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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 16:11

 

  On apprend par la presse de ce jour que l’ancien député communiste René Visse a envoyé une lettre ouverte au ministre de la Défense pour s’indigner qu’une fondation d'outre-Rhin consacrée aux questions militaires soit associée au nom de l’un des bourreaux des Manises, Karl-Theodor Molinari.

 

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J’ai rappelé dans deux ouvrages les combats qu’ont menés les Ardennais dans les années d’après-guerre pour obtenir justice et voir enfin les bourreaux des Manises arrêtés et jugés pour leurs crimes lors des journées des 12 et 13 juin 1944 sur les hauteurs de Revin.

On se souvient que le commandant de la place de Charleville sous l’Occupation, celui qui dirigea les troupes allemandes lors de l’attaque du maquis, Botho Grabowski, et que le jeune commandant d’un régiment de Panzers dont les troupes stationnaient alors à Vivier-au-Court, Karl-Theodor Molinari, avaient été jugés coupables de crimes de guerre et condamnés à mort par contumace par le tribunal militaire de Metz en avril 1951. Ils ne furent jamais extradés vers la France, et Grabowski mourut paisiblement dans son lit en 1964.

 

Molinari : « J'ai toujours été reçu en France avec les honneurs militaires. »

Les Ardennes luttèrent pour que Molinari fût jugé. En 1969, à l’initiative de Marcel Noiret (un personnage ! il faut avoir lu L’affaire des Manises pour goûter toute l’ironie de la situation), des anciens du maquis et des familles des victimes créèrent le « Comité pour le châtiment de Molinari ». Les politiques furent alertés et interpelés.

La députée communiste, ancienne résistante et déportée,  Marie-Claude Vaillant-Couturier s’adressant au Ministre des affaires étrangères dans une séance de l’Assemblée Nationale le 5 décembre 1969 s’indignait et dénonçait l'impunité dont avait joui et continuait à jouir l'ancien bourreau : « Non seulement le général Molinari n'a pas été inquiété dans son pays, comme je viens de le montrer, mais il a pu venir en France, y circuler librement, malgré sa condamnation, et même être reçu par des autorités officielles. II n'est pas possible que les familles des victimes et les anciens résistants acceptent de tels faits. »

 

Image1Photo parue dans Der Spiegel (Molinari "profondément affecté")

 

Molinari : « Je croyais qu’on allait les enfermer dans un camp. »

Car pendant que les anciens résistants s’évertuaient à obtenir réparation, le jeune Karl-Theodor Molinari poursuivait son ascension dans l’institution militaire. Promu général dans la Bundeswehr en 1957, puis conseiller du ministre de la Défense, avant d’entrer en politique et de devenir un proche du chancelier fédéral  Helmut Kohl, Molinari s’étonnait du débat soulevé en France sur son passé, et s’enorgueillissait avec impudence dans la presse d’avoir « toujours été reçu en France avec les honneurs militaires.» Lorsque la question fut soulevée sur la place publique en Allemagne, et que l’hebdomadaire Der Spiegel se mit à enquêter sur le passé de Molinari, celui-ci finit tout de même par s’expliquer.

« Dabei oder nicht ? » (« Il y était ou il n’y était pas ? ») Molinari se justifiait ainsi : il était à Revin le 12 juin, il dirigeait des troupes qui ont attaqué le maquis, MAIS il ne sut rien de ce qui était arrivé aux prisonniers, rejetant la responsabilité de leur sort à son adjoint, le capitaine Ardendt (qu’on ne pouvait interroger puisqu’il avait été tué sur le front de l’Est au printemps de 1945)… « Je ne pouvais me représenter que les prisonniers, tous des jeunes gens, devaient être fusillés. Je croyais qu’on allait les enfermer dans un camp. Si j’avais pu présumer une exécution, j’en aurais été profondément affecté. » (« Dabei oder nicht ? »  Der Spiegel n° 42, 1969. Et pourtant il fut bien reconnu, des années plus tard, par un rescapé du maquis, André Soret, dont j'ai cité le témoignage dans le Maquis des Manises, pp. 79-80, comme ce jeune officer en uniforme noir, très grand, qui se tenait sur les lieux de l'exécution des maquisards. Tu étais bien là, Molinari... D'ailleurs les prisonniers eux-mêmes savaient qu'ils allaient être fusillés en fin de journée... Comment aurais-tu pu l'ignorer ?)

 

René Visse : « Un nom qui insulte les morts »

On a appris l’année dernière par le biais d’un article de Roland Pietrini publié  sur son site et sous le titre « La puissante fondation Karl-Theodor Molinari porte-t-elle le nom d’un criminel de guerre ? » que la fondation représentant l’Association des Forces armées dont Karl-Theodor Molinari fut le président fondateur (de 1957 à 1963) porte aujourd’hui son nom (Quant à Molinari lui-même, il est décédé en 1993).

 

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Si Molinari n'a jamais été poursuivi en justice, c'est sans doute que la mémoire des fusillés des manises fut sacrifiée sur l'autel de la realpolitique au nom d'une amitié franco-allemande en construction. Aujourd'hui, René Visse réclame des autorités française et allemande la dissolution de la fondation, dont le nom insulte la mémoire des maquisards des manises, ainsi que l'ouverture d'une enquête concernant la nature idéologique des buts qu'elle poursuit. Affaire à suivre...

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Published by philippe lecler - dans Le maquis des Ardennes
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