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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 21:37

Deux biographies de collaborateurs qui ont tant et si peu de choses en commun, deux intellectuels, deux écrivains tentés par l'aventure de la fondation d'un fascisme à la française...

 

 

Le livre le plus intelligent sur l’affaire Brasillach est celui d’une universitaire américaine, Alice Kaplan, qui restitue avec beaucoup de justesse et de précision la complexité d’un procès qui pose encore question aujourd’hui.

 

intelligence

Il est devenu un mythe dans le discours de l’extrême-droite, le symbole de l’injustice des procès de la Libération, un martyr de l’épuration, une victime de la fureur vengeresse d’une résistance supposée acquise aux seuls communistes.

Robert Brasillach est né le 31 mars 1909 à Perpignan, et après de brillantes études à l'Ecole normale supérieure à Paris, il devient critique littéraire à L’Action française, le journal monarchiste de Maurras dont il partage les idées, et notamment une haine passionnelle de la République, des juifs, du Front populaire. Á partir de 1937, il rejoint l’équipe des jeunes fascistes de l’hebdomadaire Je suis partout, dont il devient le rédacteur en chef. Jeune étoile montante de la littérature, il publie de nombreux ouvrages dont une histoire du cinéma qui restera une référence pour les amoureux du 7e art.

Mobilisé lors du conflit, fait prisonnier, il est libéré en 1941 sur instruction de l’ambassade allemande à Paris, qui le considère comme un des idéologues susceptible d’aider la cause nazie dans la France occupée. Se définissant lui-même comme un « collaborationniste de cœur », il va faire de son journal et de son œuvre une arme de combat pour un fascisme à la française.

 

« J’ai contracté me semble-t-il une liaison avec le génie allemand, je ne l’oublierai jamais. Qu’on le veuille ou non, nous aurons cohabité ensemble. Les Français de quelque réflexion, durant ces années auront plus ou moins couché avec l’Allemagne, non sans querelles, et le souvenir leur en restera doux. »

 

Il se rend à la justice au mois de septembre 1944, quittant la chambre où il se terrait depuis le départ des troupes allemandes de la capitale afin de faire libérer sa mère, arrêtée par les FFI dépités de ne pouvoir lui mettre la main au collet. Emprisonné à Fresnes, il est poursuivi au terme de l’article 75 du code pénal pour « Intelligence avec l’ennemi ».

Le procès se tient le 19 janvier 1945. Il dure six heures. L’accusation, en la personne du commissaire du gouvernement, Maître Reboul, citera à profusion les écrits de Brasillach afin de lui demander des comptes sur sa responsabilité, morale et intellectuelle, dans la répression de la Résistance et dans la persécution des juifs, mais aussi dans l’engagement de jeunes français dans la police allemande ou dans la Milice.

 

Des appels au crime contre le monde littéraire, celui acquis à la Résistance : « Il suffirait de dix suppressions, de dix arrestations pour que tout rentre dans l’ordre […] Patiemment l’œuvre d’épuration s’accomplit. Mais il faut l’aider. » (Je suis partout, 28 février 1942)

 

Après la prise du pouvoir par le maréchal Pétain le 10 juillet 1940, il crache sa haine à la mort de la République et à la disparition de la démocratie (Je suis partout, 7 février 1942) :

« On ne s'aperçoit pas qu'on encourage le mensonge, qu'on encourage le Juif. En finira-t-on avec les relents de pourriture parfumée qu'exhale encore la vieille putain agonisante, la garce vérolée, fleurant le patchouli et la perte blanche, la République toujours debout sur son trottoir. Elle est toujours là, la mal blanchie, elle est toujours là, la craquelée, la lézardée, sur le pas de sa porte, entourée de ses michés et de ses petits jeunots, aussi acharnés que les vieux. Elle les a tant servis, elle leur a tant rapporté de billets dans ses jarretelles ; comment auraient-ils le cœur de l'abandonner, malgré les blennorragies et les chancres ? Ils en sont pourris jusqu'à l'os. »

 

Au lendemain de la rafle du Vél’d’Hiv, et après la déclaration de l'archevêque de Toulouse condamnant les déportations, il écrit cette phrase (qui lui vaudra une damnation éternelle) : « Il faut se séparer des juifs en bloc et ne pas garder les petits » (Je suis partout, 20 septembre 1942).  

 

Condamné à mort, Robert Brasillach fut fusillé le 6 février 1945 au fort de Montrouge, après que De Gaulle eût refusé de signer sa grâce.

Fallait-il fusiller Brasillach ?

 

fontenoy

 

Aurait-il fallu fusiller Jean Fontenoy si on l'avait retrouvé ? Son cas   est très différent. Brasillach fut un intellectuel de salon. Fontenoy fut avant tout un homme d’action, même si la littérature fut son havre.

Gérard Guégand en livre un portrait tout en nuances, et rectifie bien des idées reçues... Une grande biographie.

Né le 21 mars 1899 à Fontainebleau dans un milieu très modeste, il est élevé par ses grands-parents paysans. Trop tard engagé dans l’armée pour participer à la Grande guerre, il apprend le russe puis est embauché par l’agence d’information Havas qui lui offre la direction de sa toute nouvelle agence de Moscou. Le communisme l’attire, mais version Trotski, il déteste Staline. Retour à Paris en 1926 pour Fontenoy, où il écrit et où il publie pour diverses revues: analyse et impressions des Soviets, peinture de la vie en URSS. Il prépare son grand œuvre (qui ne sera jamais publié : L’Hôte des Soviets). Havas lui propose le poste de Shangaï, dans la Chine nationaliste. Il y fonde son journal, et y prend le goût de l’opium, et celui des complots.

De retour en France, il adhère au Parti populaire français (PPF) que vient de fonder Jacques Doriot, puis l’abandonne pour fonder durant l’occupation,  avec l’ex-socialiste Marcel Déat et l’ex-cagoulard Eugène Deloncle, le très collaborationniste Rassemblement national populaire (RNP). En 1941, il s’engage dans la Légiondes volontaires contre le bolchevisme (LVF) que viennent de fonder les trois grands partis de la collaboration (RNP, PPF et MSR) et est envoyé en combattre les Soviets avec la charge de la section de propagande. On ne le voit guère sur la ligne de front et il rentre rapidement à Paris où il va diriger la revue Révolution Nationale dans laquelle écrira d’ailleurs souvent Brasillach.

En août 1944, il pliera bagages et prendra la fuite avec toute la clique de collaborateurs et de miliciens fuyant l’avancée des armées alliées en France. Qu’est devenu Fontenoy ? Il s’est donné la mort avec une pilule de cyanure à Berlin en avril 1945, quelques instants avant de tomber aux mains des Soviétiques. Son corps ne fut jamais retrouvé.


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Published by philippe lecler - dans Bibliographie
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