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Les abeilles

Et je sais qu’il y en a qui disent : ils sont morts pour peu de chose. Un simple renseignement (pas toujours très précis) ne valait pas ça, ni un tract, ni même un journal clandestin (parfois assez mal composé). A ceux-là il faut répondre :
« C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »
 
Jean Paulhan
« L’abeille », texte signé "Juste", paru dans Les cahiers de Libération en février 1944

Les rendez-vous

Vendredi 10 mars à 18 h, aux Archives départementales à Charleville-Mézières, dans le cadre des vendredis de l'histoire de la Société d'Histoire des Ardennes, conférence de Xavier Chevalier : "Le Kronprinz, mythes et réalités".

 

 

 

26 novembre 2005 6 26 /11 /novembre /2005 08:37
On se souvient de l’attentat commis par Fabien dans le métro Barbès à Paris, le 21 août 1941, qui marquait, de façon fracassante, l’entrée des communistes dans la lutte armée contre l’occupant.
Trois autres allemands furent tués entre le 22 juin et le 22 octobre 1941 dans des attentats individuels commis par de jeunes communistes enrôlés par Fabien dans les « Bataillons de la jeunesse » : le 15 septembre, le capitaine Scheben, de la Transportkommandantur, à Paris encore ; le 20 octobre, le Feldkommandant de Nantes Fritz Hotz ; à Bordeaux, le conseiller d’administration militaire Reimers le 21 octobre…
En représailles, le 22 octobre, les Allemands fusillaient 21 otages à Nantes, 27 à Châteaubriand, puis encore 50 à Souges le lendemain. Ces exécutions allaient développer dans les rangs de la Résistance le débat amorcé après l’attentat du 21 août : fallait-il ou non tuer des Allemands, comme les dirigeants communistes en avaient donné l’ordre à leurs groupes armés (sans d’ailleurs jamais revendiquer leurs actions en cet automne 41) ? Puis, à la Libération, les 27 de Châteaubriand allaient symboliser, par un singulier détournement de la mémoire communiste, l’entrée précoce de l’engagement du parti « des 75 000 fusillés ».
Revenant sur la formation des Bataillons de la jeunesse, le sens de leur action, la traque dont leurs jeunes combattants allaient faire l’objet, sur fond de lutte entre les différents services de police antiterroristes créés par l’État français à cette occasion, Le sang des communistes est aussi, et avant tout, un livre sur l’instrumentalisation de la mémoire à des fins partisanes.
« Si les otages de Châteaubriand monopolisent la lumière mémorielle, les pionniers de la lutte armée, les auteurs des attentats à l’origine des représailles sont eux, depuis des lustres, laissés dans un brouillard épais. Le Parti ne laissa filtrer la vérité sur l’attentat de Nantes qu’en 1950. Pire, les auteurs de cet attentat, Gilbert Brustlein et Spartaco Guisco, sont traînés dans la boue lorsque l’on daigne parler d’eux. Et qui se souvient de leurs camarades de combat, fusillés en mars et avril 1942 après avoir été traqués et arrêtés par une police qui de son côté honore ses propres martyrs, mais jamais ses victimes, notamment la quasi-totalité des jeunes combattants des bataillons de la jeunesse et les membres du commando de Nantes arrêtés par les policiers de la police judiciaire et des Renseignements généraux de la préfecture de police ? »
 
J-M. Berlière et F. Liaigre, Le sang des communistes. Les Bataillons de la jeunesse dans la lutte armée. Automne 1941. Éditions Fayard, 2004.
 
À signaler, le site internet consacré à la mémoire des fusillés des bataillons de la jeunesse.

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Published by philippe lecler - dans Bibliographie
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