La SNCF est au coeur du processus d'occupation. Dès leur arrivée, les Allemands sont obnubilés par la remise en état du réseau ferré pour transporter les troupes et piller les richesses économiques du pays. C'est pourquoi les cheminots prisonniers de guerre sont les premiers libérés. En juillet 1940, le directeur de la SNCF indique que la Wehrmacht aide la SNCF à reprendre une exploitation normale de son réseau.
Comment s'organise le transport des déportés ?
La SNCF est obligée de collaborer avec la Reichsbahn (chemins de fer du Reich) qui lui réclame dans un premier temps 1 000 locomotives et 35 000 wagons. La SNCF obéit au ministère de l'Intérieur, à la préfecture de police et au Commissariat général aux questions juives qui relaient les ordres des Allemands. Elle est un exécutant mais elle n'ignore pas la nature des convois. Le 15 juillet 1942, lors d'une réunion au ministère de l'Intérieur, le représentant de la SNCF demande que pour des raisons de discrétion, ces convois prennent simplement le nom de «transports IAPT» pour «Israélites Allemands-Polonais-Tchécoslovaques». Le personnel et le matériel de transport sont français jusqu'au poste-frontière de Novéant, en Moselle. La SNCF doit plomber les portes des wagons, former les convois en dehors des gares et les faire partir entre 6 et 7 heures du matin pour des raisons de discrétion.
Comment réagissent les cheminots ?
Nombre d'agents ne sont pas d'accord et l'opposition grandit quand la SNCF révoque les cheminots communistes, à partir de l'été 1941, suite à l'attaque allemande contre l? URSS. Quelque 1 290 agents sont suspendus en novembre 1941, dont 445 sont incarcérés ou internés par les autorités françaises (sur un total de 500 000 cheminots). On sait qu'il y a eu de nombreuses tentatives de cheminots pour amener de l'eau, des provisions, dévisser les planchers des wagons. Des petits gestes, très risqués, parfois décisifs. D'autres ont saboté les rails ou les machines. A partir de 1943, la collaboration entre les cadres de la SNCF et ceux de la Reichsbahn s'érode. Les sabotages se multiplient : 819 cheminots ont été fusillés et 1 200 sont morts en déportation.
La SNCF n'avait-elle aucune marge de manoeuvre ?
Tout ce qui touchait à la déportation relevait des Allemands, dont les ordres étaient relayés par le ministère de l'Intérieur français, la préfecture de police. La SNCF a assuré elle-même l'organisation logistique des transports, car elle refusait l'ingérence allemande dans l'exploitation de son réseau. En fait, quand les cadres de ta SNCF ont eu une marge de manoeuvre, ils l'ont utilisée pour sauvegarder l'activité économique de leur entreprise.
- RCF sur 88.6 à Chalons en Champagne, le 2 octobre à 17 h 30.
- RCF sur 88.2 à Troyes le 3 octobre à 11 h 30.
- RCF sur 87.9 à Reims et 94.6 à Charleville le 5 octobre à 20h.
L'inauguration sera l'occasion de rendre hommage à l'action d'Emile Fontaine, à travers notamment une exposition sur le camp des Mazures, d'où il favorisa l'évasion de Juifs internés. Pour de plus amples précisions, je vous renvoie à une série d'articles publiés sur le blog du Judenlager des Mazures.
La mort de Fontaine se situe dans la cadre de l’affaire dite « des parachutistes ». Celle-ci est connexe à deux autres affaires menées par la Gestapo (je devrais dire les Gestapos) française. L’article qui suit ne fait que retracer les grandes lignes d’affaires assez complexes et souligne les liens qui les unissent. Ces affaires menèrent directement aux arrestations dans les Ardennes, dans l’Aisne et à la mort d’Emile Fontaine.
- L’affaire de la « French Section », printemps - été 1943. La
Gestapo démantèle le réseau SOE Prosper. Des centaines d’hommes sont arrêtés, des tonnes d’armes parachutées par les services britanniques et cachées par la Résistance sont
récupérées.
Cette opération donne aux services secrets allemands l’idée d’aller plus loin : ne pas seulement réprimer les activités de résistance mais les prévenir, ne plus rechercher les caches
d’armes, mais récupérer celles-ci « à la source », dès leur parachutage. C’est le début de la deuxième affaire.
- L’affaire des contre-parachutages, juin 1943 - juillet 1944. Par un audacieux Funkspiel mené grâce à l’aide d’un opérateur radio britannique retourné, les services allemands entrent directement en contact avec Londres. Se faisant passer pour un groupe de résistance bien organisé, la Gestapo organise un faux réseau avec de vrais résistants et réclame des armes… Dans l’Aisne, et notamment dans la région d’Hirson, les hommes de la Gestapo se présentent aux groupes locaux de résistance comme des résistants « venus de Paris », ils forment des équipes de réception des parachutages composées de (vrais) résistants qui vont dès lors travailler uniquement pour eux (et en toute bonne foi)… Le jeu va durer jusqu’en juillet 1944. Ce sont les Allemands qui y mettront eux-mêmes fin. Londres n’y verra que du feu, leur livrant des tonnes d’armes, des agents parachutés seront même réceptionnés sur les terrains et iront travailler sans le savoir pour la Gestapo...
- L’affaire dite « des parachutistes », mars - avril 1944. En décembre 1943, Adrien Fournaise est arrêté par la Gestapo (dans le cadre de l’affaire de la « French Section » ?). Chef de secteur de Signy-l’Abbaye et de deux cantons de l’Aisne, il dirige une filière de réception et d’évacuation d’aviateurs alliés. Son arrestation coupe la filière de ses contacts. Son successeur, Emile Fontaine, doit trouver de nouvelles voies pour évacuer les aviateurs. Un de ses lieutenants rencontre le chef des équipes de réception de parachutages d’Hirson et lui demande de soumettre leur problème à ses « chefs » venus de Paris. Ce qui est fait. Á Paris, le SD délègue sur cette affaire l’équipe de René Launay, de la Gestapo de l’avenue Foch. Début mars, René Launay rencontre Fontaine qui lui expose ses difficultés. Cinq rencontres auront ainsi lieu, les hommes de Launay embarquant les parachutistes de l’Aisne, mais aussi ceux des Ardennes, Fontaine mis en confiance ayant présenté à Launay Roger Mathieu, de Charleville, qui s’occupe de l’organisation de la filière pour ce département. Des aviateurs sont ainsi récupérés à Charleville, Sedan, Ecordal, Alland’huy, Amagne (sans parler de ceux cachés dans l’Aisne). Chaque fois le chauffeur de la camionnette qui les prend en charge est Henri Nicolas (une camionnette prêtée par le très controversé ferrailleur milliardaire Joinovici).
Fin mars, la Gestapo connaît tout l’organigramme de la filière, tous les contacts, tous les lieux d’hébergements et décide d’y mettre
fin. On connaît la suite. Fontaine tué, Roger Mathieu arrêté (fusillé à Tournes le 29 août), d’autres appréhendés à Sedan, Attigny, Ecordal, Alland’huy (voir Ami, si tu tombes)…
Le bilan de la répression pour l’Aisne est de 27 parachutistes déportés, 22 résistants arrêtés (14 déportations, 10 morts).
Dans les Ardennes, il reste à établir, mais il est à peu près certains que toutes les arrestations du printemps 44 sont imputables à cette affaire ou à ses suites. Des recherches en cours
devraient donner lieu à une publication complète sur le sujet.
Il n’est pas question d’accabler Emile Fontaine. Comme tous les autres (y compris les services secrets britanniques), il a été berné, manipulé, et personne n’a rien vu, personne n’a, à un moment ou à un autre, tiré la sonnette d’alarme. Comme tous les autres, il a agi en toute bonne foi et fait ce qui lui semblait le mieux pour pérenniser l’activité de sa filière. Il n'a fait que son devoir.
Engagé dans la Résistance sous le pseudo de "Valrimont", Maurice Kriegel avait appartenu au comité d'action militaire du Conseil national de la Résistance. Il avait été responsable à Lyon de la branche armée du mouvement Libération (zone sud). Arrêté en mars 1943 avec Raymond Aubrac et Serge Ravanel, il parvint à s'évader quelques semaines plus tard. Lors des combats pour la libération de Paris, il avait reçu, aux côtés du général Leclerc et du colonel Henri Rol-Tanguy, la réddition du général allemand von Choltitz.
Ancien député communiste de Meurthe-et-Moselle (de 46 à 58), il quitta le Parti en 1961.
On peut encore écouter Kriegel-Valrimont, enregistré dans l'émission de Daniel Mermet, "Là-bas si j'y suis" (cliquer ici).