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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 10:42

En ce début d'année 2010, je suis heureux de vous annoncer que le conseil municipal de la commune de Sault-les-Rethel va donner le nom de Pierre Labar à une impasse menant à un nouveau lotissement, actuellement en chantier. Cette décision rend justice au résistant que fut Pierre Labar, tué par les Allemands à Sault-les-Rethel le 8 août 1944.

Pierre Labar est l’un des fondateurs des groupes F.T.P. qui prirent naissance dans la région de Saint-Germainmont en 1943.

Né le 14 mai 1905 à Saint-Germainmont, Pierre Labar, entrepreneur en maçonnerie domicilié en cette commune, avait été mobilisé lors de la déclaration de guerre au 174e Régiment de forteresse. Fait prisonnier en juin 1940 puis versé au Stalag 11B, près de Hanovre, il réussit à se faire rapatrier le 25 novembre 1941 après avoir falsifié sa carte d’identité militaire. Il se réfugia alors avec sa famille en zone non-occupée, dans l’Ariège, avant de rentrer au début de 1943 dans les Ardennes, et de reprendre son activité.

Ses contacts quotidiens avec Léon Hourlier, à Saint-Germainmont même, avec Armantine Carlier, Jean Levasseur, et d’autres partisans de Blanzy-la-Salonnaise ne peuvent être étrangers à son engagement dans la lutte clandestine à la fin de l’année 1943.

Au début de 1944, la venue d’un envoyé du comité militaire national des FTP, René Houzé, dit « Achard », puis celle de Pierre Luizard, alias « Capitaine Pascal », bouleversait l’organisation clandestine qui prit une ampleur inattendue avec le parachutage de « Dame Blanche » le 20 mai 1944, auquel Pierre Labar participa, puis la fondation de la 5e Compagnie F.T.P du Secteur sud des Ardennes sous les ordres de Fernand Deléam.

Son expérience militaire, sa maturité et ses qualités d’organisateur valurent à Pierre Labar d’être nommé sous-lieutenant dans le maquis formé par « Pascal » dans la région de Roizy au moment du débarquement (maquis « volant » qui allait devenir la 2e Compagnie FTP des Ardennes).
Chargé avec trois autres jeunes maquisards de saboter une ligne téléphonique à Sault lès Rethel dans la nuit du 8 août, il fut surpris par une patrouille allemande. Après un échange de coups de feu pendant lequel ses complices prirent la fuite, Pierre Labar, grièvement blessé, fut achevé d’une rafale de fusil-mitrailleur par un soldat allemand.


Pierre Labar fut décoré, à titre posthume, de la Croix de guerre avec palme et de la Légion d’Honneur.

Une rue de Saint-Germainmont porte son nom qui est inscrit sur le monument aux morts du village. Son nom est inscrit sur le Mémorial de Berthaucourt.

 

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     Documents et témoignages


     Rapport du Lieutenant Dostes, commandant la section de gendarmerie de Rethel, du 8 août 1944


 « Dans la nuit du 7 au 8 août 1944, un acte de sabotage a été commis aux lignes téléphoniques locales Rethel-Ambly-Fleury sur le territoire de la commune de Saul-les-Rethel (Ardennes), au lieu dit « la Vignette ». Six poteaux ont été sciés à 1 m. de hauteur et les fils sectionnés entre les poteaux, sur une longueur de 500 m. environ.

Les communications téléphoniques sont interrompues avec toutes les localités entre Rethel et Ambly-Fleury […]

Quatre individus ont été surpris dans la nuit par la Feldgendarmerie de Rethel sur les lieux du sabotage. L’un d’eux, armé d’un fusil d’origine étrangère, a été tué au cours de l’opération.

Il s’agit de LABAR Pierre Louis, né le 14 avril 1905 à Saint-Germainmont (Ardennes), y demeurant. Sa femme a été prévenue par la Feldgendarmerie.

Les trois autres individus sont activement recherchés. »


(Sources : Archives départementales des Ardennes, 1 W 39 (« Sabotages d’établissements industriels, de lignes téléphoniques et télégraphiques (1943-1944) »)



Courrier de Mme veuve Labar-Charpentier, exposant les circonstances de la mort de son mari

« M. Hardy, ex-chef de la brigade de gendarmerie d’Asfeld, qui était quasi journellement en relation avec le maquis m’a lui aussi certifié que M. Robert lui avait, dans la journée qui suivit la mort de mon mari, rapporté que ce dernier, après avoir été blessé au cours d’une mission de sabotage, avait été massacré sur place par une patrouille allemande. »

« Madame Guillaume Claudine, secrétaire de Mairie à Sault-les-Rethel, a précisé que M. Pierre Labar avait été retrouvé mort dans le fossé  […] les gendarmes allemands se contentèrent […] comme ils le firent à moi-même, de lui dire, “une de nos patrouille a tué un terroriste” ».

 

Témoignage de M. Georges Robert, "Dany", ex-lieutenant de la 2e Compagnie FTP


« Pierre Labar était un des “vieux” du maquis, la plupart de ses membres étant des jeunes dont certains avaient à peine 17 ans. C’est sans doute pourquoi Pascal lui confia le commandement de cette mission… Lorsque, au matin, les trois jeunes rentrèrent au maquis [distant d’une dizaine de kilomètres], ils annoncèrent qu’ils avaient laissé Pierre blessé derrière eux, mais aussi que dans leur fuite ils avaient abandonné leurs armes…  Pascal leur passa un savon ! Il leur donna l’ordre de retourner sur leurs pas et d’aller rechercher leurs armes. Ce qu’ils firent sans rechigner… »


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Le lieu dit "La Vignette" à Sault-les-Rethel, où fut tué Pierre Labar
 

 

Issue d’une scission de la 5e Compagnie F.T.P. du Secteur sud des Ardennes, le « détachement Pascal » commandée par Pierre Luizard, alias « Capitaine Pascal », prit la forme d’un maquis constitué à partir de la fin du mois d’avril 1944, et composée dans un premier temps d’une quarantaine de réfractaires et de volontaires. Situé dans un premier temps dans un bois entre Blanzy et Roizy, il sera déménagé d’urgence devant l’imminence d’une attaque allemande dont Pascal avait été prévenu par le commandant de la gendarmerie d’Asfeld, René Hardy. Il s’installera ensuite dans les bois de Bertaucry, entre Sault-Saint-Rémy et Boult-sur-Suippes (Marne), puis dans les environs de Saint Loup Champagne (c'est probablement là qu'il était installé lorsque fut tué Pierre Labar). L’action du maquis se confond dans un premier temps avec celle de la 5e Compagnie F.T.P. (sabotages d’écluses sur le canal latéral à l’Aisne, attaque de formations allemandes, sabotage de la ligne téléphonique souterraine Paris-Bruxelles, attaque au bazooka, le 9 juin 1944, d’un train sur la ligne de chemin de fer entre le Châtelet-sur-Retourne et Bazancourt...).
Le 15 août, sur ordre de Pascal, le maquis doit joindre la forêt du Mont-Dieu pour créer une tête de pont au nord de la rivière Aisne. Cette formation autonome va devenir la 2e Compagnie F.T.P. des Ardennes. Le maquis du Mont-Dieu, fort d’une centaine d’hommes, se livrera à des actions de sabotages et au harcèlement des troupes allemandes en déroute et se déplacera vers le Mont Damion puis vers la forêt de Dieulet. C’est là que lui parviendra l’ordre de  participer à la libération de Charleville, notamment dans la réduction de la poche de résistance allemande sur le plateau de Berthaucourt que les FTP prendront d’assaut le 5 septembre 1944.



ftp

Défilé de la 2eCompagnie à la Libération, place Ducale.
De gauche à droite : le lieutenant Rousseau, le capitaine Jacquot, « Pascal », Alphonse Desté (photo G. Robert)


Sources : sur Pierre Labar, sur la résistance FTP dans les Ardennes, lire Ami, si tu
 tombes
... et Le temps des partisans.

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Published by philippe lecler - dans Des hommes
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