Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 14:27

 

Ainsi finissent les salauds - Séquestrations et exécutions clandestines dans Paris libéré, un essai de des historiens Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre. On doit déjà à ces deux auteurs Le sang des communistes, consacré à l'action des « Bataillons de la jeunesse », et Liquider les traîtres, consacré à la police politique secrète du PCF pendant la deuxième guerre mondiale.

 

 

 

 

51otF4VGK9L. SS500 -copie-1

 

 

Inspirés par la lecture du livre de J.-P. Abel, L’âge de Caïn (dont nous avons rendu-compte sur ce blog) les deux historiens ont épluchés les archives de la Préfecture de police et de la justice militaire pour révéler les dessous de la libération de Paris et mettre en lumière les pratiques parfois criminelles des "FFS" (les « Forces Françaises de Septembre »).

Entre le 20 août et le 22 septembre 1944, près de quarante corps sont repêchés dans la Seine, à Paris et ses alentours. Tous les corps portent au cou, attaché par un cordon soyeux, le même pavé de grès, pas assez lourd, semble-t-il, pour lester correctement les cadavres qui flottent entre deux eaux. Qui sont ces hommes et ces femmes ? Qui sont les tueurs ? Dans la tourmente de la libération de Paris, toutes les hypothèses peuvent être formulées. Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre ont retrouvé les identités des victimes et remonté le cours de leurs vies. Tous les chemins les ont conduits à l'Institut dentaire, sinistre centre clandestin de séquestration et d'exécution tenu par les FTP, ou plus de deux cents personnes furent incarcérées et torturées entre le 20 août et le 15 septembre 1944.


  « Á l'Institut dentaire du square de l'avenue de Choisy [...], on allait, durant un mois ou deux, jouer les émules de la Gestapo... ceux qui se réclamaient du bon droit... des meilleurs principes. » (Alphonse Boudard, Les Combattants du petit bonheur, 1978).


Plus qu’une mise en lumière des abus commis à la libération, les auteurs dénoncent la politique de Terreur que la résistance communiste ambitionna d’instaurer au moment de la libération, substituant à la légalité républicaine un ordre révolutionnaire, une justice populaire et une police politique.

L’enquête menée à la Libération sur les agissements des FTP de l’institut dentaire allait révéler que les arrestations, séquestrations et parfois les exécutions avaient peu à voir avec l’épuration et la mise hors d’état de nuire de traîtres ou de « mauvais Français », mais beaucoup avec des jalousies, des règlements de comptes de toutes natures, des escroqueries, des vols et des pillages…

Un livre de grande qualité qui se lit aussi aisément qu’un roman, qui jette une lumière crue sur l’épuration extrajudiciaire (dont le bilan, selon les auteurs, souligne avec justesse qu'il « mériterait d’être scientifiquement et systématiquement repris à la lumière de nouvelles archives »).

 

 


Partager cet article

Published by philippe lecler - dans Bibliographie
commenter cet article

commentaires