Les ouvrages sont cités dans l’ordre chronologique de leur publication. Le choix des limites chronologiques est assez arbitraire, l’année 2000 a le mérite de trancher une période et de marquer une rupture chronologique nette. De toutes façons, les publications sur cette période, dans notre petit département, ne sont pas légions et n’encombrent pas les fonds de bibliothèque, le choix d’une date de rupture est donc purement formelle.

Faut-il le présenter ? L’ouvrage, maintes fois réédité, constitue un témoignage incomparable et irremplaçable sur la Résistance sur le plateau ardennais et sur le Maquis des Ardennes (comme il faut bien se résoudre à le nommer). Il a définitivement placé le hameau des Vieux-Moulins de Thilay comme centre emblématique de la Résistance ardennaise, contribué à l’exaltation de la geste du Maquis des Ardennes, avec, en figure héroïque, son chef, Jacques Paris de Bollardière, alias « Prisme ».
Le livre est né d’une rencontre entre une intellectuelle et une paysanne : celle du professeur de philosophie et écrivain Éva Thomé, elle-même ancien résistante du réseau Parsifal-Marathon, et Marguerite Fontaine, paysanne des Vieux-Moulins. La première a « découvert » le trésor qui dormait caché dans une poutre de la demeure de Marguerite : des cahiers d’écolier où la vieille dame avait noté « sa » guerre. Vice-présidente de la Société des écrivains ardennais, Éva Thomé fit publier en 1964 le « journal » de Marguerite Fontaine. Ce fut un succès immédiat. Aujourd’hui encore, il reste incontournable et participe à la pérennité de l’épopée de la Résistance ardennaise, tout en restant, sans doute aucun, un document historique de premier ordre.
Situé au nord des Hauts-Buttés, sur le plateau ardennais, le terrain « Bohémien » (aussi appelé « Cheville »),
fut homologué pendant l’été 1943 sur l’initiative d’Henri Moreau, responsable départemental du B.O.A., et du capitaine des douanes Lucien Leverd.
Le terrain reçut son premier parachutage à destination de la Résistance ardennaise dans la nuit du 20 au 21 septembre 1943, réceptionné au sol par l’équipe Machaux des Hauts-Buttés.
Le second parachutage sur « Bohémien » eut lieu dans la nuit du 7 au 8 mai 1944, à destination du Maquis des
Ardennes (24 containers cachés dans les bois de Revin).
Lucien Leverd décrivit l’effet du parachutage du 21 septembre sur les hommes qui l’attendaient avec tant d’impatience (publié dans L'affaire des Manises):
« Il est une heure du matin. Il y a un beau clair de lune. Tout à coup, un bruit de moteur se fait entendre dans le lointain. Chacun tend l'oreille anxieusement. Le bruit se rapproche-t-il ? Est-ce un moteur d'avion allemand ou anglais ? Cette fois serait-elle la bonne ? Oui, le bruit du moteur s'entend de mieux en mieux dans le calme dans la nuit et l'avion arrive juste au-dessus du terrain à quelques centaines de mètres de hauteur. On l'aperçoit maintenant très distinctement, c'est un gros avion de transport. Le message convenu lui est passé par morse au moyen d'une pile électrique. Le pilote de l'avion répond. Cette fois, il n'est plus possible de douter, c'est bien l'avion si impatiemment attendu. Les feux rouges destinés à signaler l'emplacement exact du terrain s'allument. Les dispositions des lampes doivent également indiquer au pilote la direction du vent. Après avoir décrit quelques larges cercles au-dessus du terrain, le pilote dirige son avion droit sur les feux rouges et à environ 200 mètres de hauteur ouvre la trappe qui laisse échapper le précieux chargement. Dans le ciel, on a l'impression de voir pousser de gros champignons, ce sont les parachutes qui s'ouvrent les uns après les autres. I1 y en a de couleurs diverses. Chacun essaye de les compter afin de ne pas en oublier sur le terrain ce qui pourrait être catastrophique. Ils descendent lentement. Puis un bruit de ferraille, les containers viennent de toucher terre. A terre, c'est l'émerveillement. Les hommes sautent de joie sans même penser au danger qu'ils courent. Cet avion qui tourne au-dessus et si près de nous est un avion ami. Il nous apporte à la fois l'espérance et les moyens de lutter contre l'envahisseur. Sans perdre de temps, les parachutes sont décrochés, soigneusement roulés, et avec de gros bâtons, par équipe de quatre hommes, les containers qui pèsent de 150 à 250 kilogrammes sont transportés dans les bois avoisinants et soigneusement dissimulés dans les fourrés. Lorsque le jour pointa, tout était rentré dans l'ordre. Ce fut le premier parachutage des Ardennes [N.d.a. : il y en avait déjà eu deux auparavant, en mai et juin 1943, à destination du maquis du Banel]. Les containers consistaient en explosifs qui furent utilisés pour les sabotages et en armes légères, mitraillettes “Sten” et revolvers qui servirent à armer en partie les équipes de parachutages. Faute d'armes, la première opération s'est effectuée sans aucune sécurité. »
C’est le nom d’un site mis en ligne par une jeune ardennaise : http://maquis-revin.ifrance.com/. On y trouvera notamment les photos, de M. Carré, de l’enterrement des maquisards à Revin le 8 octobre 1944. À visiter.

Une grande monographie consacrée à l’unique camp de concentration nazi implanté sur l’actuel territoire français, au cœur de l’Alsace alors annexée au Reich. Le complexe concentrationnaire du Struthof (le camp-souche avec ses 70 camps annexes, les kommandos) vit défiler près de 52 000 détenus, issus de toute l’Europe : droits communs, politiques, résistants « Nacht und Nebel », Tziganes et Juifs transformés en cobayes humains… Derrière les incessants déplacements de cette main d’œuvre exploitée par de nombreuses entreprises allemandes et alsaciennes, et grâce à l’exploration minutieuse des archives de l’administration SS, Robert Steegmann restitue la composition, le passé et la destinée de cette masse d’esclaves sacrifiés à des chantiers insensés, où plus de 40 % d’entre eux laissèrent la vie.