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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

14 avril 2007 6 14 /04 /avril /2007 17:00

 

Vous qui n'avez pas connu cette triste page d'histoire, qui ignorez le sacrifice d'une jeunesse broyée, sachez que nous avons payé pour une faute qui n'a jamais été la nôtre ; si ce n'est le fait d'avoir eu vingt ans pendant cette triste période. Victimes du nazisme et du gouvernement de Vichy, il n'était pas facile d'y échapper dans la mesure où nous étions traqués de toute part.
Hitler a déclaré : « L'Allemagne doit procéder au recrutement forcé ».
Le Gauleiter Fritz Sauckel fut chargé de l'application des lois du 16 février 1943 sur le service du travail obligatoire, frappant plus de 400 000 jeunes des classes 40-41-42. Le gouvernement de fait de l'époque organisa le recrutement forcé de milliers de jeunes contraints de satisfaire aux ordres de réquisition. Les titres d'alimentation retirés, les familles menacées... Des rafles furent organisées à la sortie des métros, des trains, des usines... Des mesures rigoureuses furent prises contre leurs familles ou des tiers s'ils étaient complices.
C'était pour moi un vrai cas de conscience : j'avais deux frères à la maison qui pouvaient partir à ma place, mais cela je ne l'aurais voulu à aucun prix. Je ne voulais pas passer pour un lâche, un poltron. C'est moi que le sort avait désigné, non pas eux. Le piège était tendu. Comment y échapper sans carte d'alimentation ? Aller où ? Se cacher où ? Manger quoi ? Facile à dire mais pas facile à faire. La Milice française aidée de la Gestapo se livra à une véritable chasse aux défaillants. Le 1er janvier 1944, une nouvelle loi est promulguée par Vichy, donnant la possibilité à l'administration allemande d'avoir une emprise directe sur la main d'oeuvre française. Lors du procès des chefs nazis au tribunal international de Nuremberg, Monsieur Henry Delperel, chargé de mission du gouvernement français indiquera dans son rapport : « C'est à la déportation caractérisée que l'on a affaire. Il a été prouvé que les travailleurs requis pour les usines du Reich y étaient envoyés sous escorte, entassés dans des trains et sans nourriture ». Fritz Sauckel, l'instigateur du travail forcé, précise : « Tous ces hommes doivent être nourris, logés dans des camps, traités de telle manière que nous puissions les exploiter au maximum avec le minimum de frais ». Dans les attendus du jugement du tribunal international de Nuremberg qui conduisit Fritz Sauckel à la potence, il est dit : « Des documents ont ainsi démontré que le traitement appliqué aux travailleurs en Allemagne fut, dans de nombreux cas, brutal et dégradant ».

 
Appelé à l'Hôtel de ville de Charleville, j'ai refusé de signer les papiers qui m'étaient présentés. Mais signer ou ne pas signer ne changeait rien à leur décision. Cela démontrait au moins mon refus face à cette réquisition forcée. Embarqué sous bonne garde avec d'autres requis sur Paris, je fus enfermé à la caserne Mortier pendant deux jours. Embarquement gare de l'Est.
Convoi du 11 mars 1943. 
 

Une plaque commémorative qui relate les départs des requis est apposée en cette gare. Elle porte cette inscription :
« Victimes du nazisme et des lois d'exception du gouvernement de Vichy des 4 septembres 1942, 16 février 1943, et 1er février 1944 qui instaurèrent le service du travail obligatoire, plusieurs centaines de milliers de jeunes français sont partis de cette gare sous la contrainte et la menace pour le travail forcé sous la férule nazie. A la mémoire des dizaines de milliers qui ne sont pas revenus et de tous ceux qui n'ont pas survécu à cette tragédie. N'oublions jamais. »
Le 27 février 1993, cette plaque a été inaugurée par Louis Mexandeau, Secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants et Victimes de Guerre.

 

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