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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 11:41
    Ce même jour, Martigny annonça à Léonard qu'il avait revu les trois hommes qui lui avaient annoncé qu'ils allaient leur fournir les armes promises. Ce dernier prévint ses hommes de prendre des précautions pour la nuit. Tous se munirent d'armes déterrées dans le jardin du docteur François, beau-frère des frères Barré. Ces derniers, armés de fusils, prirent position dans la butte se trouvant au dessus de la maison du docteur, afin de surveiller les environs. Le 29, à cinq heures du matin, Léonard fut réveillé par des coups de feu. De sa fenêtre il aperçut deux Allemands étendus sur le trottoir, d'autres rasant les murs qui tiraient vers la butte, enfin Mme François dont les soldats venaient de forcer la porte du domicile. Plus de deux cents Allemands encerclaient Gaulier. Ils arrêtèrent tous les hommes du village qui furent réunis devant le domicile du docteur François. Celui-ci et Jean Barré furent arrêtés vers 9 heures, Robert Barré ayant été tué pendant l'engagement. Tous ceux qui avaient parlé, ou qui avaient eu un contact avec les miliciens, furent poussés dans la salle d'attente du docteur, les autres furent renvoyés chez eux.
Les francistes perquisitionnèrent son domicile et interrogèrent Mme François et sa fille de 12 ans sur les activités du docteur et ses rapports avec la Résistance de la région. Exaspéré par son silence, Ballereau abattit Mme François d'une balle dans la tête.
L'interrogatoire des hommes fut brutal. Rutz, le boxeur, frappait avec ses poings, un autre avec un maillet à cercler les fûts, dont il se servit pour défoncer le crâne de Jean Barré. Ballereau poussa même le raffinement à couper, avec un couteau, l'oreille d'une de ses victimes, sans doute comme « prise de guerre »...
Après quoi les 12 prisonniers furent introduits dans une petite grotte située au fond du jardin- potager du docteur et abattus d'une balle dans la nuque.
Georges Cablat, qui avait 18 ans à l'époque, survivra à ses blessures. Il racontera, en 1994 : « On nous a parqués dans la cour de la grotte. Mon tour est venu. Rissler (adjoint de Paoli) se tenait sur le seuil de la grotte. Je suis entré. Il m'a dit : "tourne-toi". J'ai dit ma prière. J'ai entendu le vacarme de la déflagration, j'ai senti un gros souffle chaud sur la nuque. J'ai basculé tête en avant et lorsque je me suis trouvé à terre je me suis dit : "Mais tu n'es pas mort puisque tu penses"... »
Après avoir signé ses crimes par une inscription sur les murs de la maison, « Bucard vaincra », la bande devait ensuite fuir vers l'Allemagne dans les bagages de l'armée en déroute, laissant derrière elle 19 victimes...

À la Libération
Responsable de dizaines de crimes, Paoli fuit la France à la Libération et se réfugia à Berlin. Arrêté le 16 mai 1945 par la Police Militaire britannique, il fut jugé et condamné à mort par la Cour de Justice du Cher le 4 mai et par la Cour de Justice des Ardennes à Nancy le 7 juin 1946. Jean Ballereau, surnommé « le bossu », 20 ans, le strasbourgeois Rutz, ancien champion de boxe, Gérard Gaudin, 18 ans, Pierre Sénéchal, 20 ans, André Cléry, 18 ans, furent eux aussi condamnés à mort alors que trois des membres de la bande réussissaient à échapper à la justice.
Les sept inculpés présents devant la Cour de Justice des Ardennes furent condamnés à mort, à la dégradation nationale, et à la confiscation totale de leurs biens le 7 juin 1946. Paoli fut exécuté à Bourges le 15 juin. Les quatre plus jeunes membres de la bande furent graciés et leur peine fut commuée aux travaux forcés à perpétuité ; Rutz et Ballereau furent fusillés à Nancy au mois de septembre de cette même année, après avoir refusé de signer leur demande de recours en grâce.

Sur ce sujet : Article 75. La collaboration et sa répression dans les Ardennes (1940-1948)


 A gauche : Pierre Paoli, sous son uniforme de la SS. A droite, les victimes de la bande au Bossu, à Gaulier (photo: M. Léonard)


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