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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 09:37

        Après toutes ces frayeurs, je retourne à l'atelier de réparation à Hanovre.
Je suis alors appelé dans le bureau du chef d'atelier.
Je me retrouve avec deux autres requis. Delchambre, un marnais, et Noisier, un parisien surnommé "La Riflette". Nous ne nous faisons pas d'illusions sur notre présence ici. Nous savons très bien que ce n'est pas pour y recevoir des félicitations, mais plutôt pour une engueulade pour notre comportement au travail. Pour ma part ce sont les discussions avec les deux Russes et le Chleu à lunettes à qui je ne conviens pas. Pour Delchambre et Noisier, c'est la flemmarderie aiguë. Le chef d'atelier a fait appeler un interprète en la personne d'un prisonnier de guerre qui nous traduit :
« Les petits gars, je crois que vous avez fait le con.» Il nous parle de camp de discipline. « Demain, il faut vous présenter devant l'atelier avec votre barda ». Ce n'est pas un problème pour nous. Je veux dire question barda, car nous avons tout perdu dans l'incendie de notre baraque.
Le lendemain comme convenu, nous nous présentons devant l'atelier. Un Allemand, garde à l'usine, nous y attend. Nous ne sommes pas très fiers, et nous nous interrogeons sur notre future destinée.
Nous prenons le train avec notre garde du corps, et par une étrange coïncidence, nous nous retrouvons sur la plate-forme arrière avec un parachutiste américain, le parachute en vrac dans les bras. Dans la nuit il y avait eu une alerte aérienne et probablement qu'un avion avait été abattu. Le parachutiste est gardé par un officier allemand.
Le parachutiste nous regarde et se doute probablement que nous ne sommes pas des Allemands. Il sort de sa poche une cigarette et nous fait signe de la main pour avoir du feu. Nous n'osons pas bouger. L'officier allemand nous dit en français : « Donnez-lui du feu, qu'est-ce que vous attendez ? » Nous en sommes restés béats et c'est presque en tremblant que Delchambre se dévoue.


    Cet incident passé, quelle ne fut pas notre surprise quand à la descente du train, nous voyons notre gardien nous accompagner au camp de Stöcken. Il nous présente à un gardien qui nous conduit à l'usine de Stöcken dans l'atelier de réparation.
Chef d'équipe, August Banke. Il nous regarde en nous narguant : « Voilà les fameux spécialistes de Hanovre » nous dit-il. A côté de lui, un prisonnier de guerre, Monsieur Grossi, de Montargis, lui sert d'interprète. Il parle très bien allemand et nous rassure immédiatement. Dans l'atelier, il s'occupe un peu des ouvriers français, il arrangera bien des choses tout en sabotant le boulot dès qu'il en aura l'occasion.
Je continue mon travail de réparateur de pneus. Remettre entièrement une toile à l'intérieur n'est pas toujours très simple car cela fait des plis. Grossi, qui en France travaille dans les pneumatiques, me dit : "Ne te casse pas la tête, colle la toile comme tu peux, moi je ferai les épissures". Muni d'une paire de ciseaux, il découpe dans la toile un peu de gomme par dessus et le tour est joué. Le pneu servira à une voiture hippomobile.
Par la suite, je m'aperçois que notre August n'est pas très nazi, il ferme les yeux sur bien des choses. Un jour, il dit « Viens me voir !», et me montre dans une pièce des pneus défectueux ne pouvant pas servir pour une voiture automobile, il comprenait le pas très sérieux de notre travail mais n'en disait rien. Il faut reconnaître que nous avons eu de la chance, cela aurait pu être beaucoup plus tragique.
Je me souviens d'une anecdote. Un jour l'Allemand qui distribuait le petit lait avait jugé bon de ne pas m'en donner. Mon August est allé lui passer un savon et est revenu avec du lait entier à mon intention.

A suivre...



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