D'autres photographies de l'événement sur le site de l'AFMD
Samedi 15 septembre. Tavaux, dans l'Aisne, sous l'Occupation village rattaché à la Résistance ardennaise, s'est vu remettre, au cours d'une grande cérémonie, le drapeau des Villes et Communes médaillées de la Résistance.
La cérémonie s'ést déroulée au monument des Massacrés, en présence notamment des enfants des écoles, de la batterie fanfare de Laon, de soldats du 1er RAMa, des porte-drapeaux, du délégué militaire et des représentants de l'Office des Anciens Combattants. Sur la place du village fut remis le drapeau des Villes et Villages médaillés de la Résistance. Tavaux fait partie, depuis 1947, des 17 villes ainsi médaillées en France. Elle conservera un an ce drapeau.
L'historien Alain Nice, dans son livre, a mis au jour ce passé douloureux. Aujourd'hui, il milite pour un mémorial des villages martyrs dans l'église de Pontséricourt, concernant Tavaux, mais aussi Plomion ainsi que le Gard d'Etreux. Il nous a envoyé ce cliché, ainsi que le résumé des opérations qui condusirent au massacre à la veille de la libération.
Le 30 août au matin, en plein coeur du village, un accrochage oppose de jeunes soldats SS à une dizaine de résistants du groupe de Tavaux partis vers le village voisin de St Pierremont pour tenter d'empêcher le dynamitage du pont. L'accrochage près du café de la place est un échec : si un soldat allemand est capturé, un autre parvient à s'enfuir à travers les jardins en direction de Montcornet. Cet accrochage à peine terminé, arrive, venant de Marle, un camion chargé de fûts d'essence. Nouvel accrochage, échange de tirs, les deux Allemands à bord du camion réussissent à s'enfuir vers Marle non sans avoir blessé mortellement un jeune résistant lancé à leur poursuite. Toujours au même moment, à l'autre bout du village, un résistant ouvre le feu sur un véhicule allemand de reconnaissance venant de Montcornet. Nouvelle fusillade, le véhicule fait une embardée et se retourne, un officier est tué mais le chauffeur s'enfuit et court prévenir ses camarades dans le village voisin d'Agnicourt.
Après cette série d'escarmouches, les résistants se regroupent et décident de déménager leur dépôt d'armes vers la forêt du Val St Pierre. Pierre Maujean, le chef du groupe de résistants, est inquiet, il redoute une opération de représailles, il donne l'ordre à l'un de ses hommes de partir chercher du secours auprès des groupes voisins.
OPERATION DE REPRESAILLES ET MASSACRE DES CIVILS
Vers 14h, en tout début d'après midi, les Allemands, des soldats SS de la division Adolph Hitler et de la division Hitlerjugend venus de Marle et du secteur de Montcornet, arrivent à Tavaux, qui est bouclé par trois chars « Tigre », des automitrailleuses et des camions de troupes. L'opération de représailles commence.
Systématiquement, toutes les maisons et plusieurs fermes, sont incendiées les unes après les autres. Des otages, des civils sont rassemblés dans la maison du percepteur et à la Poste face à la Mairie. La chasse aux « terroristes » est ouverte !
Dans la partie Est du village, c'est le carnage, le massacre. Les jeunes SS, furieux, tirent sur tout ce qui bouge. Malheur aux habitants qui n'ont pu s'enfuir ou se cacher. Des vieillards sont abattus en pleine rue, des grenades sont lancées dans les caves. Tout près d'ici, quatre personnes dont deux enfants de 6 et 11 ans, réfugiés dans une cave, sont abattus froidement d'une balle dans la tête.
Au total, 20 civils, femmes, vieillards, enfants, sont massacrés froidement. 86 maisons dont plusieurs fermes sont totalement détruites. Dans la nuit, Henri Mourain, le jeune résistant blessé le matin même, mourra faute de soins.
Tavaux brûle, les fumées se voient partout alentours. Tous les survivants demeurent dans leurs abris, dans les bois ou les bosquets alentours où ils vont rester terrés pendant 24h. L'avant-garde américaine est pourtant toute proche, elle est arrivée en fin de journée du 30 août à la ferme de l'Espérance, toute proche d'ici, sur la hauteur. Un jeune résistant de Sissonne, Gabriel Vasseur, venu les guider y est tué car les Allemands sont toujours présents en embuscade.
31 AOUT : LA RESISTANCE LIBERE TAVAUX
En pleine nuit, l'homme envoyé par Pierre Maujean a donné l'alerte à Sissonne et à St Erme.
Au matin du 31 août, tous les résistants du voisinage s'équipent et partent en direction de Tavaux. Arrivés à la ferme de l'Espérance, accompagnés d'une automitrailleuse américaine, ils se regroupent et s'approchent de Tavaux qui finit de brûler.
Arrivés dans le village, la Résistance se heurte aux Allemands encore présents. Des combats sporadiques ont lieu tandis que l'on découvre l'ampleur du massacre. Les services sanitaires sont alertés, on commande des cercueils à la hâte.
Au total c'est près de 300 résistants qui, venus au secours de Tavaux, libèrent le village. Les chars américains, ayant enfin reçus l'ordre d'avancer, passent la Serre, venant de Marle, et font leur entrée dans Tavaux en fin de journée.

Samedi 8 septembre, la commune de Nouic, dans la Haute-Vienne, a inauguré une rue Henri Moreau, enfant de ce village du Limousin, en honneur à la mémoire du grand résistant qu'il fut.
Outre les autorités locales et les représentants des associations patriotiques, un seul représentant des Ardennes assista à la cérémonie (à titre privé), M. Marc Hamel, dont on se souvient que le père, Charles Hamel, avait partagé la même cellule qu'Henri Moreau à la prison de la place Carnot à Charleville.

" Je leur en ai trop fait. Ils me condamneront à mort ! N'importe ! C'est leur droit. C'est la guerre."
Extrait d'un article de l'Ardennais, du 20-21 septembre 1944, signé de Jean Rogissart
Issu d'une modeste famille de quatre enfants, Henri Moreau naquit à Nouic le 24 avril 1919. Son père était menuisier-charpentier, et Henri s'apprêtait, après d'excellentes études primaires, à entrer dans l'entreprise familiale lorsque la guerre arriva . En 1939, il fut mobilisé dans le 158e Régiment d'infanterie coloniale en garnison à Agen. Lors de la campagne de France, il défendit la ville de Rethel (juin 1940). Fait prisonnier, interné au Stalag de Charleville, il s'en évada en février 1942 et après avoir pris contact avec Paul Royaux, il fut nommé, sous le pseudo de "Lucien", chef de secteur de Signy-l'Abbaye jusqu'en juin 1943, date à laquelle il fut nommé responsable départemental du Bureau des opérations aériennes (BOA). Il conserva cette fonction jusqu'à son arrestation par la Gestapo, à la gare de Châlons-sur-Marne en janvier 1944. Incarcéré à la prison Carnot de Charleville, dans la cellule XIII qu'il partagea un temps avec Jean Rogissart, il fut fusillé au Bois de

Monsieur Marc Hamel, lisant un poème de sa composition en hommage à Henri Moreau
Discours de M. André Joly, président de l'Union ardennaise des FFI
M. Pollet fut arrêté par la police allemande en janvier 1943, pour détention illégale d'arme. Soumis au décret Keitel "Nacht und Nebel", il fut déporté au printemps 1943 au SS-Sonderlager Hinzert, où il fut jugé et condamné aux travaux forcés à perpétuité. Interné dans un camp sur l'Oder, puis au camp de concentration de Flossenbürg et ensuite à celui de Buchenwald.