Le 29 août 1944, à Tournes, au lieu dit du « Bois de la Rosière », les Allemands en déroute massacrent 13 patriotes tirés de leurs cellules de la prison de Charleville. A cette date, les chars américains sont aux portes du département. Les Allemands vont accompagner leur retraite d’un certain nombre d’exactions et d’exécutions sommaires de civils, comme ici, à Tournes, mais aussi à Floing et à Hargnies, ailleurs encore.
Ainsi, à la veille de leur départ, les Allemands sortirent de leurs geôles 13 patriotes détenus dans la prison de la place Carnot de Charleville, sur la cinquantaine qui y étaient présents. Conduits au lieu-dit « le Bois de la Rosière » à Tournes, ils furent extraits des véhicules et abattus. Ce massacre fut semble-t-il décidé par une unité de la Gestapo d'Orléans alors stationnée à Charleville, en repli devant l'avance américaine, et en représailles de la destruction, par la Résistance, des 13 autocars qui devaient emmener les prisonniers vers l'Allemagne. En effet, quelques jours plus tôt, Lydia Colin, dite « Lyli », agent de liaison du Comandant Fournier, avait-elle appris par un Allemand que tous les prisonniers résistants de la prison de Charleville allaient être transférés sur l’Allemagne et que des véhicules étaient prêts pour entreprendre ce voyage. Elle prévint aussitôt ses chefs qui décidèrent de la destruction des autocars. Le sabotage fut organisé par l’équipe de Marco, avec la participation active de Lyli.
Dans l’impossibilité de transporter les prisonniers, les Allemands sur le départ leur ouvrir les portes de la prison, non sans avoir auparavant choisis 13 personnes, 11 hommes et 2 femmes, sur qui allaient s’abattre la vindicte de la SS. Treize personnes... Autant que d’autocars sabotés...
Mademoiselle Yvonne Mangin est employée depuis le mois de mai 1944 à la prison de
Charleville, s'occupant du ménage et de la cuisine. Ces fonctions vont lui permettre de vivre intensément ces événements par de nombreux contacts avec les prisonniers jusqu'à ce 29 août où les
Allemands vont quitter les lieux.
« A chaque arrivée de prisonniers, les noms étaient inscrits à la craie sur un tableau. Je craignais d'y voir apparaître un nom connu parent, ami, voisin. Les repas étaient constitués d'une soupe de légumes transportée dans de grands faitouts par des prisonniers accompagnés d'un gardien. A cette occasion, certains me passaient des messages à la cuisine que je cachais dans mon corsage. Après le travail, j'en faisais le tri à la sauvette dans un café, rue de la Poste, et je les postais ou je les distribuais; notamment rue Bourbon, à l'épouse de M. Roger Mathieu. Je glissais les réponses sous les portes des cellules ou bien je les renseignais en chantant, j'étais comprise des prisonniers, mais pas des Allemands. Parfois la prison résonnait des cris et des coups portés lors des interrogatoires. M. Louis Manon accordait le piano de la salle à manger où l'on servait 12 officiers. Roger Mathieu, coiffeur de profession, coupait les cheveux du chef de la prison. Comble de la cruauté : celui-ci se fit coiffer le matin du 29 août. Une certaine fébrilité règne le 28. Dans le milieu de la matinée du 29, le chef de la prison fait sortir onze hommes et deux femmes des cellules. Dans le couloir, il bouscule un homme et lui projette violemment la tête contre le mur. De la cuisine, j'observe la scène et sors dans la cour en pleurant. Quelques soldats gardent la porte, les prisonniers sont alignés au fur et à mesure de leur sortie le long du mur. Un fourgon cellulaire est garé dans la cour. Ils montent un à un comme des écoliers dans le véhicule. Guy Roy sera molesté une dernière fois devant ses camarades impuissants. Roger Mathieu est le dernier, il me jette un regard qui semble être un dernier adieu. La porte du fourgon se ferme. C'est fini. Il quitte la prison par la rue du Palais de Justice. La prison sera vide le soir. Lorsque je la quitte à 18 heures, devant la porte, un homme pleure seul dans la rue. Il attend en vain son épouse. Séparé d'elle en cellule, M. Ognois ignore le sort qui a frappé Marie-Thérèse au Bois de la Rosière. »
Le fourgon qui emmène les prisonniers, encadré de deux tractions-avant, se dirige vers Tournes. Puis les voitures s’engagent dans un chemin conduisant à la ferme du Bourriquet. Des témoins sont présents. Mme Vereeck :" De la cour de la ferme, nous remarquons une traction - avant noire qui s’arrête sur le chemin dans le haut du Bois ».
Henri Meert vient au ravitaillement à la ferme en vélo depuis la Bellevue du Nord. « Je débouche sur le chemin et suis arrêté par un officier allemand qui m'ordonne de m'éloigner. J’aperçois des voitures et un fourgon cellulaire arrêtés prés du bois. Je réalise immédiatement ce qui va se passer Je pars rapidement avec mon vélo par le pré en longeant le ruisseau et rejoins la ferme pour donner l’alerte ». D’autres racontent :
« Nous entendons alors crépiter les premières rafales de mitraillettes. Puis d'autres, espacées. Les voitures partent en reculant rapidement vers la route nationale. Silence. Nous sommes inquiets car la route nationale proche est sillonnée de toutes sortes de véhicules et de soldats qui refluent vers l’est emmenant l’armée allemande en déroute. De même dans la campagne. Les hommes de la ferme partent en reconnaissance. Rien sur le chemin. Ils voient une main qui bouge dans les taillis et découvrent un blessé qui gémit "A l’aide, à boire ". Il est grièvement blessé. Plus loin, d'autres, fauchés deux par deux. Nous dénombrons douze morts dont deux femmes. Certains ont tenté de s’enfuir. Plusieurs ont reçu le coup de grâce. Une femme a voulu se protéger le visage et a reçu deux balles dans l’avant-bras. Une autre plus jeune a la moitié du visage emportée par une décharge en pleine bouche. Scène atroce qui laisse présumer de grandes souffrances physiques et morales pour ces treize patriotes. On imagine les premiers sortant du fourgon sans savoir; les autres attendant leur tour. »
Guy Roy, avant de mourir, expliquera :
Hommage aux martyrs sera rendu avec l’érection d’un monument inauguré, à Tournes, le 31 août 1947 portant les noms des victimes dont les noms suivent.
Les fusillés du Bois de la Rosière. Sur cette photo, l’homme au premier plan est Henri Moreau, chef du BOA de la Marne et des Ardennes, arrêté en gare de Chalons /
Marne le 1er janvier 1944 sous une fausse identité. Emprisonné à Charleville, les Allemands qui le recherchaient ignoraient détenir l’homme dépositaire de tous les secrets de
l’organisation de la Résistance dans la région. Il se laissa pousser la barbe en cellule, de crainte d’être reconnu par un de ses co-détenus qui aurait pu ainsi monnayer sa liberté au prix
fort…
Les témoignages sont tirés de la brochure réalisée avec le concours de la commune de Tournes par C. Ascas, J. Genon, C. et M. Thiéry, M. Woirin, « 29 août 1944, massacre au Bois de la Rosière »
Pour en savoir plus, rendez vous sur les pages richement illustrées du site de Jocelyne et Jean-Pierre Husson :
http://www.crdp-reims.fr/memoire/enseigner/memoire_resistance/resistance/schneiter_andre.htm
http://www.crdp-reims.fr/memoire/enseigner/memoire_resistance/resistance/remois_tournes.htm
http://www.crdp-reims.fr/memoire/lieux/2GM_CA/monuments/bois_de_la_rosiere.htm
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Etant adjoint au Maire de la commune de Nouic en Haute-Vienne(son lieu de naissance)j'ai persuader le conseil municipal de la nécessité d'avoir une rue Henri Moreau pour honorer sa mémoire et transmettre le devoir de mémoire et l'action de la résistance aux plus jeunes; ce qui a été chose faite avec l'inauguration de la rue Henri Moreau le 08 septembre 2007 avec la participation de l'ANACR et des enfants de l'école qui ont chanter la Marseillaise.
Monsieur Marc Hamel, ancien Maire de Mornac(16) et fils d'un des compagnons de cellule de Henri à Charleville a lu un poème pendant la cérémonie; ce fut un moment très intense pour tous!
J'en profite pour remercier très chaleureusement toutes les personnes qui ont participer à cette cérémonie!