Juillet 1940 - Décembre 1943. Si la défaite de la France a mis fin aux hostilités sur le sol national, la guerre ne s'en poursuit pas moins entre les belligérants européens, particulièrement par la voie aérienne. Les affrontements meurtriers entre bombardiers alliés et chasseurs allemands ont laissé de nombreuses traces dans nos régions. Francoise et Pierre Roger se sont efforcés de les recenser pour les Ardennes, dans un ouvrage où le sujet est traité de manière particulièrement exhaustive.
(Chez les auteurs ou dans toutes les bonnes librairies)
Je le tiens enfin ce fameux « livret bleu » (voir première partie). Déception. Il ne s’agit pas d’une brochure consacrée aux Manises, mais une revue publiée par l’ « Association Soutien à l’Armée Française » dont l’intitulé est « Mémoire et Vérité ». La mise au point voulue par les signataires du collectif dont nous avons parlé dans un précédent article y figure. Deux pages : « Le journal “Le Monde” et la Résistance ardennaise » dont le texte de protestation à l’adresse du quotidien, dont voici un extrait :
« Dans un article paru sur deux pages entières, le 1er juin 2004, sous le titre “Massacre dans les Ardennes”, un journaliste du quotidien “Le Monde” s’est permis non seulement de trahir la vérité historique dans l’évocation des faits, mais - et cela est très grave ! - de salir la mémoire d’authentiques résistants dont le chef, dans le “Maquis des Manises” fut le commandant “Prisme”, devenu plus tard le général de Bollardière. »
Protestation fondée puisque, malgré de nombreuses interventions, Le Monde n’a jamais daigné répondre aux remarques et indignations du collectif ardennais. J’ai déjà dit mes réserves quant à l’article en question, je n’y reviens donc pas, jugeant par ailleurs fort honorables la persévérance et la pugnacité des signataires.
Plus surprenante est la première partie de cet article, préambule signé par le correspondant de l’ASAF dans les Ardennes, le général Antoine de Pouilly. S’associant aux signataires, il rappelle très brièvement les faits. On peut y lire cette phrase qui propose une version inédite des causes du drame : « Malheureusement, dès le 9 juin, le commandant “Prisme” doit faire face à l’afflux spontané de deux cents jeunes gens non armés, non préparés au combat ; ses adjoints ne parviennent à en persuader qu’un tout petit nombre de rentrer chez eux. »
Abandonnée la dénonciation de Charton, qui aurait de son propre chef lancé un appel à la mobilisation générale. Cette version a le mérite de ne désigner aucun responsable : « afflux spontané », personne n’a lancé d’ordre, les jeunes sont montés d’eux-mêmes au maquis… le débat est clos... Bien qu’ historiquement correcte, cette nouvelle version est naturellement tout aussi fausse que la première et vise, encore une fois, à esquiver les responsabilités de l’état-major FFI, ainsi que les services londoniens de la France Libre (en l'occurrence le BCRA).
Je cite, entre autres, ce document (extrait de L’affaire des Manises, conservé aux Archives départementales, « Archives des FFI », cote 1293 W 4) : « Le 5 juin, lors de la visite de notre chef Grandval le maquis avait un effectif réduit (de 20 à 30 hommes). Le colonel Prisme descendu à Charleville pour converser avec Monsieur Grandval demandait d’élever l’effectif du maquis à 300 hommes. Au cours des conversations qui ont eu lieu entre Grandval, Prisme, Daniel [Delys] – chef départemental maquis – et Fournier, l’ordre nous fut donné de fournir à Prisme l’effectif demandé et d’envisager, si nous ne pouvions y parvenir par l’envoi de réfractaires, de mobiliser tout un secteur. » (p. 123, il s’agissait du secteur de Revin bien sûr).
La spontanéité fut un peu forcée. Quant à l’armement, où les jeunes, dans un pays occupé, pouvaient-ils le trouver, sinon au maquis ? La formation, où devaient-ils l’acquérir ?
Je re-cite le même ouvrage : « Quant aux moyens en armement et matériels de la mission Citronnelle [sic], ils sont énormes avant l’attaque du 12 juin. Le parachutage qui a lieu la nuit du 7 au 8 mai sur Bohémien apporte vingt-quatre containers ; Le 28 mai, sur Astrologie quatre-vingt-huit containers sont largués, quinze tonnes d’armes, dont armes antichars, quatre-vingt fusils mitrailleurs, avec munitions… Le plus gros parachutage que connurent les Ardennes. De quoi équiper mille cinq cents hommes… Lorsque le maquis doit décrocher dans la nuit du 12 au 13 juin, Prisme ordonne, après un complément de distributions, que les armes soient enterrées. Une corvée y est employée. » (p. 130)
J’arrête là. Je ne citerai pas ici le rapport de « Denain » à Grandval, du 22 juin 1944, qui est lui aussi suffisamment éloquent (publié in extenso dans le livre).
Il ne s’agit bien sûr pas ici de dénoncer qui que ce soit (surtout pas Jacques de Bollardière), ni de rétablir la « Vérité », ni de bafouer la « Mémoire », mais de rappeler quelques vérités historiques ancrées dans la complexité de cette période si difficile à appréhender. C’est, je le pense sincèrement, le meilleur hommage à rendre aux martyrs et aux combattants du maquis des Ardennes.
Illustration de Simon Cocu
Nous apprenons par la presse locale (L’Ardennais du 16 décembre) que le corps d’André Bousy a été exhumé de sa modeste tombe et inhumé à nouveau au carré militaire du cimetière de Givet Saint-Hilaire.
Ceux qui ont lu Article 75 se souviennent peut-être de ce
résistant givetois tombé sous les balles allemandes le 27 juillet 1944 après avoir exécuté de plusieurs balles de revolver le milicien Raymond Gachet, avec la complicité de Louis Villeval (dont
on peut regretter que l’article cité ne fait aucunement mention), qui fut lui aussi tué ce jour-là. Tous deux appartenaient au groupement de Résistance commandé par Jean Vigneron, chef FFI du
secteur de Givet et responsable du mouvement Libération-Nord dans les Ardennes.
Des funérailles en grande pompes furent organisées avec représentation des dirigeants de la LVF et du PPF, ainsi qu'une délégation allemande. La population de Givet avait été conviée, le maire prononça un discours lors de la cérémonie.
Gachet fit la première page de l'édition du Petit Ardennais des 29-30 juillet, avec un article signé du secrétaire départemental de la Milice Française: « Le premier milicien des Ardennes mort au champ d'honneur », car Gachet avait adhéré à la Milice dès son installation dans le département, au début du mois de juin […].
Le surlendemain, un nouvel article intitulé sobrement « Raymond Gachet » dressait le portrait du défunt. »
(Extrait de mon article : “Résistants et collaborateurs dans la pointe de Givet (1942-1944)”, Terres ardennaises n° 77, décembre 2001)
Une rue de Givet va désormais porter le nom d’André Bousy (Bousy avec un S et non, comme écrit jusqu’ici avec un Z). Il est dommage que le nom de Louis Villeval n'ait pas été
associé celui d'André Bousy dans cette reconnaissance posthume.
Pour mémoire, je rappelle que l’épuration extrajudiciaire fit, sous l’Occupation, 6 victimes à Givet ; soit le tiers de celles que j’ai recensées pour le département.
Carte de voeux envoyée par
un prisonnier français du Stalag VII-B à sa famille résidant à Thugny-Trugny (près de Rethel) pour la Noël 1942.Après la défaite de 1940, la France compte 1 600 000 prisonniers en Allemagne.
Les ouvrages sont cités dans l'ordre chronologique de leur publication. Le choix des limites chronologiques est assez arbitraire, l'année 2000 a le mérite de trancher une période et de marquer une rupture chronologique nette. De toutes façons, les publications sur cette période, dans notre petit département, ne sont pas légions et n'encombrent pas les fonds de bibliothèque, le choix d'une date de rupture est donc purement formelle.
Couvrant une longue période de l'histoire, du début du XIXe siècle à la Libération, l'ouvrage contient un chapitre sur la Résistance, celle-ci n'étant plus seulement considérée comme un mouvement de libération national, mais aussi comme un instrument d'émancipation pour la classe ouvrière. Henri Manceau (1907-1986), professeur à l'École normale de Charleville et historien du mouvement ouvrier, place la Résistance des communistes et celle des FTP au centre de la lutte populaire contre l'occupant, non sans afficher clairement ses solides convictions d'historien formé à l'école marxiste.
On mesure, à la lecture de ces lignes, l'évolution de l'historiographie de la Résistance depuis la fin des années 60.
Ainsi est mise en avant l'action, dès avant le 22 juin 1941, des communistes ardennais, cheminots, métallos, frappés par la répression policière de Vichy et celle des Allemands ; la naissance des FTP et leur implantation dans le département, l'ostracisme (supposé ou réel) dont ils furent victimes de la part des autres mouvements. L'exposé est donc, de façon assez nette, partisan et vindicatif, reflet aussi des tensions et des engagements de son époque.