Une thématique qui peut offrir aux candidats de nombreux sujets d'études dans notre département, ne serait-ce qu'en raison de la particularité de sa position géographique doublement frontalière (avec la Belgique, entre la zone interdite et la zone occupée...)
On notera que le livre de C. Dollard-Leplomb "Sauveteurs d'étoiles en Ardennes" figure dans la bibliographie recommandée aux participants.
Avril 1944 : La Gestapo de l'avenue Foch, infiltrée, décime la Résistance
ardennaise...
La répression à Sedan et à Charleville...
Á la
mi-février de 1944, plusieurs forteresses volantes s'étaient écrasées dans la région de Sedan. Quelques aviateurs, indemnes, s'étaient échappés des appareils en flammes et avaient trouvé asile
dans des fermes environnantes.
La Résistance locale ayant été contactée pour leur venir en aide avait délégué Jean-Marie Chardenal, agent du service de renseignement du maquis du Banel, qui dans de tels cas s'occupait plus particulièrement de leur trouver des lieux d'hébergement et d'assurer leur subsistance. Avec son ami René Schewe, garagiste place Nassau à Sedan, Chardenal se rendit, le 20 février, à Vendresse (chez le boulanger, M. Corniquet) pour recueillir sept aviateurs américains. Le même jour, Alfred Desson, mécanicien à Sedan, alla chercher un officier américain recueilli par le garde des Eaux et Forêts du Mont-Dieu. Le 1er mars encore, René Schewe allait rechercher cinq pilotes américains regroupés à la ferme de Bar, chez Gaston Saunois, qu'il conduisit, sur leur demande, en Belgique, à Muno.
Chardenal sollicita les membres de la résistance de Sedan pour assurer un hébergement à ces naufragés du ciel. Lui-même en garda quelques-uns, d'autres furent
placés chez René Schewe, chez Henri Baudry, mécanicien à Torcy, chez Alfred Desson, chez l'épicier Francesco Carrera (qui depuis la fin de 1943 en avait
déjà hébergé une quinzaine), chez Paul Dubois enfin, artisan à Sedan et ancien agent de liaison entre les groupes français et belges affiliés au réseau
Prosper.
Au début du mois de mars, le chef de secteur de Sedan reçut la visite de Charles Saint-Yves et lui indiqua la situation de ces aviateurs
dont il ne savait que faire.
« Il me dit que par l'intermédiaire du centre de la Résistance de Charleville, il serait possible d'obtenir un camion qui viendrait chercher ces Américains. Je conduisis Charles chez Jean-Marie Chardenal. Ce dernier prit rendez-vous à Charleville pour le lendemain. Quelques jours après, Jean-Marie Chardenal ayant regroupé ces huit Américains chez M. Paul Dubois à Torcy, le camion demandé à Charleville vint effectivement les chercher. » Faut-il préciser que le camion était celui envoyé de Paris, dont le chauffeur, Henri Nicolas, poursuivait sa sinistre besogne ? « Une semaine environ après, le même chauffeur qui conduisait le camion vint avec une voiture de la Gestapo pour arrêter Jean-Marie Chardenal, Alfred Desson, Paul Dubois, Henri Baudry, Jean Rolland, qui tous les cinq avaient logé ou ravitaillé ces Américains, et avaient été vus par le chauffeur du dit camion le jour de leur départ. »
Ainsi, le 31 mars 1944, le lendemain de la mort de Fontaine, la Gestapo de l'avenue Foch commençait son ratissage dans le
milieu des résistants ardennais, repassant partout où, sur les indications données en toute bonne foi par Fontaine, Mathieu, ou Saint-Yves, des aviateurs avaient été récupérés. Toutes les personnes rencontrées par Nicolas furent arrêtées, à l'instar de Jean Rolland,
garagiste à Torcy, qui avait dépanné le camion de Nicolas le jour où celui-ci était venu chercher les Américains.
René Schewe échappa aux griffes de la Gestapo, tout comme Francisco Carrera, dont Nicolas ignorait probablement l'existence. Alfred Desson, alors qu'il était incarcéré, parvint depuis sa cellule
à faire prévenir M. Théo, garde des Eaux et Forêts au Mont-Dieu, des soupçons qui pesaient sur lui, ce qui lui permit de fuir à
temps.
Ce même jour fut arrêté par la police allemande Émile Lambert, loueur de voitures à Charleville, puis le lendemain,
1er avril, Roger Mathieu fut à son tour appréhendé à son domicile.
À la suite des enquêtes menées par la Gestapo dans ce milieu, et des connaissances qu'elle en avait acquises, furent arrêtés d'autres personnes qui étaient, notamment, des relations de Jean-Marie Chardenal et des agents du service de renseignement du maquis du Banel : Pierre Robert, sous-chef de gare à Sedan, chargé de contrôler les transports militaires allemands au départ et au passage de la gare, arrêté le 31 mars ; Robert Wesse, élève-instituteur, arrêté le 1er avril ; Roger Willième, contrôleur technique à la SNCF à Sedan, membre de Libération-Nord, arrêté le 2 avril.

Paulette se souvient particulièrement d'un ramassage à la ferme du Chesnois, où elle était allée accompagner quelques aviateurs (selon Marcelle Fromentin, Nicolas vint au Chesnois en chercher 13, et un Français « gaulliste » cherchant à rejoindre Londres, vers le 15 mars), et où Nicolas, un homme grand, costaud, au crâne dégarni, était arrivé dans sa camionnette, un véhicule d'une couleur sombre et de forme oblongue. « Ça ferait un beau corbillard, non ? » avait-il demandé après avoir chargé ses passagers...
Deux des membres américains de l'équipage du B-17 "Suicide
Susan" furent hébergés par Paul et Blanche Sagnet à Ecordal, avant d'être rapatriés vers l'Angleterre via l'Espagne par le réseau Samson (Léonard Mac
Chesney, le premier debout à gauche, et Robert Hersh, le second en partant de la droite) (Photo : P. Delvaux)
Le 31 mars d'abord. Ce jour-là, vers 19 heures, Saint-Yves bavardait avec un ami sur la place de la mairie d'Attigny lorsqu'il fut
prévenu que la Gestapo, ou la Milice, perquisitionnait son domicile. Il prit aussitôt la fuite.
Un peu plus tard, quatre individus armés de mitraillettes firent irruption au domicile des époux Lambert, commerçants à Attigny. Ils commencèrent
par fouiller la maison, puis n'y trouvant rien de compromettant, demandèrent à Charles Lambert où se trouvait Saint-Yves, où étaient cachés les Américains
ainsi que l'argent et les armes reçus de Londres. Ils finirent par gagner la confiance de M. Lambert, qui observait le mutisme le plus complet, en lui déclarant qu'ils étaient de la Résistance,
« envoyés par les grands bureaux de Paris », pour cacher Saint-Yves que les Allemands recherchaient. Puis ils se firent rassurants :
« N'ayez pas peur, nous voyons à qui nous avons à faire. Nous avons vu que vous ne vendez pas les amis, aussi maintenant nous avons confiance en
vous. » Charles Lambert ne savait pas où était Saint-Yves, mais la Gestapo connaissait son rôle dans le réseau, et différa simplement son arrestation.
Ils se rendirent ensuite chez Henri Logeart, à Givry-sur-Aisne, que Nicolas avait déjà rencontré alors
qu'il allait chercher des aviateurs à la ferme du Chesnois. Il venait de sortir quand les miliciens pénétrèrent dans son domicile. De dépit, ils arrêtèrent sa femme.
Les quatre hommes se dirigèrent ensuite vers la ferme du Chesnois, où ils se livrèrent à une perquisition en règle, tenant sous la menace de leurs armes les hommes de la maison (Georges Fromentin, son fils Jean, ainsi que le commis de culture, Robert Couvin), et procédant à l'arrestation de deux aviateurs belges cachés dans la demeure. Vers 23 heures, d'autres individus armés rejoignirent les premiers, accompagnés par Jean Méréo qui croyait avoir à faire aux résistants qu'il connaissait et qui étaient déjà venus enlever des aviateurs.
La famille Fromentin fut cantonnée à l'étage de la maison, les autres s'attablèrent dans la cuisine et
ripaillèrent toute la nuit, jusqu'à six heures du matin, avant de quitter les lieux. Malgré cette épée de Damoclès suspendue au dessus de leur tête, car contrairement à Jean Méréo ils avaient
compris à qui ils avaient affaire, personne ne quitta les lieux.
Charles Saint-Yves
Le lendemain, 1er avril, à l'aube, sept individus armés se présentaient à la ferme de Jean Fricoteau, se déclarant
« amis » et demandant à ce dernier où était Saint-Yves et où étaient cachés les trois Américains qu'il logeait. Les visiteurs partirent sans avoir obtenu de réponses mais promirent de
revenir en fin de matinée. Trouvant à ce moment là porte close, Jean Fricoteau ayant pris la fuite, ils pénétrèrent par effraction dans la maison et se livrèrent à son pillage.
Un peu plus tard dans la matinée, Nicolas et quelques autres, accompagnés de Jean Méréo, se présentèrent à la ferme du petit-Ban, chez les Sagnet,
toujours sous le prétexte de rechercher Saint-Yves afin de le soustraire aux recherches des Allemands. Il y avait, attablé là, Marcel Picot, résistant FTP
rescapé du maquis de Launois et hébergé pour quelques jours avec son ami, René Delvaux, alors absent. Nicolas demanda à Picot s'il accepterait d'aller avec
eux à Charleville afin de récupérer des explosifs en vue d'effectuer un sabotage sur voie ferrée. Picot accepta et monta dans leur véhicule. Conduit à Charleville, il fut mené au siège du SD, avenue Nationale, et immédiatement mis en état d'arrestation. Méréo découvrit alors qui étaient ses amis. Il subit le même sort que Picot.
En fin de matinée, six tractions-avant, bondées de miliciens et d'Allemands bloquèrent les routes menant au Petit-Ban.
Nicolas procéda aux arrestations de Paul, Blanche et Madeleine Sagnet. Paulette fut épargnée.
La Gestapo attendit une semaine pour procéder aux dernières arrestations. Ce ne fut que le 6 avril au petit matin qu'elle se présenta à la ferme du Chesnois : arrivée de voitures remplies d'Allemands et de miliciens, arrestations des personnes présentes : Georges, Georgette, Jean et Lucienne Fromentin, Robert Couvin. La mère de ce dernier parvint à s'enfuir par une porte dérobée à l'arrivée des Allemands. L'épouse de Jean, Marcelle, qui était enceinte, fut laissée libre.
A la ferme du Chesnois,
avant les arrestations. En haut de gauche à droite : Charles Saint-Yves, un aviateur américain, Georgette Fromentin, trois aviateurs américains.
En bas de gauche à droite : Robert Couvin, Marcelle et Jean Fromentin, deux aviateurs américains (Photo : Robert Couvin).
Ce même jour, la Gestapo procédait aussi à l'arrestation de Charles Lambert, à Attigny.
Toutes les personnes arrêtées dans le cadre de cette affaire furent emmenées à la prison de Charleville et y restèrent enfermées jusqu'au 27 juin, date à laquelle les hommes furent transférés au camp de Compiègne et les femmes au fort de Romainville.
Le bilan de la répression fut très lourd...
A suivre... Vers la page 4
Retour sur la page 2
Icko, Rachel et Hélène sont inscrits sur le Mur des Noms du Mémorial de la Shoah, à ParisDu 12 au 26 janvier 2008, exposition à la bibliothèque de Rethel : "Hommage à la famille Cyminski"
Le "Dossier Cyminski" très bel album de 48 pages à l'iconographie très riche, dont le texte, revu, fut publié dans la revue Terres ardennaises (n° 98 de mars 2007) sera en vente à cette occasion (Edition "C'est arrivé près de chez vous").
Dimanche 27 janvier 2008 : Dépôt d'une gerbe au monument aux morts de Rethel puis dévoilement de la plaque posée au 1, rue Dubois-Crancé.
Ci-dessous les modalités de commande, à copier ou à recopier
Je désire commander --- exemplaire(s) du livre de 40 pages au prix unitaire de 10 euros (frais de port inclus)
Ci-joint mon règlement par chèque à l'ordre de l'association « C'est arrivé près de chez vous ».
Nom et prénom :........................................................................
Adresse :..................................................................................
Code postal et ville :..................................................................
Courriel : ..................................................................................
Tél : 03 24 30 20 08
Mort d'Émile Fontaine
Á la fin de 1943 et au début de 1944, la décision des alliés de mener contre le Reich une guerre totale avait entraîné une intensification des raids des bombardiers américains et britanniques outre-Rhin, avec pour conséquence la destruction de nombreux appareils, tant par la Flak que par la chasse allemande. Le problème de l'hébergement et de l'évacuation des aviateurs rescapés se posa alors à la résistance de façon aigue, d'autant que la police allemande avait opéré des coupes sombres dans les réseaux et les filières jusqu'alors utilisées
En janvier 1944, un résistant de Brunehamel, du groupe des FFI commandés par Émile Fontaine,
vint trouver Hector, responsable local d'un terrain de parachutages, qu'il savait en relation avec les « résistants parisiens » (en fait, les hommes du SD), pour lui demander s'il ne
pouvait l'aider à trouver une nouvelle filière d'évacuation pour 25 aviateurs alliés dont les appareils s'étaient écrasés et qui étaient alors cachés dans
des fermes de la région. Hector soumit cette requête à son supérieur, Blanchard, vrai agent de la Gestapo de l'avenue Foch et faux résistant, qui en référa à l'adjudant Placke.
Joseph Placke est né le 20 août 1897 à Osnabrück-haste. Il fit ses études à l'Ecole Normale des frères Maristes à Arlon, en Belgique, où il apprit le français. Mobilisé dans l'armée allemande lors de la guerre 1914-1918, il fut ensuite représentant de commerce. Mobisé dans la Geheime Feldspolizei (GFP) en Hollande en 1939, puis muté à Paris en juin 1940, il fut détaché à l'hôtel Lutétia, siège de l'Abwehr, au service III F, où étaient traitées les affaires relevant du contre-espionnage militaire. Nommé interprète, il participa à la première grande opération dirigée contre la Résistance par les services secrets de la Wehrmacht dans la cadre de l'affaire « Porto » (plus de 800 arrestations), puis il géra les dossiers des détenus destinés à la déportation en Allemagne sous le régime « Nacht und Nebel ».
Il fut ensuite responsable des opérations au sein des services du SD de l'avenue Foch, notamment lors de l'affaire de la French Section et de ses ramifications. Il fut arrêté par les Américains le 25 juillet 1945, en Italie, avant d'être transféré en France afin d'être entendu par la justice et dans différentes affaires relatives à la French Section, et dans le procès de la Gestapo française de l'avenue Foch, en mai 1949. L'homme qui avait dirigé l'action des auxiliaires français n'eut pas à comparaître et bénéficia d'un non-lieu la veille de l'ouverture de la session de la cour de justice de la Seine.
Les contacts pris sur le terrain entre les deux parties amenèrent la rencontre du lieutenant de Fontaine, Henri Daret, chef de centre à Brunehamel et de Michel Bouillon, agent de la Gestapo. Ce dernier rendit compte de l'entretien au commandant Kieffer, qui donna son
accord pour poursuivre l'opération, nommant l'adjudant Placke pour la mener à bien. Celui-ci s'adjoignit les services des Français René Launay, Robert Godinger,
et Henri Nicolas.
La Gestapo française de l'avenue Foch fut dirigée par René Launay, alias « Lauris », alias « René le dingue », qui s'était présenté au commandant Kieffer à l'été 1943. Launay était un ancien militant
d'extrême-droite. Membre du service de renseignements du Rassemblement National Populaire (RNP) de Marcel Déat, un parti de l'ultra collaboration, il fut envoyé aux allemands par les dirigeants
du parti.
Launay choisit les hommes avec lesquels il voulait travailler et réorganisa le groupe des auxiliaires français de la
Gestapo. Il reprit des « anciens » du service IV E qui travaillaient pour le docteur Goetz, tels Maurice Sion (jugé et fusillé le 5 mai 1950), Roger Dupré, René Lefèvre,
Jacques D'Archanches, Henri Brisson, Marcel Lebreton, Laboudie dit « Bouboule » (fusillé à la Libération), et les frères Jean et Michel Bouillon ( tous deux condamnés à mort et fusillés en
avril 1945), les frères Georges et Claude Ledanseurs (qui venait de la résistance et subirent le même sort que les précédents), Louis Blanchard...
Placé sous les ordres de Josef Placke, Launay enrôla une nouvelle équipe d'une dizaine d'hommes en qui il avait toute confiance, sorte de corps d'élite voué à la lutte contre la Résistance. Il recruta ainsi Maurice Bay, Henri
Nicolas, Henri De Corval, Robert Godinger dit « Darsac », Henri Seelen (ancien légionnaire d'origine néerlandaise), Pierre Loutrel (universellement connu après la guerre sous
son surnom de « Pierrot le Fou »), remplacé ensuite par Roland Sicard (commissaire de la Sécurité du territoire, résistant, infiltré sur ordre en mars 1944), Maurice Segaud (alias
Vuillemain).
Les séides de l'avenue Foch, pour leur peine, touchaient 10 000 francs par mois (une jolie somme de l'époque) Sans compter les frais annexes grassement remboursés, les primes, et le butin
prélevé sur les personnes arrêtées et à leur domicile, les perquisitions étant l'occasion de pillages en règle.
Une parenthèse qui me semble nécessaire... Le livre de P. Aziz, Tu trahiras sans vergogne (Fayard, 1970) relate l'affaire des contre-parachutages (p. 204 à 210) en mettant en avant l'action de la Gestapo de l'avenue Lauriston, sans jamais citer l'avenue Foch. Ce rattachement de cette Gestapo à l'affaire des parachutistes est une parfaite falsification. Comme on l'a vu, l'avenue Foch possédait sa propre équipe dirigée par René Launay : Aziz ne cite jamais ce nom ! Son sujet d'étude (la Gestapo de la rue Lauriston et son chef, Lafont) l'emporte sur la vérité historique : Aziz substitue la rue Lauriston à l'avenue Foch pour les besoins du récit. On comprend maintenant pourquoi Aziz n'a pas cité ses sources : elles ont été manipulées pour servir le dessein qu'il s'était fixé : écrire un livre sur « une Gestapo » célèbre en racontant des histoires édifiantes. Au mépris de la vérité historique. Que peut valoir le reste du livre ?
Au début du mois de mars débutèrent les premiers contacts entre Émile Fontaine et l'équipe de Placke, avec, à chaque retour vers Paris, l'enlèvement de plusieurs aviateurs dans une camionnette conduite, à chaque fois, par Henri Nicolas. Á chacune de ces rencontres fut dévoilée, un peu plus, l'organisation de la Résistance dans le secteur et dans les Ardennes. Ainsi à la mi-mars, les aviateurs cachés dans l'Aisne ayant été évacués, une rencontre fut organisée entre Fontaine et Launay, au cours de laquelle ce dernier fut présenté à Roger Mathieu, coiffeur à Charleville, et à Charles Saint-Yves, contrôleur régional au ravitaillement, domicilié à Saulces-Champenoises. Tous deux étaient responsables de l'hébergement et du transport des aviateurs par une filière qui avait des relais à Sedan et dans la région d'Attigny, le réseau Samson (« Samson », anagramme de Masson, Robert, sous-lieutenant de réserve dans l'armée de l'air ayant rejoint Londres, fondateur en avril 1943 d'un service de liaison et réseau d'évacuation d'aviateurs alliés affilié au BCRA). Lors de cette rencontre, les dates et les modalités d'enlèvement furent fixées pour soulager ces deux secteurs, où là aussi des aviateurs attendaient depuis longtemps d'être évacués sur l'Espagne par Tarbes, comme cela s'était passé jusque là avant que des arrestations à Paris ne viennent bouleverser la bonne marche des choses.
Convaincu de l'efficacité de cette filière providentielle, Émile Fontaine décida de convoquer, le 30 mars, une grande conférence pour présenter ses chefs de centre aux « résistants parisiens ». Georges-Henri Lallement, adjoint de Fontaine, et qui sera son successeur, s'en souvient :
"Si vous ne pouvez pas venir, ne venez pas, mais il y a une chose que je voulais vous dire : il ne faut pas que nous tombions vivants entre leurs mains, parce qu'il y en a de plus durs qui ont parlé et je suis persuadé que quand les Allemands le veulent, ils finissent par faire parler. Il ne faut pas que vous tombiez vivant entre leurs mains ; moi je vous donne ma parole d'honneur, à vous, que je garderai une balle pour moi. Je voudrais que vous fassiez la même promesse."Je l'ai faite.»
Cette réunion, conçue comme un guet-apens où la Gestapo espérait prendre dans un seul vaste coup de filet tous les membres de la Résistance de la région n'eut pas lieu. Ce 30 mars, Launay (probablement lui, mais peut-être un de ses sbires), vint chercher Fontaine au café d'Émile Roger, à Aubenton, où ceux de la résistance avait leurs habitudes. Il monta dans une voiture, une traction-avant aux roues blanches. Celle-ci avait tout juste démarré lorsqu'il s'aperçut que l'un de ses compagnons faisait un geste de reconnaissance au chauffeur d'un autre véhicule, une traction aux roues jaunes (couleur typique de celles utilisées par la Gestapo) qui les doublait. Alors il sortit son revolver qu'il cachait dans sa botte, et se mit à tirer. Les autres répliquèrent. Selon un des hommes de la Gestapo, c'est Henri Seelen « qui a tué dans le Nord de la France un chef de la résistance nommé Fontaine.» D'après J. Placke, « Fontaine arrêté sortit un pistolet de sa botte et tira sur [Robert] Kribelle qui, manqué, riposta et tua Fontaine ». Le rapport rédigé par la police française à la suite du transport du corps de Fontaine à Charleville fait état des blessures suivantes « faites par arme à feu » : une balle dans la région occipitale, une balle dans la région de l'omoplate gauche, un orifice de sortie à la joue gauche, balle calibre 6m/m35 ayant pu être extraite. « Le cadavre porte en outre : l'oeil droit tuméfié et une éraflure de cinq centimètres à hauteur de l'omoplate droite. Il a les bras levés, les mains à hauteur du visage ».
Contrairement à ce qui été parfois déclaré, Émile Fontaine n'a pas été tué à l'extérieur du véhicule, dont il aurait sauté, mais à l'intérieur, à la suite d'une
lutte avec les autres occupants comme le signal le rapport de police du 1er avril 1944 : « Le cadavre a été trouvé porteur de : a) - à l'intérieur du veston, plusieurs
fragments de verre "Sécurit", tachés de sang, ce qui laisse supposer que l'homme a été abattu alors qu'il se trouvait à l'intérieur d'une voiture automobile.»
La promesse faite à Georges Lallement avait-elle été une sorte de prémonition ?
Transporté le 1er avril dans les locaux du SD à Charleville, au 79 de l'avenue Nationale, le corps fut, après examen, remis aux autorités
françaises. La Feldkommandantur de Charleville notifiait alors à la préfecture que
Le lendemain, le corps, dont l'identité restait incertaine, fut reconnu à la morgue de l'Hôpital de Manchester par une amie de Fontaine ; il fut enterré au cimetière de Mézières.
D'après un bilan dressé par la justice lors de l'instruction du procès de la Gestapo de l'avenue Foch, 27 parachutistes alliés auraient
été arrêtés dans le seul département de l'Aisne, 22 résistants y auraient été arrêtés, 14 auraient été déportés, 10 seraient morts en déportation ou auraient été fusillés. Les noms de
quelques-uns d'entre eux figurent sur le Mémorial de Berthaucourt à Mézières,
parmi lesquels celui d'Henri Daret ; celui d'André Chorlet ; celui de Louis Serre ; celui de Maurice Vadez , d'autres encore...
La justice, à l'époque, ne dressa aucun bilan de l'action répressive de la Gestapo de l'avenue Foch dans les Ardennes. Et pourtant...
A suivre... Vers la
page 3
Voir l'article précédent...