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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

21 avril 2007 6 21 /04 /avril /2007 13:57

Nous sommes deux à faire ce travail. Un russe requis comme moi sera mon compagnon. Nous communiquons par gestes. Il y a, heureusement, des prisonniers de guerre dans l'atelier avec les quels je peux parler.
Les chapes sont ensuite posées sur une planche, et afin d'éviter qu'elles ne collent entre elles, sont séparées par une toile. Par la suite des morceaux de cette toile me serviront à fabriquer des chaussettes russes.
Chaque jour je pars pour l'usine d'Hanovre. Le camp de Stöcken se trouve à la périphérie de la ville. Quand je travaille de nuit, le retour au camp se fait par camion. Je parle souvent avec un prisonnier de guerre, Monsieur Lever, qui est de Clermont-Ferrand. C'est un « Michelin », il me surnomme « Le marcassin ». Le travail devient routine, nous flemmardons le plus souvent possible.
Quant à la nourriture, c'est plutôt maigre. La choucroute est d'une acidité telle que nous la passions sous le robinet avant de la manger. Elle est accompagnée d'une maigre saucisse. Choux-navet, choux-rave bien filandreux. Bien rares sont les pommes de terre. Quant à la viande, elle se fait plutôt rare. Souvent elle est bien rouge. Nous l'appelons « du chien ». Et pour clôturer le tout, nous avons de la soupe faite avec des graines que je pense être de l'orge, bien garnie de vers de farine, qui flottent agréablement sur le dessus de la soupe. Tous les vendredis, nous touchons un peu de pain noir. Souvent, il est mangé sur deux ou trois jours. Un morceau de margarine, un peu de marmelade, ou du saucisson.

Pour la nourriture, nous avons une carte par semaine : le chef d'atelier y note le nombre de jours travaillés. Le chef du camp appose son cachet et nous délivre les tickets. Une journée sans travail équivaut à une journée sans ticket : « Pas travailler, pas manger ».
Tous les matins, un bidon de café « ersatz » est déposé dans la baraque. Chacun notre tour, nous allons en chercher dans une casserole. Il nous faut faire vite car le bidon se vide rapidement et bien souvent nous sommes obligés de nous en passer.
Nous attendons le courrier de France qui se fait de plus en plus rare du fait de la censure.
Il nous faut nous débrouiller seuls pour entretenir notre linge; faire la lessive n'est pas très commode. Un ingénieux cerveau de la piaule a fabriqué un appareil muni d'un entonnoir et d'un manche. Nous déposons notre vêtement dans un seau d'eau, très peu de savon (économie oblige !) et nous agitons le tout. Un rinçage vite fait et le tour est joué.
Le raccommodage, ou plutôt le rafistolage, nous demande pas mal de savoir-faire. Souvent nous nous y mettons à deux : l'un tient la pièce à poser, l'autre fait la couture, ou plutôt la sucette ! C'est là que l'on apprécie cet esprit de camaraderie qui règne entre nous dans les camps.

Les alertes aériennes deviennent de plus en plus nombreuses la nuit. Le Lagerführer, chef de camp, nous oblige à gagner les abris qui ne sont autres que des tranchées recouvertes de terre. Parfois cela arrive plusieurs fois par nuit.
Les avions passent en formations serrées, direction Berlin, Hambourg. La D.C.A. tire abondamment. Les éclats d'obus retombent en sifflant comme un essaim d'abeilles, pas question de quitter les abris.
Nous subissons un premier bombardement sur l'usine. Je me trouve avec un KG (Kriegsgefangener) dans la cave-abri. Un chapelet de bombes fait tout trembler dans un fracas épouvantable. Une forte poussière nous irrite les yeux et la gorge. Les jambes flageolent. Nous sommes tous les deux assis par terre. Les carreaux du soupirail situé au-dessus de nos têtes volent en éclat. Par chance, six étages de béton nous protégent.
Malheureusement, tous n'auront pas cette chance; et dans les couloirs de la cave, un bien triste spectacle nous attend : des tués, des blessés sont allongés les uns contre les autres. Cris, plaintes des blessés. C'est un spectacle épouvantable, bien difficile à supporter.
Il faut savoir que Hanovre a subi quatre-vingt-quatorze bombardements.

A suivre...

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