Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 15:26

     Le Colonel de l'Armée des États-Unis, Victor Jerome Layton, l’Américain de la mission Citronelle, est décédé le 8 août dernier à son domicile de St Croix Falls (Wisconsin, USA).

Fruit de l’union d'Arthur et de Margaret Lustig, lui dirigeant tchèque d'une succursale de la Banque des Pays d'Europe centrale, elle ressortissante autrichienne, Victor est né le 28 novembre 1921 à Vienne. Jusqu' à l'âge de 7 ans il grandit dans cette ville, puis la famille s’installe en France, à Paris. Parlant couramment l'allemand, sa langue natale, et le français, il enrichit son bagage linguistique en Angleterre, où en 1936 ses parents l'envoient suivre ses études. Survient la guerre. En juin 1940, la famille Lustig connait l'exode, qui la mène à Royan, où elle est rejointe par les troupes allemandes. Rentré à Paris, le père de Victor reprend son activité alors que Victor lui-même, grâce à de faux papiers, prépare son passage en Espagne. Au début de 1941, embarqué sur un navire portugais à destination des États-Unis, débarqué à Hoboken, dans le New-Jersey le 22 janvier 1941, il « monte » à New-York afin de poursuivre ses études. Naturalisé américain, il abandonne son nom aux consonnances trop germaniques pour celui de Layton. En septembre 1942, il est engagé dans l’armée en tant qu'officier du Génie, puis est envoyé en Europe dans les rangs des services spéciaux américains, l’OSS (Office of Strategic Services) en juin 1943. Jeune lieutenant, il est mis à la disposition du SOE à Londres. Grâce (ou à cause de) sa parfaite maîtrise de la langue française et de l’allemand il est pressenti, au début de 1944, pour participer à la mission interalliée Citronelle, qui est larguée dans les environs de Mourmelon (Marne) le 12 avril 1944 dans la nuit.

 

 

Victor Layton Au sein de Citronelle, le rôle de Victor est d’assurer l’intendance du maquis : c’est lui qui inventorie le contenu des paquets et des containers parachutés, qui distribue les armes, les vêtements et le matériel reçus.

Nous avons vu dans un article précédent qu’aux premières heures de l’attaque du maquis le 12 juin, il était en compagnie de Desmond Ellis Hubble. Rentré au camp, il participe aux premiers combats, et fait enterrer les armes, les explosifs et tout le matériel que les maquisards ne peuvent transporter alors que Prisme a décider de rompre au plus noir de la nuit pour échapper aux troupes allemandes. Lorsque le maquis se met en branle, des groupes se forment très rapidement et les contacts avec le commandant sont rompus. Ainsi, Victor se retrouve à la tête d’un groupe de 90 hommes, avec comme objectif d’échapper à l’encerclement et de rallier le hameau des Six Chênons, où doit se reprendre le contact avec Prisme. Le 13 juin, après avoir vainement tenté de passer les lignes allemandes, Victor et son groupe, passent une nouvelle nuit dans la forêt, sans provisions et sous une pluie battante.

Le lendemain, l’effectif de son groupe, qui avait fondu dans la journée par suite des défections, se réduit à néant : un seul homme reste avec lui. Aux Six Chênons, qu’il a réussi à atteindre, personne n’est au rendez-vous. Victor décide alors de gagner Charleville pour reprendre contact avec Londres, grâce à une radio des FFI, et informer l’état-major de la situation dramatique du maquis. Après avoir traversé la Meuse à la nage (à hauteur de Bogny), sous les balles de sentinelles allemandes, et après un périple exténuant, il parvient à Charleville où il se rend chez son contact en cette localité, à savoir la boucherie d’André et de Jacqueline Faynot dans la grand’rue (aujourd'hui rue de la République), chez qui il va trouver refuge pour quelques jours avant de rejoindre le maquis Prisme, reformé à proximité de Willerzie, en Belgique.

 

Au début de mois de septembre 1944, Victor rencontre les troupes libératrices à Fumay et est désigné pour les conduire jusque dans la région de Bastogne. Sa mission remplie, il regagne Paris sur une moto allemande, le 12 septembre, puis est renvoyé en Grande-Bretagne. Après un court séjour à l’hôpital, il est nommé officier de liaison d’agents alliés alors en mission d’espionnage dans une Allemagne aux abois au sein du 25e Bomb Group de la 8e Air Force (il survole le pays à très haute altitude pour communiquer avec des agents alliés infiltrés, à l'aide d'un équipement spécial monté sur un de Havilland Mosquito). Après la guerre, il se marie en Allemagne, où il réside en tant que militaire appartenant aux troupes US d’occupation. De cette union naîtront trois enfants. Il participe, à des degrés divers, aux guerres de Corée et du Vietnam. En 1952, il est affecté au services des recherches des Transports de l'Armée de Terre, mandaté par l'US Air Force pour trouver les moyens d'aller installer une base radar sur la calotte glaciaire, à quelques centaines de kilomètres du pôle nord. Il monte donc une expédition de reconnaissance avec l'équipe de Paul-Émile Victor, avec lequel il noue des liens d'amitié (un compte-rendu de cette "Opération Thulé"  fut publié dans la revue Paris-Match. J'en profite donc pour lancer un appel à quelque lecteur qui posséderait le (les) numéro(s) en question...)

Ingénieur en aéronautique, Victor poursuit dans cette branche et participe en 1963 au projet de de développement d'un bimoteur fabriqué par de Havilland Canada. Après avoir quitté l’armée avec le grade de Colonel, en 1967,  il participe, en tant qu'ingénieur civil, à divers projets de développement en Afrique. Homme aux multiples talents, d’un dynamisme hors du commun et d’une curiosité insatiable, Victor fut encore, pendant quelques années, directeur d’un hôtel et capitaine de port (Harbor Master) à Northeast Harbor, dans le Maine.

Victor se retira dans la Wisconsin avec son épouse Emmy en 1988, afin de profiter d’une retraite bien méritée.

 

On se souvient que lors de la dernière cérémonie en hommage aux morts du maquis des Manises à laquelle participèrent les membres de la famille Hubble, Victor avait envoyé un message qui leur fut remis. Avec lui s'est éteint le dernier membre de la mission Citronelle.

Victor Layton avait été décoré, pour son action durant la Seconde guerre mondiale , de la Croix de guerre (France), de la War Medal (Royaume-Uni), et de la Distinguished Service Cross.

 

Des remerciements particuliers à Fred Docq pour m'avoir ouvert ses archives concernant son ami Victor Layton, et à Mick pour la communication des rapports britanniques de la mission "Citronelle".

 

Lire les articles, ici et , consacrés à Victor dans l'Ardennais du dimanche 12 septembre

 

 

Partager cet article

Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
commenter cet article

commentaires