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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 06:44

L’histoire des « Helpers » n’a pas été écrite, même si leur rôle fut primordial dans l’histoire de la résistance à l’occupant. Loin des actions spectaculaires et de la lutte armée, ils forment le contingent des sans-grade et des anonymes sans qui rien n’eut été possible… Comment ne pas citer l’action de la famille Fontaine sur le plateau, action devenue une véritable épopée avec la fondation de la ligne « Dragon » ?

Une série d’articles consacrée aux arrestations dans la Résistance ardennaise au printemps 1944 prouve aussi, si besoin est, qu’apporter de l’aide aux aviateurs alliés, (mais aussi aux prisonniers de guerre évadés, aux juifs, aux réfractaires au STO...), fut aussi dangereux que de couper des fils téléphoniques ou de saboter une voie ferrée.

Les auteurs de la Complaintedu partisan, composée dès 1943, connaissaient les risques que prenaient ces milliers de héros anonymes aujourd’hui oubliés (si jamais leur courage fut connu et/ou reconnu), eux qui écrivirent ces vers : « Un vieil homme dans un grenier / Une nuit nous a cachés / Les Allemands l’ont pris / Il est mort sans surprise ». L'affiche ci-dessous, imprimée et diffusée sur ordre de la Feldkommandantur 684 de Charleville, nous le rappelle.

 

AvisRechercheAviateurs1940

 

 

Jean Delabruyère et son épouse Mireille tenaient la boulangerie de Sommauthe, village de l’arrondissement de Vouziers. Patriote refusant la défaite et méprisant l’occupant, le boulanger ne dissimulait pas ses sentiments gaullistes. Au mois d’avril 1943, un ouvrier bûcheron polonais, Zdzislaw Szymczak recueillit un aviateur anglais dont l’appareil s’était écrasé dans la région de Beaumont-en-Argonne.

 

137Jean Delabruyère, portrait

 


Connaissant les sentiments des boulangers, il dirigea l’Anglais vers leur domicile. Les époux Delabruyère donnèrent asile au naufragé du ciel et quelques jours plus tard, après l’avoir habillé en civil, Jean Delabruyère le dirigea vers Charleville où  une filière devait le prendre en charge pour entreprendre le long et périlleux voyage de retour.

Sans doute l’Anglais fut-il arrêté, car le 12 avril la Gestapo de Charleville entreprit une descente à Sommauthe, investit la boulangerie, la perquisitionna, et après avoir découvert les bottes de l’aviateur qui étaient restées cachées dans le fournil, procéda à l’arrestation de Jean Delabruyère qui fut incarcéré à Charleville. Le 15, le Polonais Szymczak fut appréhendé et emprisonné.

Le 23, c’est Mireille Delabruyère, qui fut arrêtée à son tour. Après avoir été incarcérée dans les prisons de Charleville, Laon et Fresnes, Mireille Delabruyère fut déportée le 10 juin 1943 au départ de Paris vers les prisons de Wittlich, d’Aix-la-Chapelle, Flussbach, et le camp de concentration de Ravensbrück. Elle fut libérée dans le cadre d’un échange de prisonniers avec la Suède en avril 1945 avant d’être rapatriée en France le 3 juillet 1945.

Le Polonais Zdzislaw Szymczak fut déporté en Allemagne (dates et lieux inconnus) et est rentré de déportation à la Libération.

Jean fut déporté au départ de Paris, gare de l’Est, le 22 juillet 1943 vers le SS-Sonderlager Hinzert, soumis au décret Keitel «Nacht und Nebel». Il décéda en Allemagne, à la prison de Wittlich, le 23 août 1944.

Au mois d’août 1953, Jean Delabruyère fut nommé à titre posthume dans l’Ordre national du Mérite et reçut la Légion d’honneur ainsi que la médaille de la Résistance.

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Sommauthe ainsi que sur les murs du  Mémorial de Berthaucourt.

Une plaque rappelant l’action des époux Delabruyère a été apposée en face de leur boulangerie à Sommauthe en 2002.

 

plaque delabruyere  DSCF0028


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Published by philippe lecler - dans Des lieux
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