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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 18:43

     Fin avril 1942, Adelin Husson quitte Liège vers Arlon. Il ne s’agit pas d’un voyage exceptionnel. Adelin se rend régulièrement dans le chef-lieu de la province de Luxembourg.

Lors de son retour à Liège, il apprend l’arrestation de son épouse, de sa fille et de son fils et de certains de ses compagnons. Adelin Husson n’est pas étranger aux mouvements de résistance. Il en est déjà membre dans la région liégeoise. En plus de ce rôle, Adelin, journaliste de profession,  a mis en place un réseau de presse clandestine dont la Churchill Gazette. Les exemplaires édités ainsi que d’autres journaux sont notamment distribués par les membres de sa famille.

Dès le mois de mai 1942, il est donc obligé d’entrer dans la clandestinité et s’installe dans le domaine du Banel en territoire français, à proximité de Chassepierre, son village d’origine. Tout en gardant le lien avec les membres de son réseau de Liège et d’Arlon, Adelin, dit « Georges » dans la résistance, entre en contact avec des groupes de résistants belges et français. Il devient, en outre, le chef d’une ligne de renseignements et d’action qui s’étend des provinces de Liège et de Luxembourg jusqu’aux Ardennes et Lorraine françaises. Au fil du temps, il ajoute l’aide aux réfractaires et aux aviateurs alliés.
L’action -présence de corps francs- nécessite de se procurer armes et munitions. Le 3 septembre 1943, suite à une dénonciation,  une partie des armes provenant des parachutages sur le
Monty à Muno est saisie par l’ennemi dans la cache du Banel. Le débarquement allié du 6 juin 1944 rend l’armement  de plus en plus indispensable. Les Allemands le savent aussi. C’est pourquoi ils introduisent leurs agents dans la résistance locale. L’un d’eux, un Belge, promet au Banel la livraison d’armes, demandée par le maquis, pour deux mille cinq cents hommes. D’où le large effectif allemand -environ deux mille soldats- du 18 juin 1944. Les maquisards, eux, ne sont que quatorze dans les trois cagnas. Du renfort extérieur est donc engagé pour réceptionner les armes près des étangs du domaine.

Mais à l’aube du 18 juin, les bois du Banel et du Buchy sont encerclés par l’armée allemande. Des arrestations se succèdent  à l’approche  de la zone. Des coups de feu retentissent et alertent les résistants. Progressivement, l’étau se resserre autour des clandestins. Aucune issue n’est vraiment envisageable…

Tous sont pris, excepté Jean Cazes qui s’est réfugié dans un arbre. Jacqueline Ezannic et son frère Pierre, Marguerite Van Bever et quatre aviateurs américains ( Ralph Sack, Gordon McIntosh, Edward Zabinski et Harold Butler ) sont emprisonnés. Pierre meurt en Allemagne, les autres sont libérés à la fin de la guerre. Les réfractaires du Buchy : André Poncelet, Fernand Blaise, Armand Polèse et Casimir Rzepecki sont massacrés. Adelin et son fils Jules qui s’était échappé de la Citadelle de Huy en juillet 1942 sont abattus ainsi qu’André Lejeune revenu dormir chez ses parents et Aimé Houlmont venu en renfort. Le corps d’Adelin Husson ne sera jamais retrouvé. Le corps franc de Williers, dont les cagnas se trouvaient à gauche de la route Florenville-Carignan, échappe à l’encerclement du maquis.

A la tombée du jour, les tortionnaires quittent les lieux.
La chasse aux maquis avec infiltrations, dénonciations et délations, l’imprudence de certains résistants ont fait du 18 juin 1944 un jour long et douloureux pour les victimes, les détenus et leur famille.

Adelin Husson, fondateur et chef du maquis du Banel, et  son fils Jules ; tous deux tués par les Allemands le 18 juin 1944.

 

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