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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 12 mai à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Grégory Kaczmarek : "La grande grève revinoise de 1907 : cinq mois de combats ouvriers".

Vendredi 16 juin à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Philippe Lecler : "Pol Renard, un héros de la Résistance".

 

 

24 août 2006 4 24 /08 /août /2006 07:20

La mort de Fontaine se situe dans la cadre de l’affaire dite « des parachutistes ». Celle-ci est connexe à deux autres affaires menées par la Gestapo (je devrais dire les Gestapos) française. L’article qui suit ne fait que retracer les grandes lignes d’affaires assez complexes et souligne les liens qui les unissent. Ces affaires menèrent directement aux arrestations dans les Ardennes, dans l’Aisne et à la mort d’Emile Fontaine.

 

- L’affaire de la « French Section », printemps - été 1943. La Gestapo démantèle le réseau SOE Prosper. Des centaines d’hommes sont arrêtés, des tonnes d’armes parachutées par les services britanniques et cachées par la Résistance sont récupérées.
Cette opération donne aux services secrets allemands l’idée d’aller plus loin : ne pas seulement réprimer les activités de résistance mais les prévenir, ne plus rechercher les caches d’armes, mais récupérer celles-ci « à la source », dès leur parachutage. C’est le début de la deuxième affaire.

- L’affaire des contre-parachutages, juin 1943 - juillet 1944. Par un audacieux Funkspiel mené grâce à l’aide d’un opérateur radio britannique retourné, les services allemands entrent directement en contact avec Londres. Se faisant passer pour un groupe de résistance bien organisé, la Gestapo organise un faux réseau avec de vrais résistants et réclame des armes… Dans l’Aisne, et notamment dans la région d’Hirson, les hommes de la Gestapo se présentent aux groupes locaux de résistance comme des résistants « venus de Paris », ils forment des équipes de réception des parachutages composées de (vrais) résistants qui vont dès lors travailler uniquement pour eux (et en toute bonne foi)… Le jeu va durer jusqu’en juillet 1944. Ce sont les Allemands qui y mettront eux-mêmes fin. Londres n’y verra que du feu, leur livrant des tonnes d’armes, des agents parachutés seront même réceptionnés sur les terrains et iront travailler sans le savoir pour la Gestapo...

- L’affaire dite « des parachutistes », mars - avril 1944. En décembre 1943, Adrien Fournaise est arrêté par la Gestapo (dans le cadre de l’affaire de la « French Section » ?). Chef de secteur de Signy-l’Abbaye et de deux cantons de l’Aisne, il dirige une filière de réception et d’évacuation d’aviateurs alliés. Son arrestation coupe la filière de ses contacts. Son successeur, Emile Fontaine, doit trouver de nouvelles voies pour évacuer les aviateurs. Un de ses lieutenants rencontre le chef des équipes de réception de parachutages d’Hirson et lui demande de soumettre leur problème à ses « chefs » venus de Paris. Ce qui est fait. Á Paris, le SD délègue sur cette affaire l’équipe de René Launay, de la Gestapo de l’avenue Foch. Début mars, René Launay rencontre Fontaine qui lui expose ses difficultés. Cinq rencontres auront ainsi lieu, les hommes de Launay embarquant les parachutistes de l’Aisne, mais aussi ceux des Ardennes, Fontaine mis en confiance ayant présenté à Launay Roger Mathieu, de Charleville, qui s’occupe de l’organisation de la filière pour ce département. Des aviateurs sont ainsi récupérés à Charleville, Sedan, Ecordal, Alland’huy, Amagne (sans parler de ceux cachés dans l’Aisne). Chaque fois le chauffeur de la camionnette qui les prend en charge est Henri Nicolas (une camionnette prêtée par le très controversé ferrailleur milliardaire Joinovici).

Fin mars, la Gestapo connaît tout l’organigramme de la filière, tous les contacts, tous les lieux d’hébergements et décide d’y mettre fin. On connaît la suite. Fontaine tué, Roger Mathieu arrêté (fusillé à Tournes le 29 août), d’autres appréhendés à Sedan, Attigny, Ecordal, Alland’huy (voir Ami, si tu tombes)…
Le bilan de la répression pour l’Aisne est de 27 parachutistes déportés, 22 résistants arrêtés (14 déportations, 10 morts).
Dans les Ardennes, il reste à établir, mais il est à peu près certains que toutes les arrestations du printemps 44 sont imputables à cette affaire ou à ses suites. Des recherches en cours devraient donner lieu à une publication complète sur le sujet.

Il n’est pas question d’accabler Emile Fontaine. Comme tous les autres (y compris les services secrets britanniques), il a été berné, manipulé, et personne n’a rien vu, personne n’a, à un moment ou à un autre, tiré la sonnette d’alarme. Comme tous les autres, il a agi en toute bonne foi et fait ce qui lui semblait le mieux pour pérenniser l’activité de sa filière. Il n'a fait que son devoir.

 

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Published by philippe lecler - dans Des hommes
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