est tiré à l’intérieur. Soigné clandestinement, il y reste caché après sa guérison. Ses camarades le dissimulant à chaque inspection, l’administration finit par le considérer comme mort.
En août 1943, lorsque les SS viennent chercher André Faudry et Georges Marin, respectivement gardien de nuit et coiffeur à l’infirmerie, pour les conduire en quarantaine au Block 11 d’Auschwitz-I, ceux-ci révèlent la présence de Robert Daune, qui retrouve ce jour-là une existence légale et est ramené avec eux.
À la mi-août 1943, il est parmi les “politiques” français rassemblés (entre 120 et 140) au premier étage du Block 11 - la prison du camp - pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11. Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel, et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine.
Le 3 août 1944, Robert Daune est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine”, au Block 10, en préalable à un transfert.
Le 7 septembre, il est dans le petit groupe de trente “45000” transférés - dans un wagon de voyageurs ! - au KL Gross-Rosen, dans la région de Wroclaw (matr. 40989).
En février, il est parmi les quinze “45000” pris dans des colonnes de détenus évacuées vers le complexe concentrationnaire de Dora-Mittelbau et répartis dans différents Kommandos. Avec, Georges Gallot, Robert Daune est affecté à Dora-Harzungen.
Le 11 avril 1945, Dora est évacué. Maurice Courteaux et Robert Daune sont dans des colonnes dirigées à marche forcée vers Hambourg. Maurice Courteaux s’évade en route, mais Robert Daune est conduit jusqu’à Bergen-Belsen (probablement au sous-camp dit « de la caserne ») où il est libéré le 15 avril.
Il décède le 27 août 1986.

  Louis, Félix, ARMAND 46216

Né le 7 juillet 1898 à Charleville, domicilié à Joeuf (Meurthe-et-Moselle).
Il est probablement arrêté le 5 février 1942, comme otage à la suite du sabotage du transformateur d’Auboué dans la nuit du 4 au 5 février. Le 8 juillet 1942, Louis, Félix Armand est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46216 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).
Il meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942, d’après les registres du camp, alors qu’a lieu une grande sélection des inaptes au travail. Au cours de deux journées consécutives, les 18 et 19 septembre, 146 des « 45 000 » sont inscrits sur le registre des décès, probablement gazés dans les chambres à gaz du centre de mise à mort situé à Birkenau. Celles-ci fonctionnent principalement pour l’extermination des Juifs dans le cadre de la “Solution finale”, mais, jusqu’en mai 1943, elles servent également à éliminer des détenus, juifs ou non, considérés comme « inaptes au travail » (opération commencée en avril 1941, dans d’autres camps, sous le nom de code 14 f 13). Les détenus d’Auschwitz-I sélectionnés pour la chambre à gaz sont amenés en camions à Birkenau. Quelquefois, ils attendent la mort au Block 7 de ce camp.
La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 10-06-1987).

Léon BUSARELLO 45318

Né le 20 mars 1894 à Fagnon, domicilié à Soissons (Aisne).
Le 8 juillet 1942, Léon Busarello est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45318 (sa photo d’immatriculation a été retrouvée).
Il meurt à Auschwitz le 30 novembre 1942, d’après les registres du camp.

Camille MOINET 45882 

Né le 3 août 1901 à Laifour, cheminot surveillant  domicilié à Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne).
Il est arrêté le 19 octobre 1941, lors d’une vague d’arrestations décidée par l’occupant contre les communistes de Seine-et-Marne, arrêtés comme otages en représailles de distributions de tracts et de destructions de récolte ayant eu lieu dans le département.
Le 8 juillet 1942, Camille Moinet est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45882 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).
Il meurt à Auschwitz le 14 janvier 1943, d’après les registres du camp.
La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 27-08-1996).

  Henri ANDRÉ 46215 ? 

Né le 13 janvier 1916 à Mézières, domicilié à Paris 5e, imprimeur à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine).
Le 25 janvier 1941, il est arrêté pour activités communistes et emprisonné à la Maison d’arrêt de la Santé, puis, le 7 avril, à celle de Fresnes. Il est probablement jugé et condamné à une peine de prison.
Le 18 mars 1942, il fait partie des dix jeunes communistes remis aux autorités d’occupation à la demande de celles-ci et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne. Le 8 juillet 1942, Henri André est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I), peut-être sous le numéro 46215, selon les listes reconstituées (aucune photo de détenu de ce convoi n’a été retrouvée après le matricule 46172).
Il meurt du typhus dans le courant du mois de septembre 1942, selon son ami Louis Faure.

Auguste DARDENNE 45423

Né le 26 juin 1905 à Pouru-Saint-Rémy domicilié à Pantin (Seine-Saint-Denis).
 Le 8 juillet 1942, Auguste Dardenne est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45423, selon les listes reconstituées (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).
Il meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942, d’après les registres du camp, alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” (probablement gazé).
La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 1-03-1988).

Pierre, Joseph, RAUNIER 46034


Né le 7 novembre 1920 à Pouru-sur-Rémy, mécanicien automobile domicilié à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).
Après l’interdiction des organisations communistes (26 septembre 1939), il adhère à la cellule clandestine des Jeunesses communistes du Fort d’Ivry qui se réunit clandestinement sur les glacis du Fort. Le groupe est victime d’une dénonciation. Le 3 septembre 1941, il est arrêté par le commissaire de police d’Ivry avec neuf camarades, dont Guy Gratiot et Raymond Blais, et inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (dissolution et interdiction des organisations communistes). Incarcéré rapidement à Maison d’arrêt de la Santé (?), il bénéficie d’un non lieu le 15 novembre et est relâché le lendemain, comme ses deux camarades. Néanmoins, la police le considère comme un communiste « fervent ».
Le 28 avril 1942, il est arrêté à son domicile lors d’une grande vague d’arrestations (397 personnes) organisée par « les autorités d’occupation » dans le département de la Seine et visant majoritairement des militants du Parti communiste clandestin. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne. Un mois après son arrestation, Pierre Raunier envoie une carte depuis Compiègne dans laquelle il demande des vêtements chauds pour aller travailler dans un camp. Quand son père vient lui apporter, il est déjà parti.
Le 8 juillet 1942, Pierre Raunier est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46034 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée).
On ignore la date exacte de sa mort à Auschwitz ; très certainement avant la mi-mars 1943.

Georges, Valère, VINSOUS 46199 

Né le 13 octobre 1897 à Rumigny, employé à la SNCF domicilié à Chelles (Seine-et-Marne).
Le 8 juillet 1942, Georges Vinsous est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46199 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée). Le 13 juillet - après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau - Georges Vinsous est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale”.
Georges Vinsous meurt à Birkenau le 5 janvier 1943, d’après les registres du camp.
La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 1-09-2001).

Lucien, Léopold, LEHMAN 46293 

Né le 16 juillet 1895 à Sedan, employé de bureau domicilié à Cabourg (Calvados).
Le 1er mai 1942, il est arrêté par la police française. Figurant comme Juif sur une liste d'arrestations demandées par la Kommandantur de Caen à la suite du déraillement de Moult-Argences, il est conduit à la gendarmerie de Dives-sur-Mer.
Le 4 mai, il fait partie du groupe de détenus conduits à la gare de marchandise de Caen pour être transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne. Ils y arrivent le 5 mai, en soirée. Lucien Lehman y est enregistré sous le matricule 5293.
Selon les listes reconstituées du convoi, Lucien Lehman est déporté comme otage juif.
Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le 8 juillet 1942, Lucien Lehman est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 46293 (aucune photo de détenu de ce convoi n'a été retrouvée après le matricule 46172).
Il meurt le 10 août 1942, selon les registres du camp.


Les Ardennais domiciliés et arrêtés dans le département


Julien JURION 45701

Né le 25 mai 1895 à Renwez, domicilié en cette commune. Il était avant la guerre secrétaire de la cellule communiste de Renwez.
Le 19 octobre 1941, il est arrêté par la Feldgendarmerie lors d’une vague d’arrestations contre des membres présumés du Parti communiste clandestin (Jules Ruchot, Clément Auburtin, Eugène Visse, Gaston Gillet, Jean De Bloedt, Jules Michel, Ernest Tréseux).
Conduit à la prison de Charleville et enfermé dans une cellule individuelle. Le 22 octobre à l’aube, il est parmi les huit détenus conduits à la gare pour monter dans un wagon réservé. Le jour même à 12 heures, ils arrivent au camp allemand de Royallieu à Compiègne.
Le 8 juillet 1942, Julien Jurion est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 45701 selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).
Il meurt à Auschwitz le 29 octobre 1942, d’après les registres du camp.
La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. n° 245 du 21-10-1994).

Ernest, André, TRÉSEUX 46156

Né le 9 juin 1906 à Rocquigny, ouvrier domicilié à Sedan-Torcy. Avant la guerre secrétaire communiste de la cellule de l’usine Saint Denis.
Le 19 octobre 1941, il est arrêté par la Feldgendarmerie lors d’une vague d’arrestations contre des membres présumés du Parti communiste clandestin (Voir la notice précédente).
Le 8 juillet 1942, Ernest Tréseux est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) ; peut-être sous le numéro 46156 selon les listes reconstituées (la photo du détenu portant ce matricule n’a pas été retrouvée).
Il meurt à Auschwitz le 4 novembre 1942, d’après les registres du camp.
La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. n° 128 du 3-06-2001).

Les noms de Julien JURION et Ernest TRESEUX ne sont pas inscrits dans la pierre sur le Mémorial de Berthaucourt !



 

        Pour aller plus loin dans l'histoire de ce convoi, cet excellent ouvrage de C. Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, éditions Autrement, Paris, 2005.

                Le site de l’association
Mémoire Vive est consacré aux convois des « 31 000 » et des « 45 000 », les deux seuls convois de déportés politiques partis de France à destination du camp de concentration d’Auschwitz. L’association recherche tous renseignements sur les déportés de ces deux convois. Le cas échéant, contactez-les (via le site)…


Ecrire un commentaire - Publié dans : Des hommes - Par philippe lecler

Dimanche 1 juin 2008 7 01 /06 /2008 07:32
        Le transport du 24 janvier 1943 fut composé au départ de Compiègne d’hommes et de femmes, voyageant dans des wagons différents, et aux destinations différentes. Au moins 1466 hommes furent dirigés, après le passage de la frontière allemande vers le camp de concentration de Sachsenhausen, où ils entrèrent le 25 janvier ; 230 femmes furent emmenées au camp de concentration d’Auschwitz, où elles arrivèrent dans la soirée du 26 janvier, ne descendant des wagons que le lendemain matin pour entrer dans le camp de Birkenau en chantant La Marseillaise. Les femmes arrêtées par mesure de répression de ce transport sont les seules à avoir été dirigées vers le complexe d’Auschwitz. Les autres, venant de France, furent des Juives déportées dans le cadre de la « Solution finale ». Selon les données du Livre-Mémorial de la FMD, 85 % des femmes de ce convoi avaient été arrêtées pour des faits de résistance. Par ailleurs, plus de la moitié d’entre elles étaient communistes. Leur sort est marqué par une mortalité effrayante : seules 49 d’entre elles rentreront en France en 1945.

 Quatre femmes arrêtées dans les Ardennes pour leur activité de résistance furent déportées par ce transport.

         Trois d’entre elles avaient été arrêtées à la fin du mois d’octobre 1942 par la Gestapo de Charleville à la suite du démantèlement par ce service d’une filière d’évasion de prisonniers de guerre français qui avait son centre à Charleville. L’organisation qui avait été fondée par Paul Royaux, chef de l’OCM des Ardennes, avait gagné de nombreuses complicités au Secours National, dont les membres prenaient en charge les prisonniers évadés (soins médicaux, hébergement, habillement, ravitaillement). Après que de faux papiers leur aient été remis, ceux-ci étaient évacués vers leurs régions d’origine. L’infiltration d’un traître dans le réseau avait permis aux Allemands de mener un coup de filet en son sein (12 arrestations). Paul Royaux, recherché, dut alors quitter le département et entrer en clandestinité.
 

 

 

 

            








Marcelle FUGLESANG

        En juillet 1914, M. Jean Fuglesang, Norvégien installé à Paris où il possède une affaire d’importation, emmène sa femme et ses quatre enfants (dont l’aînée, Marcelle, a onze ans) passer les vacances dans son pays comme tous les ans. La guerre les empêche de revenir en France. M. Fuglesang se fait une nouvelle situation à Oslo et décide d’y rester. Mais Marcelle veut finir ses études à Paris. Elle tient sans doute plus de sa mère, qui est française et de qui elle prendra la nationalité quelques années plus tard - non sans peine, car elle est née à Oslo, le 21 février 1903.

En 1920, Marcelle Fuglesang est de retour à Paris. Elle y fait des études d’infirmière, d’assistante sociale, de puéricultrice. Elle aime la France, elle en adopte les manières, les idées, la religion : elle se convertit au catholicisme et devient une chrétienne fervente.

En 1939, elle s’engage dans l’armée comme infirmière. Quand part l’expédition de Narvik, elle fait valoir que sa connaissance du norvégien sera utile, et rejoint une antenne chirurgicale qui arrive à Narvik au moment où le corps expéditionnaire plie bagages. Au prix de mille difficultés, Marcelle Fuglesang traverse la Suède, rentre en France, et demande un nouveau poste. Le Secours national cherche une assistante sociale en chef pour Charleville. Personne ne veut y aller. Les communications (c’est au début de juin 1940) sont hasardeuses, la zone dangereuse (et même interdite…). Marcelle Fuglesang met son sac sur son dos et gagne les Ardennes.

Il y a à faire à Charleville : toutes les tâches de l’assistance sociale dans une époque où la misère atteint les familles dont le chef est prisonnier. Soulager, soigner, ne suffit pas à Marcelle Fuglesang. Elle voudrait faire plus et elle déteste les Allemands. Son amour de la France fait d’elle une patriote exaltée jusqu’à l’imprudence. Quand elle croise des Allemands dans les rues, elle les nargue. L’occasion d’agir davantage se présente quand Paul Royaux crée un réseau d’évasion pour les prisonniers. Charleville devient le maillon d’une chaîne qui part des Stalags et des Oflags, une étape sur la route de Besançon et de la Suisse. Anglais et Français évadés arrivent à Charleville, sont pris en charge par le Secours National que dirige Marcelle Fuglesang, hébergés au centre d’accueil où on leur fournit papiers d’identité, vêtements, nourriture, billet de chemin de fer pour Besançon, mot de passe pour la personne qui, de là, leur fera franchir la frontière suisse.

Les Allemands ne tardent pas à soupçonner l’existence de cette filière. Ils glissent, parmi les évadés, l’un des leurs. Celui-ci, se faisant passer pour Anglais, se présente à Charleville. Marcelle Fuglesang, qui sait l’anglais, se charge de l’interroger. Sans doute joue-t-il bien son rôle, puisqu’on le pourvoit du nécessaire comme les autres, et qu’il continue sa route.

Peu après, le 28 octobre 1942, Marcelle Fuglesang est convoquée à la Kommandantur. Elle s’y rend sans hésiter, et s’y présente avec l’insolence qu’elle affiche dès qu’elle est en face des Allemands. Le faux Anglais est là. Marcelle Fuglesang prend tout sur elle. Elle ne peut cependant sauver Léa Lambert, la cuisinière du centre d’accueil, ni Anna Jacquat.

Elle est emprisonnée à Charleville jusqu’au 10 novembre 1942, à Saint-Quentin jusqu’au 19 décembre 1942, à Romainville jusqu’au départ.

Auschwitz N° 31826.

        En arrivant à Birkenau, elle dit à Marie-Claude : « S’ils veulent nous faire travailler, nous refuserons. Ils ne peuvent pas nous forcer à travailler puisque nous sommes protégées par la Convention de Genève ». Chère Fuglesang...

Elle est morte au début de mars 1943. Elle était dans le Revier où Marie-Jeanne Bauer était infirmière. Elle a appelé Marie-Jeanne. Epuisée par la dysenterie, elle était lucide, sans fièvre. Elle a dit : « C’est fini. Je ne crois plus. Il n’y a rien ». Et Marie-Jeanne, la communiste, l’incroyante, lui a répondu : « Si Marcelle. Si, maintenant, il faut croire. »

Ses parents qui étaient en Norvège, ont appris sa mort au retour des rescapées, par une cousine de Paris qui faisait des recherches.

Source : Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), pages 118-120.

 

 

           
JACQuat
Anna, née KARPEN

        Née le 24 mai 1894 à Gilsdorfberg, commun de Bettendorf (grand-duché de Luxembourg), dernière venue d’une famille de sept enfants. Le père est ouvrier dans une briquetterie du pays. En 1914, la guerre disperse la famille. Anna vient à Paris et travaille dans un restaurant d’Argenteuil. À une réunion des Ardennais de Paris, elle rencontre Jacquat, qui vient d’être démobilisé. Ils se marient en 1919 et retournent dans l’est.
En 1942, Anna Jacquat fait partie de la filière d’évasion organisée par Paul Royaux et pourvoit surtout au ravitaillement des prisonniers évadés, ce que son commerce lui permet de faire sans être repérée, son mari et elle tenant un café-restaurant situé près de la gare, à Charleville.

Le 28 octobre 1942, la Gestapo convoque M. Jacquat et l’arrête. Le même jour, et plusieurs jours ensuite, elle perquisitionne chez les Jacquat mais ne trouve rien.
Le 30 octobre 1942, Anna est arrêtée. Sans doute parce que les interrogatoires permettent d’établir que seule la femme fait partie de l’organisation, le mari est relâché le 3 novembre 1942. II regagne la maison où l’attendent ses enfants : une fille de quatorze ans, un garçon de seize ans.
Anna Jacquat est emprisonnée à Charleville jusqu’au 10 novembre 1942, à la prison de Saint-Quentin jusqu’au 19 décembre 1942, à Romainville jusqu’au départ.

 
Auschwitz N° 31827

  En mars 1943, M. Jacquat est convoqué à la Gestapo, où on lui apprend que sa femme est morte à Auschwitz de maux d’estomac. Il est si bouleversé qu’il ne comprend pas le mot « Auschwitz » tel qu’il est prononcé par l’Allemand - il entend quelque chose comme « Autriche » - et quand il arrive chez lui il ne sait même pas la date exacte du décès que l’Allemand a pourtant dû lui dire. Le même jour arrive chez lui M. Lambert, le mari de Léa Lambert, qui était dans la même chaîne qu’Anna Jacquat. Lui aussi a été convoqué à la Gestapo, lui aussi a été avisé que sa femme était morte à ...(il n’a pas bien compris) de maux d’estomac. Sans le dire, chacun se prend à espérer qu’il y a erreur de personne.

Ce n’est qu’à la fin de la guerre que les enfants ont compris. Ils ont reçu pour leur mère la médaille de la reconnaissance française et un certificat de remerciement du général de Gaulle, l’homologation dans la R.I.F, une carte d’internée résistante alors que Mme Jacquat a été déportée, mais jusqu’à ce que nous prenions contact avec eux pour faire ce livre, ils n’avaient rien pour prouver que leur mère avait été déportée, puisque sa mort leur avait été annoncée verbalement.

   Source : Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), pages 150-151

 

 


LAMBERT Marguerite, Léa, née DURBECQ

 

        Née le 9 avril 1892 à Rocroi, elle a été élevée à Hiraumont, et est allée à l’école jusqu’au certificat d’études. En 1942, elle est à la fois cuisinière et économe du centre d’accueil du Secours National des Ardennes, à Charleville, dont Marcelle Fuglesang est l’assistante sociale en chef. Quand les prisonniers qui se sont évadés d’Allemagne font étape à Charleville, ils sont hébergés et nourris au centre d’accueil. Léa Lambert a été arrêtée en même temps que Marcelle Fuglesang, le 28 octobre 1942. Comme celle-ci, elle a été à la prison de Saint-Quentin du 10 novembre au 19 décembre, à Romainville du 19 décembre 1942 jusqu’au départ.

Auschwitz N° 31821

Elle est morte tout au début. Dans le courant de mars 1943, M. Lambert a été convoqué à la Gestapo de Charleville : on lui a dit que sa femme était morte à... (un mot en « iche ») de maux d’estomac, le 1er mars 1943. Sachant que sa femme était avec Mme Jacquat, il courut chez les Jacquat. M. Jacquat revenait justement de la Kommandantur où on lui avait dit que sa femme était morte aussi, à... (aussi un mot en « iche ») et aussi de maux d’estomac. Émile Lambert, homme impulsif bâti en colosse, marchand de bestiaux à la voix forte, a laissé éclater sa colère, s’est répandu en injures contre les Allemands. Il fut arrêté le 31 mars 1944, dans le cadre de laffaire des « parachutistes alliés », puis déporté à Dachau.

 Source : Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965 (réédition 1998), pages 164-165.



Léona RAVAUX, épouse Bouillard,
née le 5 avril 1885 à Éteignères, domiciliée à Auvillers-les-Forges, elle fut arrêtée le 19 mai 1942 pour « activité communiste ». Elle est décédée à Auschwitz le 15 février 1943.

 

                       

Le site de l’association Mémoire Vive est consacré aux convois des « 31 000 » et des « 45 000 », les deux seuls convois de déportés politiques partis de France à destination du camp de concentration d’Auschwitz. L’association recherche tous renseignements sur les déportés de ces deux convois. Le cas échéant, contactez-les (via le site)…

 

Je tiens à remercier Mémoire Vive, et particulièrement M. Pierre Labate pour son aide documentaire et
et pour son autorisation à la publication des photographies d’Auschwitz

© Musée dÉtat d’Auschwitz-Birkenau, collection association Mémoire Vive.


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