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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

8 février 2007 4 08 /02 /février /2007 17:07

Sur un des piliers du pont, la plaque inaugurée en 1964

En juin 1944, les groupes FTP de la vallée de la Meuse commandés par Georges Thévenin et Jules Bourgeois (« Judex ») étaient unifiés sous la dénomination de 1ère Compagnie FTP – Zone nord des Ardennes.

Le 1er septembre 1944 au matin, en pleine déroute, les Allemands faisaient sauter tous les ponts sur la Meuse pour retarder l’avancée des blindés américains et protéger leur fuite. Celui reliant Braux à Levrézy venait de sauter lorsque les FTP de Braux vinrent avertir Judex qu’une automitrailleuse chargée d’explosifs se dirigeait vers le pont de chemin de fer reliant Bogny à Château-Regnault. Après une tentative infructueuse de destruction du véhicule ennemi avec un bazooka, les FTP abrités derrière les maisons en bordure de Meuse ouvraient le feu sur les artificiers. Un Allemand fut tué, trois autres blessés. L’ennemi recula, abandonnant la place.

Il revint le lendemain, vers 11 heures, un groupe d’artificiers minant les piles du pont. Judex disposa ses hommes sur les hauteurs rocheuses des Quatre Fils Aymon et les tireurs ouvrirent un feu nourri. Le groupe des Vanelles, un groupe indépendant qui s’était constitué autour d’une vieille mitrailleuse de la Première Guerre découverte dans les bois et remise en état, les seconda en installant leur arme à la roche de l’Hermitage, tandis que quelques FTP sans armes envoyés sur l’autre rive du fleuve faisaient exploser des cartouches dans des feux, afin d’impressionner l’ennemi et le tromper sur le nombre des défenseurs. Les Allemands, laissant un mort et emmenant plusieurs blessés, se replièrent dans le tunnel. Alors que Judex envoyait quelques estafettes afin de prévenir chacun de ne point se découvrir, un tireur isolé près de la gare abattait Ange Pavone, blessait Maurice Villière et Antoine Barral.

L’assaut de la gare qui suivit permit aux FTP de récupérer près de quatre tonnes d’explosifs qui furent immédiatement évacués et dissimulés.

C’est alors qu’une compagnie allemande qui se repliait vers la Belgique fut accrochée par un groupe sur les hauteurs de Levrézy et redescendit sur Château-Regnault, rassemblant des civils qui furent enfermés dans l’église et dans un garage attenant, menaçant de les fusiller en cas de nouvelle attaque.

« Je me rendis alors devant l’officier allemand qui me demanda de cesser le feu, me refit la même menace, mais ajouta aussitôt qu’il relâcherait les otages si je m’engageais à les laisser passer avec sa compagnie. Je lui donnais ma parole à condition qu’il relâche les otages et qu’il ne tente rien contre le pont de chemin de fer. “D’accord pour les otages”, me dit-il, “mais pour le pont, ce n’est pas mon secteur. Si je rencontrais la moindre résistance, je pourrais tout saccager, ce sont les ordres”. Je lui répondis que s’il voulait mettre ses menaces à exécution, aucun d’eux ne sortirait vivant, que mon effectif était important et que d’ailleurs il devait attendre une heure pour que je prévienne mes troupes (3000 environ sur 30 km2). Convaincu de la véracité de mes paroles, il accepta mes conditions. » Un bluff magnifique : l’effectif des FTP n’excédait alors pas 40 hommes mal armés… « Nous disposions de vingt deux fusils dont deux tenaient avec du fil de fer, d’une mitrailleuse avec des cartouches qu’il nous fallait passer au papier de verre tellement elles étaient couvertes de vert-de-gris, de quelques grenades et de deux mitraillettes Sten. »

Devant la gravité prise par les événements, Judex envoya deux agents de mission pour toucher Prisme, commandant du maquis des Ardennes qui stationnait aux alentours de Hautes-Rivières, et lui demander de lui envoyer cinq hommes armés, un fusil mitrailleur et une pile pour le bazooka qui refusait de fonctionner. Prisme lui fit répondre « qu’il n’avait pas d’ordre à recevoir d’un lieutenant » et refusa le soutien demandé.

Le lendemain, 3 septembre, Judex fut prévenu que treize automitrailleuses descendaient vers Levrézy. Il délégua de nouveau deux estafettes auprès de Prisme pour demander que Georges Thévenin, son vieux compagnon d’arme qui avait rejoint le maquis des Ardennes, lui fût envoyé en renfort, lui précisant l’urgence et la gravité de la situation. « Peut-être a-t-il mal compris mon appel au secours, n’a-t-il pas mesuré l’importance de la défense de ce dernier pont sur la Meuse, permettant le passage vers la Belgique, il me fit réponde que “quand on ne peut pas se défendre, on n’attaque pas” ».

Le combat fut engagé. Le groupe de Robert DI Gracia parvint à stopper quatre véhicules ennemis près du cimetière de Levrézy, tandis que celui de Raymond Barral et Christian Tisseront, en position dans une usine désaffectée, harcelait ceux qui continuaient leur route vers le pont dont la destruction restait l’ objectif final. En butte à cette résistance inattendue, les Allemands incendièrent plusieurs maisons de Levrézy, dont celle du FTP Jean Brasseur, qui s’élança pour venir en aide à sa famille. Arrêté et fouillé par les Allemands qui découvrirent un pistolet dont il avait négligé de se débarrasser, il fut immédiatement fusillé devant sa femme et ses enfants.

Judex fit replier son dernier groupe et décida d’essayer, avec Christian Tisseront, de joindre l’avant-garde des blindés américains qu’il savait proche de Nouzonville. Partis en moto, c’est après avoir essuyé des tirs à l’entrée de ce bourg qu’il remontèrent vers Arreux où il firent leur jonction avec une unité américaine qui bivouaquait. Judex parvint à convaincre un officier de les suivre, l’ordre fut enfin donné à une automitrailleuse de les accompagner jusqu’à Château-Regnault. Leur apparition dans le village fut suffisante pour faire fuir les Allemands. Les Américains découvraient alors un pont intact sur la Meuse, passerelle providentielle qui allait leur permettre de poursuivre leur marche vers l’est.

Les citations sont tirées de la relation écrite de Jules Bourgeois : « La défense du pont de Château-Regnault par la 1ère Cie FTPF des FFI des Ardennes ». 6 pages dactylographiées, sans date.

 

Le pont de chemin de fer de Château-Regnault, dominé par les Quatre Fils Aymon, à Bogny.

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Published by philippe lecler - dans Des lieux
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commentaires

Laly 15/06/2015 22:12

Bonsoir, vous parlez de mon arrière grand père dans cet article: Christian Tisseront